Fin novembre 2022 – Nous sommes ici à Nice, au lycée Honoré d’Estienne d’Orves, à un kilomètre environ de la Promenade des Anglais : l’ensemble de la population à Nice a été cruellement frappée par l’attentat du 14 juillet 2016. Les élèves que nous rencontrons avaient alors environ 10 ans, ils s’en souviennent bien sûr. Tous connaissent quelqu’un qui y était, quelques-uns, peu nombreux, ont assisté au feu d’artifice. Le traumatisme est si fort qu’on a souvent choisi de ne pas en parler, en tout cas pas au lycée.
Nous leur avons proposé d’en parler vraiment, non pas pour pleurer, mais pour réfléchir à ce que peut faire notre société pour « réparer », et puisque le procès est en cours, nous avons décidé de nous pencher sur le travail qu’accomplit la Justice. Comment notre État de droit fait face à ce qui est abominable ? Comment un procès est-il un pilier de la démocratie ?
En spécialité, les élèves ont commencé un chapitre intitulé « Justice et Mémoire », et avec leur professeur, ils s’apprêtent à étudier de grands procès pour l’Histoire, celui de Nuremberg, celui du nazi Eichmann à Jérusalem, mais aussi ceux de Maurice Papon et de Paul Touvier en France. Cela leur permettra de faire la distinction entre un procès d’experts (procès de Nuremberg) et un procès de témoins (au procès contre Eichmann, défilent à la barre 111 témoins).
Nous avons ensemble assisté à une audience du procès en salle de retransmission à Acropolis.
Nous avons dialogué avec Seb Lascoux, rescapé du Bataclan, et Amine, rescapé de l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice.
Seb est l’auteur de podcast intitulés Parties Civiles
Seb a 36 ans en 2015, il est un grand amateur de concerts, et travaille pour une radio dirigée par l’un des gérants du Bataclan.
Son récit aux élèves de l’attaque au Bataclan est ponctué de sensations : les bruits, la lumière qui se rallume dans la salle de concert et sa vue sur la fosse tandis qu’il tombe avec tant d’autres, emporté par une « vague énorme » : sa vision se rétrécit, il perd l’audition, il a l’impression que cela dure des heures, cependant il ne perd pas une seule minute sa lucidité : il comprend rapidement qu’il s’agit d’un attentat. Pour sortir, il enjambe des personnes, leur demande pardon. Quand, dans la nuit, il rentrera chez lui, il verra qu’il est recouvert jusqu’au genou d’un sang qui n’est pas le sien.
Il a fallu des psys ensuite pour l’accompagner, et des traitements, et ce n’est pas terminé ; il souffre de la culpabilité du survivant ; son ami Chris qu’il avait invité au concert, lui, n’a pas survécu, il ne l’a su que le lendemain ; il ne connaissait pas Sophie, venue avec Chris au concert, que Chris a protégée, qui a été blessée et a survécu.
Seb ne va plus dans des salles de concert ou de cinéma fermées, mais il aime la sensation de liberté que lui procure le vélo.
Quand le procès des attentats du 13 novembre a été annoncé, il s’y est beaucoup intéressé, il a lu l’Ordonnance de Mise en Accusation, et avec Life for Paris, il a décidé de rendre compréhensible aux autres la procédure judiciaire avec une série de dix podcasts intitulée Parties Civiles: Qu’est-ce qu’une procédure judiciaire ? Comment s’organise une enquête ? Qu’est-ce qu’un magistrat instructeur ? Comment un procès de ce type se tiendra-t-il ? Quelle place pour la partie civile ? et côté défense ? Que restera-t-il de tout cela ? Quelle mémoire construire ?
Pour préparer les lycéens à se rendre à une audience – et c’était le réquisitoire des avocats généraux -, nous avons préalablement écouté ensemble des extraits des épisodes 7 et 8.
C’est « la poisse » d’être blessé dans l’attentat de Nice après une enfance pendant la décennie noire en Algérie
Amine est né en Algérie. A 21 ans, il décide de venir étudier en France, et s’engage dans des études de direction artistique à Nice. Il mène une vie joyeuse d’étudiant, fait des petits boulots, aime les concerts et le théâtre.
Ses parents restent traumatisés par la décennie noire en Algérie et insistent sur quelques principes de précaution comme d’éviter les grands rassemblements. Mais le 14 juillet, Amine veut assister au feu d’artifice sur la Promenade des Anglais : le camion fonce sur lui dans un bruit de tambours, et Amine se jette en arrière, se blesse et restera longtemps allongé entre les blessés et les morts ; le temps s’étire, il entend à la fois les plaintes des blessés, les cris des personnes qui recherchent leurs proches, il voit à la fois le désarroi des familles et le cynisme de ceux qui font des photos, puis les médecins disposer des draps blancs sur ceux qui ont perdu la vie.
Il sera soigné à l’hôpital et développera une légère paranoïa ; il cherche à comprendre le geste des terroristes, regardent même pour cela des vidéos de DAESH.
Mais c’est la rencontre, l’amitié et les échanges avec d’autres victimes, de Nice ou d’ailleurs, qui lui permettront de se reconstruire.
Au début le procès de ceux qui ont apporté une aide au terroriste de Nice ne l’intéressait pas, car il est persuadé que c’est l’idéologie radicale des djihadistes qu’il faut surtout combattre, mais il a rencontré au procès la maman de la fille qui a expiré auprès de lui, il a pu le lui dire, parler d’elle. Son sentiment de culpabilité cède la place à une immense empathie, c’est mieux !
Amine conclut en comparant le déni de justice de l’Algérie pour toutes les victimes et tous les orphelins de la décennie noire et la Justice en France qui examine toutes les complicités connues.
Quelques questions et réponses
Sandro : comment vos familles et amis ont réagi face à vos « dépressions » ?
Seb : Ma famille vit à Bordeaux. Ma mère et ma sœur sont venues, tout de suite. Mes amis se sont relayés à la maison, ont été à l’écoute.
7 ans après, pour moi c’est court, tandis que pour mes proches, c’est long. Je décline des invitations au concert, au théâtre en donnant d’autres motifs.
Une partie de moi est morte ce jour-là. Que les autres que moi le voient ou le disent, c’est dur.
Amine : je n’ai rien dit à ma famille, je suis orgueilleux, je n’ose pas montrer mes faiblesses. Un jour mon oncle a acheté Paris Match, et a vu ma photo (par terre, auprès d’un cadavre).
Il a montré la photo à ma mère : elle a pris un billet pour savoir si j’allais bien. J’ai tout dissimulé pour ne pas l’inquiéter.
Claire pour Seb : avez-vous maintenant peur de mourir ?
Seb : j’ai accepté de mourir ce soir-là. Maintenant, je m’inquiète pour les autres, tout le temps pour les autres.
Maran pour Amine : Avez-vous pu retourner sur la Promenade ? Quelles sensations cela vous a-t-il procurées ?
Amine : je n’y suis retourné qu’une fois, en journée. Je ne veux pas y aller le soir.
Je garde l’odeur des pneus et cela me procure un malaise Le bruit des vagues aussi me perturbe. Alors pour mes vacances, je m’organise un voyage en voiture sur la côte ouest de la France, ou bien la route des fromages.
Je ne me sentais pas concerné
Du parcours que nous avons suivi avec ces élèves, un lycéen, Simon, nous a envoyé un article que voici :
Je m’appelle Simon, j’ai 17 ans et je ne m’étais jamais intéressé aux attentats terroristes jusqu’à présent.
Je ne me sentais pas concerné, comme la plupart des gens.
“Le terrorisme existe partout dans le monde” était ce que je me disais. Je n’y attachais pas une grande importance, tout simplement parce que je n’étais pas impliqué.
Quelle importance cela a-t-il lorsqu’on a déjà suffisamment de problèmes dans notre vie personnelle, n’est-ce-pas ?
Mais une rencontre aura bientôt changé mon approche.
Plusieurs entrevues organisées par l’Association française des Victimes du Terrorisme (AfVT) se sont déroulées au sein de mon lycée, le lycée Honoré d’Estienne d’Orves, à Nice.
Après m’être inscrit pour y participer, j’ai commencé à me poser plus de questions sur le sujet, particulièrement : comment notre vie a-t-elle été changée par le terrorisme jusqu’à présent ? Devrais-je m’en préoccuper ? Me sentir concerné ?
J’ai d’abord commencé à penser au plan Vigipirate mis en place depuis maintenant un certain nombre d’années : l’habitude prise par exemple de montrer son sac en rentrant dans un musée, et de passer sous un portique. Quel impact sur notre vie quotidienne ?
Nous avons eu plusieurs entrevues liées à l’AfVT.
La première a consisté à nous informer sur les faits, grâce à une première rencontre dans la salle polyvalente : une grande enceinte dans notre lycée, avec l’administratrice et professeure de l’AfVT, Chantal Anglade, qui nous a éclairés sur les deux plus récents attentats de masse commis en France : ceux du 13 novembre 2015 à Paris, ainsi que celui de Nice du 14 juillet 2016 sur la Promenade des Anglais.
La seconde a permis de rencontrer les victimes de ces attaques terroristes : des survivants ont eu le courage de raconter leur histoire.
Finalement aussi j’ai pu assister à une audience du procès de l’attentat de Nice, le début du réquisitoire. Le procès s’est déroulé entre le 5 septembre et le 16 décembre 2022.
Préparation avec Chantal Anglade
Sans savoir ce à quoi m’attendre, je me suis assis au premier rang, tout petit dans la grande salle qui nous accueillait.
Au début, je découvre les détails de l’attentat de Nice.
Un jour de fête, un moment que l’on passe en famille. Il est environ 22h30, moment idéal pour sortir et pouvoir profiter de la fraîcheur nocturne. Des musiciens jouent, les gens s’amusent et rient.
Trente mille personnes sont présentes ce soir-là sur la Promenade. Les rires cessent brutalement : un camion de 19 tonnes roule pendant deux kilomètres sur une promenade de sept kilomètres.
86 morts, 86 personnes, 86 citoyens que rien ne préparait à cela. Chacun avec une vie et une histoire, stoppés net pour toujours. Assassinés par un homme rempli de haine.
86 morts dont 15 enfants et adolescents encore innocents : toutes des vies volées.
457 blessés physiquement, dont le malheur ne s’arrête pas là, indéniablement blessés psychiquement, comme les milliers de personnes assistant à la scène.
La seule vraie chose qui nous appartient réellement, notre psychisme, est détruit par la réalité cruelle de cette nuit-là. Certains sont dépossédés de la force qui leur permettait de marcher insouciants sur la Promenade des Anglais, à jamais traumatisés.
Entendre ces réalités me met mal à l’aise.
Une colère brutale m’envahit.
Que le fil de la vie puisse un jour être si facilement tranché m’a profondément bouleversé.
Je me suis dit qu’ils n’avaient pas le droit de s’en sortir, ils ont commis un crime trop grave, tous complices. Se rendent-ils compte ? Faut-il être aliéné pour participer à cela ?
Le dégoût m’envahit.
Je savais bien que le monde est loin d’être un espace de paix et de tranquillité. Qu’il s’agisse d’une guerre quelque part, ou d’un conflit toujours en cours, ces événements semblent si loin de nous. Mais là, ce n’est plus pareil puisque l’événement survient dans la ville où l’on a grandi.
Ce sera un événement qui marquera les victimes à jamais.
Pourtant, certains ont eu le courage de raconter ce qu’ils ont vécu lors de l’attaque et le parcours qu’ils ont dû faire pour se reconstruire.
Dialogue avec les victimes
A droite, Seb Lascoux et Amine
C’est le cas pour Amine et Seb Lascoux, arrivés de Paris spécialement pour l’occasion.
Amine, étudiant de 21 ans en 2016, nous a livré son témoignage.
Il nous raconte qu’il mène une vie complètement banale jusqu’au 14 juillet ; un rituel pour lui de marcher quotidiennement sur la Promenade, sortir avec des amis ou promener le chien d’une connaissance. C’est une vie familière dans laquelle nous pouvons tous plus ou moins nous projeter.
Néanmoins, Amine avoue qu’il s’inquiétait déjà après avoir vécu la décennie noire en Algérie. Depuis, Amine était sur la défensive. Malgré toute sa méfiance, il ne s’attendait pas à vivre cet événement, personne d’ailleurs ne s’y attendait. A la vue du camion, Amine doute qu’il s’agisse d’un attentat. Son cerveau refuse. Une série d’images atroces et les réactions des gens à proximité lui font comprendre progressivement la vérité. Revenu à la réalité, il appréhende ce qui vient de se passer. Les réactions de gens autour le confirment. Il n’est pas seul dans la confusion. Amine avoue que la combinaison des scènes atroces de cette nuit l’a petit à petit plongé dans un trou noir : une incapacité de pouvoir digérer ce qu’il a vécu pendant des années, avec des traces qui sont restées jusqu’à ce jour. Il est pourtant une personne qui semblait pouvoir vivre une vie tranquille, un étudiant avec sa vie devant lui – vie qui a complètement basculé à cause de cet attentat qu’il a vécu par malchance.
Je commence à me poser des questions sur ce qu’Amine serait déjà devenu si cette attaque n’avait pas eu lieu. Il y a des milliers de traumatisés à jamais, leurs vies sont devenues un cauchemar. Tous auraient pu continuer leur existence ordinaire si cet attentat n’était pas arrivé. Voilà l’objectif des terroristes : terroriser les gens.
Les rencontres avec d’autres victimes l’ont néanmoins aidé.
Amine souligne qu’il est après tout heureux qu’il existe une Justice en France, contrairement à ce qui s’est passé en Algérie.
Mais quelle Justice peut être exercée lorsque le coupable principal est déjà mort ? Que pouvons-nous faire pour empêcher que des actes semblables se répètent ?
Il n’existe pas de terroristes loups solitaires. L’assassin ne serait pas parvenu à ce stade s’il n’avait pas eu de complices – des complices qui restent à juger.
Ils agissent effroyablement, ils vont être punis de manière démocratique.
L’audience en salle de retransmission du procès
Le procès a été une manifestation de la réalité. Malgré l’acte irréparable, il ne faut jamais renoncer à la Démocratie et chercher ses principes. Chacun a le droit de parler, on respecte sa parole, même celle de la Défense.
Le procès est notamment une manière d’entretenir la Mémoire et l’histoire des victimes.
C’est une opportunité rare de pouvoir assister au réquisitoire du procès de l’attentat.
“Un acte indéniablement terroriste inspiré par des raisons sadiques”, voilà l’une des premières phrases que l’avocate générale prononce. Elle dénonce les actes, montre l’essence provocatrice de cette attaque. C’est une envie de troubler l’ordre choisissant un lieu emblématique, la Promenade, poumon de Nice. Faire un carnage lors d’une date symbolique, jour de fête nationale. Intimidation et horreur. Une idéologie inhumaine qui encourage et récompense ceux qui tuent violemment les “infidèles”.
Le massacre n’est pas leur seule motivation, il y a aussi une envie de créer une peur collective, un doute lorsqu’il y a quantité de personnes regroupées.
Puis c’est le quotidien épouvantable du criminel principal, déjà mort, qui est exposé : un homme mentalement malade qui aimait regarder des vidéos d’exécutions de Daesh, qui donnait de la nourriture animale à ses enfants pour les punir et qui les battait ainsi que sa femme.
Mais le passé de la personne ne justifie pas ses actes.
Les mots de l’avocate générale me rendent lucide.
Je réalise maintenant que le terrorisme est conçu pour créer la peur et l’incertitude collectives. Une peur qui peut se propager rapidement et ne se limite pas à ceux qui ont directement vécu l’événement. Une idéologie malade. Les autres personnes touchées sont les familles des victimes et des survivants, ainsi que celles exposées par les images diffusées. La douleur psychologique est souvent plus grande que le mal physique causé par cet horrible événement.
Discussion entre Seb Lascoux et deux lycéennes
La rencontre avec les victimes m’a permis de comprendre que l’empathie et la compassion sont des ingrédients clés pour construire un monde plus tolérant. En écoutant les luttes et les défis auxquels Amine et Seb ont été confrontés, je comprends mieux la douleur et les traumatismes que d’autres ont vécus. L’impact humain de la violence est trop grave pour qu’on ne s’y oppose pas.
Les lycéens nous écrivent
Les élèves du lycée Honoré d’Estienne d’Orves nous ont écrit quelques mois plus tard et nous ont confié leurs pensées et impressions :
Depuis neuf semaines se tient le procès de l’attentat de Nice qui s’est déroulé le 14 juillet 2016. Cette semaine la Cour s’est penchée sur le premier accusé : Mohamed Ghraieb, l’AfVT vous propose une sélection des articles, podcasts et reportages qui sont parus ces derniers jours à propos de cette semaine d’audience.
Chaque semaine, l’Association française des Victimes du Terrorisme (AfVT) donne la parole aux parties civiles, victimes et professionnels qui participent au procès de l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice.
Je m’appelle Christine, j’habite Nice, j’étais sur la promenade le soir du 14 Juillet 2016 avec mon compagnon Didier qui venait voir son premier feu d’artifice à Nice.
Mon père, Jean-Pierre, fait partie des 86 anges.
Comment vous sentez vous après cette semaine d’audience ?
Cette cinquième semaine du procès a été marquée par des récits de partie civile.
L’évènement le plus marquant pour moi de cette semaine fut le témoignage de Christophe LYON qui a perdu 6 membres de sa famille. Il est la seule personne survivante du groupe.
Il a dressé, avec délicatesse un court portrait des 6 personnes disparues. Il a su exprimer les faits, ses sentiments avec beaucoup d’humilité, de sobriété et dénué de haine. Une colère transparaît lorsqu’il évoque le comportement de certaines personnes ce soir-là et la récupération de l’évènement par les politiques.
Il a prononcé cette phrase qui m’a marquée : «j’allais de corps en corps, je n’arrêtais pas de dire que je les aimais».
Cette phrase fait écho à la situation que j’ai vécu dans un certain sens. J’allais entre 2 hôpitaux ; à Pasteur où mon père étais en réanimation dans un état critique et dans un autre où ma mère était hospitalisée.
Cette phrase démontre notre état d’impuissance dans ce moment-là. Nous pouvons juste essayer de donner de notre présence. C’est la seule chose qui nous reste.
Cela nous donne le sentiment de pouvoir faire encore quelque chose pour nos proches, leur dire qu’on est là avec eux et que nous les aimons.
Toute cette semaine de témoignages m’a permis d’entendre les différents vécus de cette tragique soirée et les conséquences sur les vies des familles.
Ceci m’a permis de constater que nous ne sommes pas seuls à vivre ça. Nous rencontrons tous des difficultés, et que toutes les victimes essayent de se reconstruire tant bien que mal et d’avancer à chacun son rythme.
Qu’attendez-vous des prochaines semaines ?
Pour la suite, j’attends d’écouter, ce lundi, les auditions de monsieur MOLINS, de monsieur HOLLANDE et de monsieur CAZENEUVE.
Puis à la semaine 8, après les dépositions des parties civiles, je serais là aussi pour écouter le rôle, le parcours, l’environnement des différents accusés et de Mohamed LAHOUAIEJ-BOUHLEL, pour essayer de comprendre, trouver des réponses.
Un dernier mot ?
Cette tragédie fait ressortir le coté obscure de l’être humain, qui est capable du pire, de faire souffrir ces semblables, d’avoir un comportement indigne, de penser qu’à sa petite personne et de profiter de la situation.
Heureusement il est aussi capable du meilleur, dans ces moments-là. Certaines personnes vont tout faire pour les autres, essayer de les soulager, de les protéger.
Personne ne peut dire comment il réagira, tant qu’il n’a pas vécu ce genre d’évènement tragique.
Depuis 2020, le 11 mars est la date de la journée nationale et européenne d’hommage aux victimes du terrorisme, jour anniversaire de l’attentat de la gare madrilène d’Atocha qui en Europe à ce jour, a fait le plus de victimes.
En 2020 au Trocadéro, en 2022 dans le cadre prestigieux du Grand Trianon du Château de Versailles, la cérémonie a été en fin d’après-midi, organisée en point d’orgue du Sommet européen, réunissant les membres de l’Union dans le contexte dramatique de la tragédie de la guerre en Ukraine.
Malgré la situation internationale qui pèse particulièrement lourd au cœur des victimes de terrorisme et donc elles aussi victimes de guerre, de nombreux membres de l’AFVT, familles et proches de victimes, psychologues, avocats, membres d’associations sœurs… venant de partout en France, et de bien plus loin encore, se sont retrouvés dans une atmosphère d’amitié et de fraternité.
Avant l’ouverture de la cérémonie très officielle, nous avons pu enfin (Covid oblige) – nous retrouver d’abord, nous rencontrer en vrai parfois, faire connaissance aussi, prendre des nouvelles des uns et des autres.
Nos mots sont communs et nos expériences si proches.
Les victimes du 13 novembre et quelques familles touchées par l’attentat de Nice ont eu l’occasion d’échanger, la maman de Léo, jeune humanitaire disparu au Niger en 2020, Guy victime de la rue des Rosiers en 1982, Souad victime marocaine… et tant d’autres ont profité du moment précédant l’hommage aux victimes, pour nouer à nouveau des contacts et se réconforter.
Et le temps de la commémoration est venue.
La destinée universelle des victimes et de leurs familles a été évoquée par trois discours puissants, ponctués de belles respirations musicales.
D’abord celui d’Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, évoquant elle aussi cette idée que l’AFVT a fait sienne depuis longtemps, qui consiste à prononcer le nom des victimes autant que possible, idée inspirée par Samuel Sandler, membre de notre Conseil d’administration, père et grand-père de Jonathan, Arié et Gabriel, victimes de l’attentat de l’école juive de Toulouse.
Puis Charles Michel, président du Conseil européen a notamment énuméré les innombrables pays, où des vies ont été balayées en quelques secondes, tissant ainsi un fil invisible entre ces destins déchirés.
Enfin, le président Emmanuel Macron dans un discours large et mobilisateur a salué le travail des associations et le projet du Musée Mémorial que la France souhaite inaugurer d’ici quelques années.
Les victimes, assises, ont écouté, applaudi, et se sont senties honorées.
Mais, il faut maintenant que leurs mots trouvent une résonance à côté des discours de ceux qui nous gouvernent. Cela s’appelle La voix des victimes.
Les victimes parlent aux collégiens, aux lycéens, aux détenus en prison pour lutter contre toute idée de violence, aux familles endeuillées pour les soutenir, aux avocats pour mettre de la matière vivante dans leurs plaidoiries…
Alors, nos mots doivent aussi se faire entendre le 11 mars.
Devant la cour d’assises spécialement composée présidée par Jean-Louis Périès vient de se terminer la deuxième « phase » du procès des attentats du 13 novembre 2015, en cours depuis le 8 septembre 2021.
Cette phase a été marquée, à ce jour, par quatre suspensions d’audience ayant pour cause la contamination de six accusés au Covid-19. La dernière en date suspend le procès jusqu’au mardi 1er mars 2022, qui devrait ouvrir la troisième « phase » du procès. Ce gel des audiences, qui a entraîné un retard de quatre semaines en tout et pour tout, a poussé le Président, Jean-Louis Périès, à rappeler à tous de « respecter les gestes barrières pour éviter à nouveau des suspensions qui font retarder l’issue du procès ». Il a ajouté : « Vous l’avez bien compris : ce n’est de l’intérêt de personne de retarder cette issue ». Il a donc annoncé intégrer des audiences le lundi [en principe, aucune audience n’a lieu le lundi dans le cadre de ce procès] pour rattraper ce retard et terminer à temps, « au plus tard le 24 juin ».
Mais cette deuxième phase du procès a surtout été marquée par l’interrogatoire des accusés, interrogatoire restreint uniquement à la période précédant l’été 2015. Treize hommes et de nombreux témoins appelés à la barre ont été invités à donner leur version des faits et revenir sur des propos qu’ils ont tenus pendant l’instruction.
Conformément au calendrier établi, les accusés ont été interrogés dans cet ordre : Mohamed Abrini, Osama Krayem, Adel Haddadi, Muhammad Usman, Mohamed Bakkali, Mohamed Amri, Yassine Atar, Hamza Attou, Ali Oulkadi, Abdellah Chouaa, Sofien Ayari, Salah Abdeslam et Ali El Haddad Asufi.
Ces interrogatoires ont révélé différents discours et lignes de défense, et des rapports variés de chacun avec la religion, la politique, la famille et la notion de radicalisation.
Pour vous, l’AfVT a suivi ces interrogatoires et a mis en lumière les temps forts et les principales thématiques abordées.
Le silence de Osama Krayem et Mohamed Bakkali
Rappelons que deux accusés ont fait usage de leur droit de conserver le silence. Osama Krayem ainsi que Mohamed Bakkali, encourant tous deux la perpétuité, ont refusé de s’exprimer, qualifiant ce procès d’« illusion ». Pour ces deux hommes, le Président a tout de même donné lecture de leurs déclarations faites au cours de l’instruction et leur a posé des questions (laissées sans réponse).
Osama Krayem est connu pour avoir passé un certain temps en Syrie, à la même période que plusieurs protagonistes du dossier des attentats de Paris et Bruxelles. Au sein de l’Etat islamique, il avait notamment une activité de fabrication de bombes. Il est ensuite rentré en Belgique par la « route des migrants » (Syrie – Turquie – Grèce – Autriche – Allemagne – Belgique).
Mohamed Bakkali, déjà condamné à 25 ans de réclusion pour son rôle dans l’attentat déjoué du Thalys, est soupçonné d’avoir loué les voitures des commandos du 13 novembre ainsi que plusieurs planques à Bruxelles. Celui qui, au procès du Thalys, avait montré une redoutable maîtrise du dossier, a expliqué pourquoi il ne parlera pas dans le procès parisien : « (…) ça fait six ans que quoi que je dise, quoi que je fasse, ma parole est toujours suspecte et j’ai remarqué qu’elle n’avait pas de valeur. (…) Je n’ai plus la force de me battre ou de m’expliquer. »
Mohamed Abrini
Belgo-marocain, ami d’enfance de Salah Abdeslam, il a grandi dans le quartier de Molenbeek. Il encourt la perpétuité, car il était présent à Paris avec le commando quelques heures avant les attentats du 13 novembre 2015 (c’est lui qui a conduit Brahim et Salah Abdeslam à Paris la veille des attentats), puis à Bruxelles, quelques minutes avant l’attentat de l’aéroport, en mars 2016 (ce qui lui vaut le surnom d’« homme au chapeau »). Il a fait un séjour en Syrie, entre juin et juillet 2015.
Son interrogatoire marque les esprits par son caractère insolent et provocateur. En effet, interrogé – comme ce sera le cas pour tous les accusés – sur sa radicalisation, l’homme ne semble pas se considérer comme radicalisé, et fait valoir la différence de « points de vue » qu’il peut exister sur cette notion : « Moi pour moi je suis pas radical, après pour d’autres c’est radical (…) y a des endroits dans le monde où on pratique l’Islam, et vous vous allez trouver que c’est radical (…) mais pour moi c’est l’Islam normal. » Il donne l’occasion à la Cour de montrer qu’il n’a en rien renié son attachement à la mouvance jihadiste. Interrogé sur la charia, il répond : « pour moi c’est la loi divine, elle est au-dessus de la loi des hommes. Si j’étais un homme libre aujourd’hui, j’irais vivre dans un pays où on pratique la charia. ». De quoi donner une idée de l’état d’esprit de Mohamed Abrini, qui ne semble pas vouloir faire amende honorable.
Il revient également sur sa vision du jihad, qui fait selon lui « partie de l’Islam » : « Moi je dis que c’est un devoir de protéger les opprimés (…) c’est un devoir pour tout musulman d’aller faire le jihad. Quand bien même ça s’est transformé en guerre de conquête ». Néanmoins, s’il ne renie rien des attentats, il avoue ne pas pouvoir se faire exploser : « Moi, ça, je suis pas capable de le faire, je l’ai toujours dit. Je suis capable de prendre les armes, d’aller combattre, mais pas ça. » Surtout, il se défend d’avoir tué qui que ce soit et d’avoir été en France, ce qui apparaît peut-être comme sa ligne de défense, proche de celle de son ami Salah Abdeslam.
Adel Haddadi
Algérien, il quitte son pays sans l’accord de ses parents pour rejoindre la Syrie. Il a été envoyé par Daesh en Europe pour les attentats, mais n’a finalement pas pu arriver jusqu’en France car il est arrêté dans un camp de migrants en Autriche, alors en compagnie de Mohammad Usman.
A entendre Adel Haddadi lors de son interrogatoire, il s’est retrouvé en Syrie sans trop savoir ce qu’il s’y passait et ce qu’il pourrait y faire. Il affirme avoir été cuisinier. Pourtant, on sait qu’arrivé en Syrie, il suit pendant une semaine un entraînement militaire, vraisemblablement intégré au rang des combattants de Daesh. Pourtant, sa version diffère : « J’ai appris à manier les armes. Mais une fois sur place, je ne savais pas ce qu’on allait me faire faire. Moi, je pensais faire de l’humanitaire. » (nombreux sont les accusés partis en Syrie qui disent, comme lui, avoir espéré faire « de l’humanitaire »).
Le Président l’interroge ensuite sur son arrivée à Raqqa, où il aurait rencontré Oussama Atar, le chef des opérations extérieures de l’Etat islamique et commanditaire présumé des attentats de Paris et Bruxelles. Ce dernier lui aurait annoncé sa mission : rejoindre la France en compagnie de trois autres hommes (ils lui apprennent par la suite qu’ils étaient envoyés en tant que kamikazes). Il explique « verbalement, j’avais dit que j’acceptais, mais au fond de moi, je n’étais pas d’accord ». Lorsqu’on lui demande pourquoi lui a été choisi pour une mission d’une telle importance, il répond simplement : « Ils avaient compris que je ne pouvais pas dire non, que j’étais quelqu’un de serviable. »
Si Haddadi semble laisser penser qu’il n’a été qu’une victime de Daesh, privé de son libre-arbitre, la Cour lui fait tout de même remarquer qu’il aurait pu fuir à plusieurs moments, et qu’il ne s’est jamais saisi de l’occasion. Pourquoi ? Car il n’était « pas capable de dire non ». A voir si cette candeur feinte convainc la Cour…
Muhammad Usman
Il fait partie du commando parti de Syrie pour rejoindre l’Europe et fomenter les attentats. Le périple, il le commence avec Haddadi et les deux Irakiens du Stade de France, mais il est arrêté en Grèce, puis en Autriche, avec Haddadi.
Pakistanais, il a fait ses études dans une madrasa [école coranique] au Pakistan. Après qu’un jihadiste ayant « un don pour retourner le cerveau des gens » a « pris le contrôle de son cerveau », il rejoint les rangs de Daesh en Syrie puis en Irak. Cependant, il explique qu’une fois sur place : « Je n’ai rien fait. Je suis juste resté à la maison et je suis allé à la mosquée. C’est tout. ». Et à Raqqa aussi. Alors qu’on a trouvé une vidéo de lui, fusil sur l’épaule, au cœur d’une foule heureuse à la suite d’une victoire de l’Etat islamique au printemps 2015.
Quand on l’interroge sur ses motivations, il explique qu’il n’a « jamais voulu mourir » et que « [s’il] avait su, [il] n’aurait jamais accepté cette mission ». A la fin de son interrogatoire, la Cour n’en saura pas plus : Usman ne sait rien, n’était au courant de rien, ne se souvient de rien.
Mohamed Amri
Ancien travailleur du Samu social à Bruxelles, il est venu chercher Salah Abdeslam à Paris le soir des attaques et il est soupçonné d’avoir aidé les frères Abdeslam à louer des voitures utilisées par la cellule terroriste.
Il est dépeint par son épouse, venue témoigner, comme un homme « introverti », « plein de compassion », « trop gentil » et « suiveur ». C’est parce qu’elle le dit capable « d’aller chercher quelqu’un qui lui dit qu’il est dans la merde sans réfléchir » qu’elle est persuadée qu’il ignorait tout des attaques lorsqu’il est allé chercher Salah Abdeslam dans la nuit du 13 novembre.
Alors qu’Amri corrobore tout ce que dit sa femme, sans ajouter beaucoup d’éléments, la Cour finit par le bousculer : comment était-ce possible de ne pas avoir entendu parler de ces attentats le soir même du drame ? était-ce par pure bonté que l’accusé a accepté de faire un aller-retour Bruxelles-Paris en pleine nuit ? C’est ce qu’affirme son épouse, qui dit ne rien avoir remarqué de bizarre à son retour vers midi le lendemain. Elle raconte simplement lui « avoir fait des œufs » et ne pas avoir parlé avec lui des évènements de la veille. A voir ce qu’en penseront les magistrats.
Yassine Atar
Son frère Oussama Atar est soupçonné d’avoir piloté les attentats depuis la Syrie. Ils sont des cousins des frères El Bakraoui, qui se sont fait exploser dans le métro et à l’aéroport de Bruxelles le 22 mars 2016. Yassine Atar est soupçonné d’avoir eu entre les mains une clé donnant accès à une planque de la commune bruxelloise de Schaerbeek où avaient été constituées les ceintures explosives utilisées à Paris, et qui avait hébergé Salah Abdeslam.
Sa ligne de défense : répéter depuis le début qu’il est innocent, qu’il est accusé « par substitution » et « par procuration ». Il ne va cesser d’arguer qu’il n’est pas son frère (« Oussama Atar, c’est Oussama Atar, moi je ne suis pas Oussama Atar ») avec qui il souligne de mauvaises relations, et même de la rancœur (il s’était mobilisé avec toute sa famille pour faire revenir Oussama Atar, alors que ce dernier était enfermé depuis 6 ans en prison en Irak).
Il se distingue étrangement des autres accusés par son débit de paroles : il parle beaucoup et il parle très vite. Au contraire de Krayem ou Bakkali, on sent chez lui une urgence de s’exprimer. Il invoque sa bonne foi à toute épreuve, son désintérêt pour la religion, et se présente comme un jeune homme qui aime les « belles voitures », écoute du rap, va à la salle de sport. Certains éléments de l’instruction ont pourtant démontré des contradictions avec cette image de « playboy » qui ne s’intéressait pas à la religion, le fait qu’il n’accepte pas que sa sœur ait rencontré un homme sans mahram par exemple…
Hamza Attou et Ali Oulkadi
Les deux hommes ont également été entendus rapidement le lendemain. Ils sont poursuivis pour avoir joué un rôle dans la fuite de Salah Abdeslam, et encourent respectivement 6 et 20 ans de prison. Ils ont longuement été interrogés sur le quartier de Molebeek, dont ils sont originaires, en particulier sur le café Les Béguines [un café où l’on pouvait s’approvisionner en cannabis, et où étaient visionnées des vidéos de propagande de Daesh et des vidéos d’exaction. Lieu où la plupart des accusés du procès semblent s’être radicalisés].
Abdellah Chouaa
Belgo-Marocain, comparaissant libre, il soupçonné d’avoir apporté un soutien logistique à la cellule qui a préparé les attentats du 13 novembre 2015.
Il a longuement été interrogé sur son ami Mohamed Abrini, et sur le voyage de ce dernier en Syrie, à l’été 2015. Abdellah Chouaa a tenté de convaincre la cour d’assises qu’il ignorait tout de la radicalisation de son ami. Pourtant, la Cour lui rappelle qu’il avait lui-même fait des déclarations précises sur Abrini et sa consommation de vidéos de Daech, ses nouvelles fréquentations et ses conversations sur la Syrie.
Malgré ses explications confuses et parfois contradictoires, il continue de nier en bloc et assure que s’il était allé rechercher Abrini à son retour, c’est parce que ce dernier lui avait assuré qu’il n’était pas allé en Syrie : « Je l’ai cru ». La suite des interrogatoires permettra de déterminer à quel point cette apparente naïveté est sincère.
Sofien Ayari
Combattant de l’Etat islamique, ce tunisien quitte la Syrie avec Osama Krayem à la fin de l’été 2015, empruntant la « route des migrants », pour atteindre l’Allemagne. Il est arrêté en Belgique le 18 mars 2016 en compagnie de Salah Abdeslam ; il a été condamné à 20 ans de prison en Belgique pour ces faits. Il est soupçonné d’avoir projeté un attentat à Amsterdam le 13 novembre 2015.
Contrairement à Osama Krayem, Ayari a fait le pari d’expliquer son ralliement aux rangs de l’Etat islamique : « Que ce soit clair, ça ne veut pas dire que ce choix était juste. Mais c’était ce que j’avais dans la tête à l’époque. » Il a admis être venu en Europe pour accomplir une « mission », sans s’épancher sur sa nature et son commanditaire. Il a enfin déclaré qu’il n’avait pas été forcé : « Chacun est responsable de ce qu’il a fait. »
Si cet accusé semble assumer ses choix et ses actes, son interrogatoire n’aura pour autant pas permis de savoir en quoi consistait exactement sa « mission » en Europe. Peut-être en apprendra-t-on plus tard.
Salah Abdeslam
Le belge est le seul membre du commando des attentats encore en vie. L’une des grandes questions qui se posaient était de savoir si l’accusé, mutique pendant toute la durée de l’instruction, prendrait la parole. Ce fut le cas.
Il est interrogé sur le séjour en Syrie de son frère Brahim (tueur des terrasses parisiennes) début 2015, et sur son ami Abdelhamid Abaaoud, qui deviendra le coordinateur des attentats parisiens.
Sur la question de savoir pourquoi il n’a pas déclenché sa ceinture d’explosif, le soir des attentats parisiens, il sous-entend y avoir renoncé. En effet, il a déclaré : « On est en prison et on se dit qu’en vérité, on aurait dû l’enclencher le truc. On se dit « est-ce que j’ai bien fait de faire marche arrière ou j’aurais dû aller jusqu’au bout ? »». Ainsi, il répète qu’il « n’a tué personne », ce qui semble apparaître comme sa ligne de défense.
Malgré cet instant de renoncement, Salah Abdeslam, que l’expertise psychiatrique a qualifié de « perroquet » de l’Etat islamique, a largement fait connaître sa position : il est un soldat de Daesh. Provocateur, il a également redit son attachement à l’organisation terroriste : « Je les soutiens, je les aime. »
Ali El Haddad Asufi
Ce belgo-marocain est accusé d’avoir fourni des armes.
Sur sa pratique de la religion, il répond : « Bah, pratique normale, ça peut s’intensifier à la perte d’un proche, c’est tout, normal ». Et lorsque le Président lui demande ce qu’il pense de l’Etat islamique aujourd’hui, il affirme qu’il pense « un peu la même chose que tout le monde, c’est un peu une pratique rigoriste de l’Islam » et que ce n’est « pas comme ça qu’on l’a éduqué sur la pratique religieuse ».
Ami avec Ibrahim El Bakraoui, il est notamment interrogé sur sa radicalisation, et sur l’aide qu’il a pu apporter à ce dernier pour rejoindre la Syrie à l’été 2015. Durant son interrogatoire, s’il reconnaît avoir été lui rendre visite 41 fois en prison, il jure qu’il n’a jamais perçu la moindre radicalisation. D’ailleurs, il ajoute : « Il était pas radicalisé, il avait des pantalons classiques, des chaussures vernies, il se faisait des brushings, c’était une coiffeuse, en fait ! ». De plus, il assure qu’il n’était pas au courant de la véritable destination d’Ibrahim El Bakraoui, lorsqu’il l’a accompagné à l’aéroport en partance pour la Turquie. Il s’est dit que c’était peut-être « des vacances », puisque l’on était « au mois de juin ».
A la question d’un avocat de parties civiles, il répond qu’il s’est senti trahi par son ami Ibrahim : « C’était un ami. Je l’appréciais, je pensais à une amitié sincère. Et quand on voit après ce qui s’est passé, bien sûr qu’on est trahi. On se sent un peu humilié. »
Ses avocats font tout pour prouver son innocence, faisant notamment valoir la falsification par les policiers belges de ses procès-verbaux, non signés par lui, et menés en l’absence d’avocat.
La 21ème semaine d’audience s’achève sur l’interrogatoire d’El Haddad Asufi, de même que la deuxième phase du procès.
Ensemble, aidons les victimes d’actes de terrorisme !
Le 11 mars, les Françaises et les Français sont appelés à rendre hommage aux victimes d’actes de terrorisme à l’occasion de la Journée nationale d’hommage qui leur est consacrée.
Depuis 30 ans, le Bleuet de France vient en aide aux victimes de ces attentats, en leur apportant un soutien financier et moral dans la réalisation de leurs projets personnels et professionnels.
Les cérémonies du 11 mars 2020 auront lieu cette année dans le contexte du COVID-19 et l’accueil du public sera donc restreint.
La cérémonie nationale aura lieu le jeudi 11 mars 2020 à Paris en présence du Président de la République et des présidents d’associations de victimes et d’aide aux victimes.
Les cérémonies locales sont encore en cours d’organisation, et nous mettrons la liste ci dessous à jour en fonction des informations que nous recevons.
Comité du Souvenir du Colonel BELTRAME (dont celui-ci était originaire)
Fontenay aux Roses (92)
Dépôt de gerbe
Lecture du message ministériel
Allocution du maire de Fontenay-aux-Roses
Lecture de la liste des victimes de terrorisme résidant dans les Hauts-de-Seine
Minute de silence
Hymne en hommage aux victimes du terrorisme
Présence de l’antenne locale de la Croix-Rouge, des pompiers, de la Police Municipale, du commissariat de secteur et des associations patriotiques représentées sur la ville.
Levallois-Perret (92) – 11h00
Inauguration d’une allée en mémoire de Cécile Vannier à Levallois-Perret, dans le quartier de la gare.
En présence de Madame la Maire Agnès Pottier-Dumas et de plusieurs élus.
VIII Congrès International des Victimes du Terrorisme Nice, 21-23 Novembre 2019 Mme Laura Dolci, victime de terrorisme et fonctionnaire des Nations Unies
Nous sommes venus des quatre coins du monde dans cette belle ville de Nice parce que le terrorisme a frappé nos vies et celle de nos familles à toujours. Nice nous a accueilli avec solidarité, mais aussi avec sa charge de douleur.
Notre présence ici est une manifestation claire qu’aujourd’hui les victimes du terrorisme ne sont pas une réalité lointaine ou abstraite : elles peuvent se trouver parmi vos voisins ou vos collègues au travail. Un enfant qui, comme le mien a perdu son papa dans une attaque terroriste peut partager la même classe du primaire avec votre enfant. Nous formons aujourd’hui une communauté globale d’individus issu de toutes races, sexes, âges, milieux professionnels, croyances et latitudes.
Depuis la fin des années ’90, le terrorisme s’est globalisé, à l’image d’un monde de plus en plus interconnecté et à mobilité accélérée. Mon mari, Jean-Sélim Kanaan, de nationalité française et égyptienne, fut tué avec 21 autres collègues de 11 nationalités différentes lors de l’attaque terroriste par camion bombe en 2003 contre le siège de l’ONU à Bagdad (Irak).
A présent, il n’y a presque plus un seul pays au monde qui ne compte pas de victimes de ce crime parmi ses citoyens, soit suite à une attaque sur son sol ou dans l’aéroport ou gare d’un autre pays. Notre bébé fut la première victime du terrorisme répertoriée dans le Département français de l’Ain, où nous résidions à ce moment; aujourd’hui, plus de 20 victimes bénéficient d’un soutien dans ce même Département.
Bien qu’il puisse être alimenté par des revendications et causes générées au niveau local, le terrorisme opère aujourd’hui à travers les frontières. Et paradoxalement, dans ce qui est de plus en plus un problème ‘sans passeports’ (ou avec trop de passeports), les victimes du terrorisme semblent de plus en plus tomber entre les mailles du filet – comme si elles étaient la responsabilité de tous et, donc, la responsabilité de personne.
La plupart des attaques se produisent aujourd’hui dans des pays où les infrastructures de l’État sont faibles et les ressources limitées – 9.603 victimes dans le seul Afghanistan en 2018. Dans les pays où le PIB est élevé, les mesures d’aide sont encore insuffisantes ou ad hoc, et ne sont souvent accessibles qu’aux nationaux de ce pays. Ça c’est le cas encore, par exemple, pour plusieurs États de l’Union Européenne.
Comme beaucoup d’autres problèmes mondiaux, la lutte contre le terrorisme et la prise en charge des victimes qui en découle nécessitent le partage de ressources à l’échelle globale. Aucun pays à lui seul ne peut y réussir, et un Congrès mondial comme celui-ci montre clairement la nécessité d’échanger des compétences, de collecter des données, d’identifier les lacunes et les solutions mises en place aux niveaux local, national et international.
Et c’est pourquoi nous devons fortement encourager les efforts entrepris à cet égard par l’Union Européenne et les Nations Unies. Ce n’est que en avançant sur cette voie que nous pourrons nous assurer que personne ne soit laissé derrière.
Chers Tous,
Afin de mettre en place des programmes durables en soutien des victimes du terrorisme, il est impératif de cesser de traiter les victimes du terrorisme comme un élément secondaire dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Les victimes nécessitent une reconnaissance forte et claire au niveau national et international que le terrorisme est un crime grave qui viole profondément et intentionnellement la dignité de la victime, de sa famille et de sa communauté.
Le terrorisme est une attaque violente contre les droits de l’homme, nos droits, et en tant que tel nécessite une réponse globale et multidisciplinaire visant à la réparation et au rétablissement des droits mêmes qu’il a compromis. L’assistance aux victimes devrait devenir un élément central de toutes stratégies de lutte contre le terrorisme, sur le plan national, régional et international. Les États devraient s’acquitter de leurs obligations en reconnaissant les besoins spécifiques des victimes du terrorisme et en coopérant d’avantage avec les acteurs de la société civile et les victimes, ainsi qu’entre eux.
Le moment est également venu d’analyser et de divulguer les spécificités de ce crime et de la victimisation qu’il provoque. Premièrement, le terrorisme n’est pas un crime ordinaire: c’est en temps de paix ce que les crimes de guerre constituent durant un conflit armé. Les survivants des attaques terroristes sont comme des anciens combattants avec des blessures très graves dans le corps et dans l’esprit: les lésions de Kalachnikov et le PTSD nécessitent des interventions hautement spécialisées.
Deuxièmement, le terrorisme a une nature intrinsèquement démonstrative: tuer et mutiler autant de personnes dans le but d’effrayer les tous. Pour les terroristes, les victimes directes n’ont pas d’importance, et cette déshumanisation intentionnelle aggrave tragiquement les blessures physiques des victimes. Enfin, malgré l’ampleur des préjudices subis, la majorité des victimes du terrorisme – y compris ma famille – voient souvent leur droit à l’information et à la vérité violés et se retrouvent par conséquent sans recours juridique effectif.
Ce n’est que si ces spécificités de la victimisation terroriste sont pleinement comprises et acceptées que des réponses adéquates peuvent être mises en place tout de suite après une attaque et pour la longue durée.
Chers Tous,
Le terrorisme a une dimension publique intentionnelle qui va au-delà des victimes directes car elle vise à toucher le cœur même de notre société. Répondre avec une approche ancrée dans les droits humains et la solidarité sociale constitue la réponse la plus forte et efficace à ce crime odieux. Seulement ainsi, on pourra vider le terrorisme de son message nihiliste et destructeur.
Soutenir la résilience des victimes est peut-être coûteux, mais cela rapporte car les effets de la terreur se font sentir au-delà de la victime individuelle. En soutenant la victime on soutient un cercle social bien plus ample.
Donner ampleur à la voix des victimes peut également aider à consolider une norme sociale forte contre le terrorisme et empêcher la répétition de la violence. En revanche, embrasser une narrative de la peur est un raccourci facile qui, malheureusement, ne joue qu’en faveur des terroristes mêmes.
Le temps est venu pour aller au-delà de simples expressions de sympathie ou solidarité aux victimes. Nous, victimes de terrorisme, souhaitons avancer envers une concrète reconnaissance, par loi et en pratique, de nos droits violés et la création des programmes efficaces et durables d’assistance – tout en jouant un rôle actif dans le développement et mise en œuvre des stratégies contre la terreur.
Jusqu’à 15h15 – Accueil des victimes et de leurs familles sur la terrasse du Trocadéro (par l’avenue du Président Wilson)
Entre 15h30 et 16h – Arrivée des hautes autorités (ordre protocolaire)
16h15 – Cérémonie d’hommage aux victimes du terrorisme
Lecture d’extraits de la déclaration universelle des droits de l’homme 1948 Par Mme Danièle LEBRUN, pensionnaire de la Comédie française et par M. Gaël KAMILINDI, pensionnaire de la Comédie française.
Interprétation de plusieurs chansons par l’artiste Abd al Malik.
Lecture de citations d’Albert CAMUS (extraits du Discours de réception du Prix Nobel et de Chroniques algériennes) Par Mme Danièle LEBRUN, pensionnaire de la Comédie française et par M. Gaël KAMILINDI, pensionnaire de la Comédie française.
Interprétation de « Evidemment » (France Gall / Michel Berger) par un chœur d’enfants Interprété par 60 enfants de la Maîtrise populaire de l’Opéra-comique.
Intervention de SAS Felipe V, Roi d’Espagne – 10’ Depuis le dais.
Geste mémoriel par les enfants des écoles de villes frappées par des attentats (accrochage de messages aux branches de l’arbre) Un enfant par établissement des villes touchées par des attentats depuis 2012 accroche un message sur l’olivier commémoratif.
Discours de Monsieur le Président de la République
Marseillaise Interprété par le Cœur de l’Armée Française.
Hymne à la joie Interprété par 60 enfants de la Maîtrise populaire de l’Opéra-comique.
17h30 – Fin de la cérémonie
Entre 17h45 et 18h45 – Rencontre privée entre le président de la République et des pupilles de la région Ile-de-France
Voici les informations que l’équipe de l’AfVT a pu récolter des différentes institutions (préfectures, ambassades) organisant un événement commémoratif lors de la journée du 11 mars. Cette page est évolutive, nous vous invitons à la consulter régulièrement.
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Préfecture de la Creuse
Date : mercredi 11 mars 2020
Horaire : 15 heures 30 (présence attendue 10 minutes avant le début de la cérémonie)
Lieu : dans la cour d’honneur de la Préfecture de GUÉRET
Lieu : Square du Souvenir Français – Colonel Arnaud Beltrame à Avranches
Programme : hymne aux victimes du terrorisme, lecture de textes, lecture du message ministériel par Monsieur le Préfet, dépôt de gerbe, minute de silence, Marseillaise, salut des porte-drapeaux
Contact : 02 33 75 49 50
Préfecture du Pas-de-Calais
Date : mercredi 11 mars 2020
Horaire : 17h25
Lieu : Stèle des Héros, Arras
Programme : hymne aux victimes du terrorisme, lecture de textes, lecture du message ministériel par Monsieur le Préfet, dépôt de gerbe, minute de silence, Marseillaise, salut des porte-drapeaux
Contact : 03 21 50 51 46
Préfecture de Seine et Marne
Date : mercredi 11 mars 2020
Horaire : 09h30
Lieu : monument aux morts de Combs la ville
Programme :
9h30 : cérémonie d’hommage aux victimes du terrorisme, en présence du Préfet, avec inscription sur le monument aux morts de Combs la ville de Mme Aurelia Trifiro (attentat de la PP), avec présence des élèves des collèges Les Aulnes, Les Cités Unies et du lycée Galilé
10h00 : Dévoilement de 2 plaques portant le nom de victimes du terrorisme à l’hôtel de ville.
10h30 : inauguration, au lycée Galilée (Combs), de l’exposition de l’ONU « Survivre au terrorisme: le pouvoir de résilience », complétée par les travaux des lycéens et des collégiens
11h : table ronde sur la thématique co-animée par des lycéens (auditoire de 100 personnes dont personnalités et élèves des trois établissements)
12h30 : temps d’échanges privilégiés entre les intervenants et des élèves volontaires.
Contact : 01 64 71 77 77
Préfecture du Val de Marne
Date : mercredi 11 mars 2020
Horaire : 11h00
Lieu : Monument aux Morts – Cimetière de Créteil
Contact : 01 49 56 60 00
Préfecture du Val d’Oise
Date : mercredi 11 mars 2020
Horaire : 11h00
Lieu : Monument aux Morts – Parc François Mitterand à Cergy
Contact : 01 34 20 95 95
Préfecture du Var
Date : mercredi 11 mars 2020
Horaire : 17h00
Lieu : Place Gabriel Péri, à Toulon
Programme : lecture du message du Président de la République par M. le Préfet, ainsi que le dévoilement d’une plaque commémorative.
Contact : 04 94 18 83 83
Ambassade de France au Mali
Date : mercredi 11 mars 2020
Horaire : en attente
Lieu : Bamako
Contact : (+223) 44 97 57 57
Ambassade de France aux Etats Unis
Date : mercredi 11 mars 2020
Horaire : 17h30 (heure locale)
Lieu : Washington
Programme : diffusion du documentaire « Fluctuat Nec Mergitur », échanges en présence de Jules Naudet (réalisateur du film), de spécialistes et de victimes du terrorisme.