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  • Offre de stage au pôle projets

     

    Offre de stage au pôle projets

    L’AfVT est à la recherche d’un ou d’une stagiaire au Pôle projets à compter de septembre 2025 pour une durée de 4 à 6 mois. Tous les étudiants sont les bienvenus !

    Présentation de l’association

    L’AfVT a été créée en 2009 par des victimes et pour des victimes du terrorisme. Elle représente et accompagne les victimes et leurs familles devant les instances officielles et gouvernementales, les acteurs de la Justice ainsi que les collectivités.

    C’est haut et fort qu’elle porte la voix des victimes dans la société.

    Nos missions

    L’association est engagée pour ses membres victimes et leurs familles sur plusieurs plans : parcours juridique et judiciaire, administratif et social.

    Son équipe salariée de 3 personnes pluridisciplinaires travaille en collaboration étroite avec les membres du conseil d’administration et du bureau qui réfléchissent préalablement aux
    projets et aux actions à mettre en œuvre.

    L’AfVT s’est donné également la mission de faire connaitre positivement l’expérience des victimes dans la société, pour lutter contre les idées et les idéologies qui conduisent à la
    violence et au rejet de la démocratie. Plusieurs programmes, développés toute l’année, font entendre leurs témoignages en direction de différents publics : collégiens, lycéens, détenus,
    monde associatif, entreprises, médias…

    Le stage proposé

    Stage de 4 à 6 mois, rémunéré et conventionné

    Dates : à partir de septembre 2025

    Lieu du stage : dans les locaux de l’AfVT, ville du nord-ouest parisien desservie par le métro

    Le stagiaire affecté au pôle projets sera encadré par le Directeur des Projets de l’AfVT.

    Le pôle projets a pour principal objectif la recherche de financements et la coopération avec diverses institutions, aussi bien publiques que privées. Il est ainsi au cœur de l’organisation de l’ensemble des projets menées par l’AfVT.

    De plus, le pôle mène également des actions dites citoyennes, c’est-à-dire des actions en milieu ouvert (ex. monde associatif) ou en milieu fermé (ex. prison). Ces actions reposent ainsi sur le témoignage des victimes du terrorisme qui viennent partager leur expérience auprès d’un public choisi mais également sur les échanges qui suivent.

    Missions confiées à la / au stagiaire

    • Aide à la rédaction des demandes de financements
    • Organisation des déplacements en province : billets de train et d’avion, réservation d’hôtels, synthèse des dépenses
    • Réunion de préparation avec les intervenants-témoins et les encadrants
    • Accueil et accompagnement des témoins
    • Prise de notes pendant les rencontres entre témoins et public choisi
    • Participation au retour d’expérience sur les actions menées par l’AfVT
    • Communication sur les actions citoyennes : rédaction d’articles, alimentation des réseaux sociaux de l’association

    Compétences requises

    • Bonne organisation
    • Aisance rédactionnelle et esprit de synthèse
    • Intérêt pour la cause
    • Goût pour le contact humain et bon relationnel
    • Goût du travail en équipe
    • Savoir rendre compte et communiquer
    • Capacité d’adaptation

    Profil souhaité

    Formation universitaire ou grandes écoles (Master 1/2, médiation culturelle, CELSA, sciences de l’éducation, Sciences-Politiques, écoles de commerce …) Et/ou intérêt et sensibilité pour les questions liées à l’économie sociale et solidaire.

    Merci d’adresser votre CV + lettre de motivation à l’adresses courrielle suivante  : aliatte.chiahou@afvt.or

  • Offre de stage au pôle éducatif

    Offre de stage au pôle actions éducatives

     

    Temps plein – 5 à 6 mois, à partir de septembre 2025

     

    Étudiant-e en césure bienvenu-e

     

    Présentation de l’association

    L’AfVT créée en 2009, par des victimes pour des victimes du terrorisme, représente et accompagne les victimes et leurs familles devant les instances officielles et gouvernementales, les acteurs de la Justice, les collectivités. Elle porte haut et fort la voix des victimes dans la société.

     

    Nos missions

    L’association est engagée pour ses membres victimes et leurs familles sur plusieurs plans : parcours juridique et judiciaire, administratif et social.

    Son équipe salariée de 3 personnes pluridisciplinaires travaille en collaboration étroite avec les membres du conseil d’administration et du bureau qui réfléchissent préalablement aux projets et aux actions à mettre en œuvre.

    L’AfVT s’est donné également la mission de faire connaitre positivement l’expérience des victimes dans la société, pour lutter contre les idées et les idéologies qui conduisent à la violence et au rejet de la démocratie. Plusieurs programmes, développés toute l’année, font entendre leurs témoignages en direction de différents publics : lycéens, détenus, monde associatif, entreprises, médias…

     

    Le stage proposé

    Stage de 5 à 6 mois, rémunéré et conventionné – Étudiant en césure bienvenu

    Dates : à partir de septembre 2025

    Lieu du stage : dans les locaux de l’AfVT, ville du nord-ouest parisien desservie par le métro

    L’AfVT propose un programme intitulé « Et si on écoutait les victimes ? Et si on écoutait les lycéens ? ».  Ces actions éducatives reposent à la fois sur le témoignage et le dialogue. Pour cela, la professeure à disposition de l’AfVT construit des projets avec les équipes des établissements scolaires en fonction de la particularité des classes et de la progression pédagogique des enseignants.

    La réalisation de ces projets nécessite une attention et une préparation en trois directions : les équipes pédagogiques des établissements, les élèves et les victime-témoins.

    Les établissements se situent en Ile-de-France, parfois en régions, notamment à Arras et Nice.

     

    Missions confiées à la / au stagiaire

    • Participation à la construction des actions en lien avec les équipes éducatives des lycées
    • Aide à l’élaboration des projets pédagogiques avec la professeure mise à disposition de l’association
    • Réunion de préparation avec les intervenants-témoins et les professeurs
    • Accueil et accompagnement des témoins
    • Prise de notes pendant les séances en lycée, concertation, séances de préparation et rencontres entre témoins et élèves
    • Participation au retour d’expérience sur les actions
    • Rédaction des bilans pour les bailleurs
    • Communication sur les actions éducatives : rédaction d’articles, alimentation des réseaux sociaux de l’association, lien avec les media

     

    Compétences requises

    • Bonne organisation
    • Aisance rédactionnelle et esprit de synthèse
    • Intérêt pour la pédagogie du projet
    • Goût pour le contact humain et bon relationnel
    • Goût du travail en équipe
    • Savoir rendre compte et communiquer
    • Aisance à se déplacer
    • Capacité d’adaptation

     

    Profil souhaité

    Master 1/2, minimum bac +3, Sciences-Politiques, CELSA, médiation culturelle, sciences de l’éducation, …

    Et/ou

    Intérêt et sensibilité pour les questions de société, de citoyenneté, de transmission

    Merci d’adresser votre CV + lettre de motivation à l’adresses courriel ci -dessous :

    chantal.anglade@afvt.org

  • Plaidoirie de Maître Antoine CASUBOLO FERRO au procès des mineurs impliqués dans l’assassinat de Samuel Paty

    Madame la Présidente, mesdames les juges,

     

    Ce procès, ils l’attendaient depuis plus de trois ans.

     

    Les professeurs que j’ai eus l’honneur d’assister et de représenter aux côtés de ma consœur Maître Pascale Edwige, vous l’ont dit lorsqu’ils sont venus à la barre : ce procès, ils l’attendaient depuis plus de trois ans pour connaître la vérité, pour savoir pourquoi et comment leurs anciens élèves ont pu, le 16 octobre 2020, s’engager dans une terrible rencontre, accepter de l’argent de la part d’un homme qu’ils ne connaissaient pas et désigner leur professeur, qui leur enseignait avec passion, rigueur, générosité. Ils l’attendaient, comme tous, pour comprendre…

    Au premier jour de ce procès aussi, je me dois de vous dire que la discussion sur la recevabilité de leur constitution de partie civile a été, pour le moins, difficilement vécue par les professeurs.

    Votre décision, Madame la Présidente, Mesdames, de renvoyer au fond a néanmoins été un soulagement pour eux. Même s’ils acceptaient d’être renvoyés au fond, voire comme certains l’ont compris, au fond de la salle où s’assoient souvent les élèves qui n’ont pas l’intention de suivre le cours, cela a été pour eux un immense soulagement. Ils voulaient entendre surtout, écouter les uns les autres, pour rassembler les pièces de l’engrenage maléfique qui a coûté la vie à Samuel Paty.

    Et puis, il faut bien l’admettre, qu’ils soient là, qu’ils aient pu assister au débat, nous a parfois été utile pour comprendre l’enchaînement des faits, quand vous les avez fait venir à la barre, Madame la Présidente, afin qu’ils précisent tel ou tel point dans le déroulé de ces dix jours terribles, parti du mensonge de l’une, devenu rumeur virale près de dix jours, pour aboutir à l’assassinat de leur collègue.

    Ces dix jours de rumeurs ont été au cœur de cette audience. La rumeur, cette bête immonde, cette pieuvre qui a accaparé le cerveau d’un élève, nous avons pu la disséquer durant ce procès. Mais il faut bien le dire, leur accueil pour le moins glacial sur le banc des parties civiles, est aussi la résultante d’une autre rumeur dont ils ont été, dont ils sont les victimes, directes pour le coup. Ce n’est pas le lieu d’en parler plus ici. Mais ce procès a été, pour eux et pour la première fois, l’occasion d’y répondre, en partie, suffisamment, espèrent-ils pour la stopper. Ils ont l’espoir, et c’est ce qui compte le plus pour eux, d’avoir été entendus par la famille de Samuel Paty.

    Pour eux, les collègues de Samuel, c’était important qu’ils disent à sa famille qu’ils s’étaient tous inquiétés pour lui, que l’un s’était rendu chez lui, que l’autre l’avait attendu, certains soirs pour le raccompagner. Hélas pas le 16 octobre, et la culpabilité est immense. Qu’ils avaient pleuré pour lui, qu’ils pleuraient toujours pour lui et qu’ils ne l’oublieront jamais. Qu’au collège, ils font vivre tous les jours sa mémoire et que, bien sûr, le Collège du Bois d’Aulne s’appellera un jour, bientôt, Collège Samuel Paty. Ils le souhaitent. De tout cœur. Ce n’était qu’une question de temps. Parce qu’il y a un temps pour tout.  Je crois qu’ils ont été compris.

    La souffrance d’avoir perdu leur collègue, sauvagement assassiné, vous l’avez ressentie, palpée à cette barre, comme au fond de cette salle.

    Les cauchemars, la peur, l’angoisse, la fin d’une carrière, les changements de vie… Pour autant, quel que soit leur traumatisme, il n’est pas et ne sera jamais à la hauteur de celui de la famille de Samuel Paty. Ça, ils ne l’ont jamais prétendu. C’est évident ! Tellement évident, qu’il est presque incongru d’avoir à le rappeler ici. Mais comment imaginer qu’ils auraient pu faire cours, durant cette audience, comme si rien n’était arrivé à leur collègue, comme si rien n’avait existé ? Comme si Samuel Paty n’avait été personne pour eux. Ils se devaient, ils lui devaient, d’être aux côtés de sa famille, avec eux, en ces jours si douloureux se tenir au plus près d’eux, en leur témoignant toute leur sympathie.

    Eux aussi tenaient à la sérénité des débats et en aucun cas n’auraient voulu que soit perturbée l’audience, que soit retenue la parole des élèves à la barre. Si elle l’a été, personne ne peut dire, il nous semble, qu’elle le fut du fait de leur présence. Ils ont su se faire oublier… au fond !

    Écouter les prévenus, comme pour tous, c’était important pour eux. Ils avaient aussi besoin d’être ici pour renouer la confiance avec les élèves en général, si possible, se réconcilier avec eux, ceux-là comme ceux qu’ils retrouveront en classe lundi matin et dans les jours qui suivront, pour continuer d’être professeurs et reprendre le cours de leur vie.

    En effet, ce drame qui a coûté la vie à leur collègue a fortement impacté leur enseignement, leur souhait d’enseigner, outre leur vie personnelle.

    Connaître la vérité, même avec toute sa violence, était, est essentiel pour eux. Ces élèves, ils avaient de l’affection pour eux, ils avaient confiance en eux, ils leur enseignaient avec humanité et générosité, tout comme le faisait leur collègue, Samuel Paty.

    Alors au terme de ce procès, des réponses, ils en ont eu, oui. Mais si peu pour leur redonner de l’espoir. Combien ont été douloureux, pour eux, comme pour tous, les « je ne sais plus, je ne sais pas, je ne me souviens plus, j’ai oublié » et les silences aux questions posées… qui laissent supposer, qu’au-delà des regrets, des remords, qu’ils ont exprimés, des excuses qu’ils ont présentées, il restait encore un long chemin à parcourir pour qu’ils soient tangibles, pour qu’ils soient, tous, vraiment crus.

    Alors des réponses, oui, mais comment comprendre ? Que pour quelques billets de 10 €, même en liasse, même si on n’en avait jamais vu autant, on puisse cesser de réfléchir, être obnubilé, s’ensauvager au point de donner en pâture, l’homme qui vous a fait cours quelques heures avant ?   Ce procès, hélas, n’a pas permis de le comprendre.

    Madame la Présidente, mesdames les juges, quand vous rendrez votre décision, contre les prévenus, vous déclarez également recevables les constitutions de partie civile des professeurs.

    En droit, comme nous l’avons soutenu dans nos conclusions, transmises à l’ouverture de cette audience, leur recevabilité se fonde essentiellement sur la connexité entre les délits pour lesquels ces prévenus ont été renvoyés devant votre juridiction du fait de leur minorité, avec les autres infractions de nature terroriste pour lesquelles sont renvoyés les majeurs également impliqués dans ce drame, devant la Cour d’assises spécialement composée. Cette connexité, l’audience en a fait la démonstration.

    Avec la dénonciation calomnieuse, reprise par les réseaux sociaux, repostée par des centaines d’internautes, vous direz les professeurs du collège du Bois d’Aulne, victimes par ricochet du mensonge dont a été cruellement victime Samuel Paty. Cette cruauté, les mots manquent pour la définir, tant l’enfance, généralement, évoque l’innocence.

    Mais aussi, vous direz que les professeurs du Collège du Bois d’Aulne, soumis à des menaces de représailles depuis le 10 octobre 2020, soit toute la semaine qui a précédé l’assassinat de leur collègue, ont été directement victimes de ces menaces, comme ils ont été directement victimes du choc émotionnel consécutif, d’abord à cet assassinat, ensuite d’apprendre que certains de leurs élèves avaient constitué l’association de malfaiteurs qui avait conduit à la désignation de Samuel Paty, puis à son assassinat.

    Tous les plaignants que nous représentons, ont subi directement ce choc émotionnel qui a entrainé de graves blessures psychologiques et psychiques.

    Pour la réparation de ces préjudices, subis par les professeurs, collègues de Samuel Paty, du fait même de cette connexité, nous vous demandons le renvoi devant la Juridiction d’Indemnisation des Victimes d’Actes de Terrorisme (JIVAT), ayant compétence pour statuer sur la réparation des préjudices résultant de l’ensemble des crimes et délits ayant contribué à l’assassinat de Samuel Paty. Ses collègues n’ont pas d’autres demandes, si ce n’est de retrouver l’espoir en ces élèves qui ont si gravement failli.

     

     

    JANVIER 2015

    Plaidoirie de Maître JOSSERAND SCHMIDT aux côtés de Maître Dan HAZAN au procès des attentats de janvier 2015

    Le temps est venu pour les victimes de prendre la parole une dernière fois. Procès pour l’histoire, dit-on, histoire judiciaire qui, dans 50 ans, sera la réponse au terrorisme du début du siècle, histoire de vies brisées, niées, histoire d’un terrorisme qui massacre au nom d’un Islam radical que notre pays subit depuis de nombreuses années et dont on n’entrevoit toujours pas le début de la fin.

    Les attentats ont été revendiqués par l’État islamique et Al-Qaïda, revendiqués au nom de l’idéologie islamiste radicale, celle qui impose la supériorité du religieux au politique, la soumission plutôt que la liberté. La liberté fondamentale est devenue mécréante. La simple réapparition de ces mots est une stupéfaction quotidienne. La terreur veut nous faire plier. Nous devrions faire machine arrière et mettre à bas toutes les considérations humanistes depuis les Lumières. Il faudra renoncer au long contrat établi entre la religion et la vie de l’État, séparation douloureuse, mais aujourd’hui chérie de tous. Le terrorisme islamiste nous intime d’y renoncer sous la terreur et dans le sang.

  • Déposer pour soi, déposer pour eux

    Lorsqu’un pays est frappé par un acte terroriste, ce n’est pas uniquement sa sécurité qui est ébranlée ; c’est sa société et sa démocratie qui sont remises en jeu. La Justice doit alors répondre à cet acte, en punissant les coupables avec rigueur mais également en soutenant et écoutant la voix des victimes. Celles-ci peuvent se constituer parties civiles et, au cours du procès, déposer si elles le souhaitent. La déposition, souvent perçue comme une étape pour appréhender la réalité, peut s’avérer être une véritable épreuve. Déposer devant une Cour c’est se mettre à nu et parler de ses sentiments les plus intimes comme la douleur, le manque et la colère.

    Pour cette action éducative, Audrey Borla et Yann Révol ont accepté d’être présents : ils veulent partager avec les élèves leurs chemins de vie, leurs peines et espoirs. Audrey Borla, sœur jumelle de Laura tuée sur la Promenade des Anglais à Nice le 14 juillet 2016, est à peine plus âgée que les lycéens. Elle souhaite leur rappeler l’importance d’aimer la vie mais aussi de se préserver des réseaux sociaux. Yann, rescapé du restaurant Le Petit Cambodge le 13 novembre 2015 à Paris, souhaite quant à lui échanger avec les élèves et promouvoir auprès d’eux des valeurs d’humanité et de respect.

     

    Vendredi 24 mai, jour de la préparation. Dans son costume à rayures bleues et blanches, Thierry Sitter, le professeur du micro-lycée du Lycée Pierre et Marie Curie de Menton déambule dans les couloirs. Professeur d’histoire et géographie, il étudie l’importance de la Justice et de la mémoire à travers les siècles avec le « micro-lycée », c’est-à-dire une classe de jeunes lycéens aux parcours de vie complexes et difficiles. Thierry les connaît tous intimement et les épaule dans leur vie quotidienne avec pour leitmotiv « Je les prends par la main et je ne les lâche pas ». Un véritable lien entre professeur et élèves sous-tend l’action éducative qui s’inscrit cette année dans la thématique « Plaider et Témoigner ». Le micro-lycée compte une petite dizaine d’élèves, curieux et attentifs, qui rencontreront Audrey et Yann la semaine d’après.

     

    La Justice, entre condamnation des accusés et écoute des parties civiles

    Après avoir présenté les particularités d’un procès en assises et l’importance de la déposition des parties civiles, Chantal et les élèves s’interrogent sur l’intérêt d’un procès. Un élève affirme spontanément que le procès « est pour les morts », qu’il correspond à un moyen de rendre justice pour ceux qui ne peuvent plus être présents. D’autres élèves soutiennent que le procès doit surtout être pour les victimes, les parties civiles, et que par extension, le procès a une utilité sociétale. Chantal rappelle effectivement que si le procès peut être une étape dans la reconstruction de la vie des victimes, il a principalement pour vocation de rendre justice à la société et ce, en jugeant et condamnant les accusés. Les élèves visionnent ensuite plusieurs extraits de L’audience est ouverte, un documentaire réalisé par Vincent Nouzille et Théo Ivanez, centré sur « l’avant-procès » du 13 novembre 2015. Un passage montre François Hollande, Président de la République à l’époque de l’attentat, qui affirme à la caméra : « C’est la liberté qui aura le dernier mot. Et le dernier mot, c’est aussi le procès. Vous avez agi de manière effroyable, vous allez être condamnés de manière démocratique ». Les lycéens commentent ainsi le défi de ne pas être aveuglé par la douleur et l’importance d’obtenir une réponse judiciaire qui permettra de véritablement discerner la réalité et sa vérité.

    Les élèves échangent ensuite sur le déroulement d’un procès en appel et sur la difficulté d’être à nouveau confronté à cette expérience. Lorsqu’ils apprennent que le procès en appel se tient deux ans après le procès en première instance et huit ans après l’attaque terroriste, les élèves sont stupéfaits : pour eux, ce temps semble très long et il leur semble que la durée de l’enquête ne peut qu’être une deuxième peine pour les victimes. Un élève ajoute que plus le temps passe, plus les détails s’oublient. Thierry explique alors qu’il vaut mieux une justice lente qu’une justice expéditive : cela permet de mettre le sensationnel à distance, de prendre du recul sur la situation et surtout d’explorer toutes les pistes possibles. Il affirme enfin que la Justice ne doit pas être synonyme de vengeance mais une élève exprime des réserves. Pour elle, espérer une lourde peine pour un accusé est une forme de vengeance qui, indirectement ou non, « fera du bien » à la victime. Chantal lui explique alors que bien que la Justice ne soit pas la loi du talion, elle ne peut pas laisser les crimes impunis et qu’à la douleur des uns doit répondre une peine juste et proportionnelle à l’acte commis.

     

    Les élèves découvrent ensuite Audrey à travers les dessins de Erwan Fages publiés dans Le Monde. La plupart des lycéens trouvent qu’elle « a l’air sûre d’elle » mais également qu’elle « a l’air d’avoir beaucoup à dire ». Ils lisent ensuite sa déposition lors du procès en appel et font la connaissance de la sœur jumelle d’Audrey, Laura. Chantal amène les élèves à s’interroger sur la nécessité de déposer pour une victime. Tous sont d’accord pour soutenir que déposer revient à se livrer, à ne pas rester dans le déni et ainsi accepter de « regarder la réalité et la vérité en face ».

    Audrey devant la cour d’assises spécialement composée, mardi 27 septembre 2022 (procès en première instance), Erwan Fages pour Le Monde.

     

    Les lycéens lisent ensuite les threads publiés sur X par Charlotte Piret, journaliste chez France Inter, qui relate la déposition de Yann lors du procès V13. Cette lecture, moderne et surprenante, permet aux élèves de retracer la vie de Yann ce soir-là et de saisir les enjeux de la déposition : confier, expliquer, comprendre.

    Les victimes de la terrasse du Petit Cambodge à la barre, ce mercredi 30 septembre ©Radio France / Valentine Pasquier

     

    Avant la fin de la préparation, Chantal invite les élèves à penser à un de leur proche et à expliquer au groupe leur relation avec. Quelques lycéens acceptent de se confier : « ma mère », « ma sœur », « mon frère », « mon chien ». Tous savent, mêmes les plus silencieux, que la semaine d’après ils auront face à eux des personnes qui ont perdu ou qui ont failli perdre leurs êtres chers.

     

    Rencontrer les témoins, s’éloigner des réseaux sociaux

    Mardi 28 mai, jour de la rencontre. Les élèves attendent patiemment dans la classe l’arrivée des témoins et les saluent chaleureusement à leur entrée. Après avoir rappelé la thématique de l’action éducative, Chantal laisse les témoins se présenter et c’est Yann qui débute, Audrey étant plus timide : ce n’est que la deuxième fois qu’elle témoigne dans un cadre scolaire.

    Yann raconte aux lycéens l’attaque du restaurant Le Petit Cambodge, se confie sur ses appréhensions au cours du procès mais aussi sur sa volonté de déposer. Il n’avait au départ pas envie de se livrer à la Cour et pourtant, devant le manque de témoignages sur ce lieu d’attentat, il a décidé de parler. Il termine son récit en parlant du lien puissant qui unit les victimes et qui les rassemble autour de valeurs d’humanité, de communication et de Justice.

    Il laisse ensuite la parole à Audrey qui après avoir raconté les faits de la soirée du 14 juillet 2016 se confie sur sa colère quant à la gestion de la situation et ses rapports douloureux avec les réseaux sociaux. À l’image d’une grande sœur, elle prévient les lycéens des risques des médias, de la désinformation mais aussi de la surmédiatisation et du cyberharcèlement possible. Les élèves sont très sensibles à ses remarques ; ils connaissent d’ailleurs les attentats presque uniquement via les réseaux sociaux, avec leurs lots d’erreurs et de mensonges.

    Les lycéens posent beaucoup de questions à Audrey et Yann sur leur vie « d’après » ; ils cherchent à comprendre comment ils ont pu retrouver une routine après des événements si traumatiques. Les témoins expliquent que l’après est un long travail, ponctué de réussites mais aussi de régressions. Une élève en particulier est curieuse de savoir si Audrey et Yann ont essayé de « fuir [leurs] vies » et surtout s’ils ont retrouvé la légèreté qui les animaient auparavant. Tous deux répondent à la lycéenne qu’ils portent certes en eux une indicible douleur mais qu’ils ont tout fait pour « retrouver [leurs] vies » et tenter de vivre des joies simples, une manière pour eux de se battre contre le terrorisme. Ils sont parfaitement entendus par ces élèves du micro-lycée tournés désormais, en dépit des aléas de la vie, vers un avenir aux macro-dimensions.

    L’échange se prolonge ensuite, de manière informelle, et les élèves viennent poser des questions plus intimes. Certains se confient sur leurs situations personnelles, sur leurs rapports à ces attentats mais aussi sur leurs envies futures. Ils sont véritablement curieux de savoir comment, des années après les faits, les témoins se sentent et si déposer aux procès a pu être une forme de délivrance pour eux. Pour Audrey et Yann, chaque prise de parole est une façon de mieux appréhender la réalité et de continuer leur travail de vérité. L’action éducative se termine ensuite sur une note d’espoir et de légèreté : les projets de chacun, leurs objectifs et ambitions, et aussi, pour ces lycéens méritants qui ont surmonté l’échec scolaire, la réussite aux examens et l’arrivée des grandes vacances …

     

     

     

     

     

     

     

    Merci

    Aux témoins Audrey Borla et Yann Révol

    Aux élèves du micro-lycée du Lycée Pierre et Marie Curie de Menton

    À leur professeur Thierry Sitter

    Au Proviseur, Dominique Ramo

    À nos partenaires, la CAF 06 et le Conseil Départemental des Alpes-Maritimes

     

     

     

     

     

     

    Par Apolline Trajber, étudiante en Master à l’ISIT et stagiaire à l’AfVT

  • FRANCE – Projet d’attentat antisémite par quatre néonazi

    En 2017, quatre hommes de la mouvance Néonazie, Evandre AUBERT, Alexandre GILET, Gauthier FAUCON et Louis FRANÇOISEAU MOREAU, ont été arrêtés alors qu’ils préparaient un attentat terroriste dirigé notamment contre des mosquées. Les quatre individus communiquaient via un forum intitulé « Projet Waffenkraft » (Puissance de feu) sur la plateforme Discord, où ils échangeaient des messages concernant des attaques qu’ils envisageaient de commettre.

    Au cours de l’enquête, il a été révélé qu’ils avaient entre autres acheté des fusils semi-automatiques en vue de commettre un attentat en 2018.

    LES ACCUSES

    Peu d’informations ont été communiquées quant à l’identité des accusés.

    Alexandre GILET était un ancien gendarme volontaire de Grenoble, âgé d’une vingtaine d’année au moment des faits. Il se considérait proche de la droite conservatrice. L’enquête a révélé qu’il détenait des armes ainsi que des explosifs et qu’ils avaient pris l’ascendant sur le groupe.

    Evandre AUBERT est un ardéchois qui était également âgé d’une vingtaine d’année au moment des faits. Lors du procès, il a évoqué l’enfance difficile qu’il avait eue : alors qu’ il était âgé de 9 ans, sa mère est décédée d’un cancer. Peu de temps après, c’est sa tante et sa grand-mère qui sont également décédées. Il aurait ensuite été élevé par un père peu présent et vivait dans des conditions difficiles et insalubres selon ses dires. Evandre Aubert aurait été l’idéologue du groupe. Peu avant les attaques initialement prévues, il a finalement prévenu la gendarmerie en août 2018.

    Louis FRANÇOISEAU MOREAU était quant à lui mineur au moment des faits. Il a lui aussi vécu une enfance difficile : une mère bipolaire qui multipliait les séjours en hôpital psychiatrique, un père absent. Lui-même avait des troubles de l’attention et une hyperactivité et a lui aussi été placé en institut psychiatrique.

    Enfin, les seules informations connues concernant Gauthier FAUCON sont qu’il est fils de militaire et qu’il résidait à Tours.

    PORCEDURE JUDICIAIRE

    Le 30 juin 2023, la Cour d’assise spécialement composée de Paris a condamné les quatre individus à des peines allant de un à dix-huit ans de prison. Alexandre GILET a écopé d’une peine de 18 ans de réclusion criminelle assortie d’une peine de sûreté des deux tiers, pour association de malfaiteurs terroriste. Il s’était notamment doté de trois fusils d’assaut et d’explosifs. Lors de son interrogatoire au procès, il avait affirmé que ces armes avaient été acquises dans l’objectif de la pratique du tir sportif, ce qui n’a pas été retenu par les juges en raison de l’absence d’éléments confirmant cette déclaration.

    Evandre AUBERT a été condamné à cinq ans d’emprisonnement pour association de malfaiteur terroriste. Il divulguait des conseils de lecture, tant sur des ouvrages idéologiques que pratiques comme « Hitler que nous aimions ». Il était également présent lors des séances de tirs.

    Louis FRANCOISEAU MOREAU a pour sa part été condamné à trois ans de prison dont un an ferme. Le fait qu’il ai été mineur au moment des faits à conduit les juges à le condamner à une peine largement plus faible que s’il avait été majeur. Il a notamment été retenu à son encontre le fait qu’il a créé le groupe Waffenkraft pour l’action et non pour la discussion. Il était également celui qui organisait le groupement des autres protagonistes à Tours et choisissait le lieu pour procéder aux tirs. Il avait aussi cherché à se procurer une arme.

    Gauthier FAUCON a lui aussi été condamné à trois ans d’emprisonnement assortis de deux ans de sursis simple. Le Chef d’association de malfaiteurs terroriste a également été retenu à son égard. Il aurait pour sa part participé à la désignation des cibles potentielles, comme la LICRA, il participait aux séances de tirs. Un fusil à pompe qu’il cachait sous les dalles de la maison a également été découvert au cours de l’enquête.

    Alexandre GILET et Evandre AUBERT ont tous deux interjeté appel de cette décision. Un procès en appel se tiendrait ainsi du 16 au 19 septembre 2024.

    Source :

    Procès « Waffenkraft » : jusqu’à 22 ans de prison requis contre quatre néonazis à Paris (francetvinfo.fr)

    Procès « WaffenKraft » : l’ancien gendarme néonazi condamné à 18 ans pour « terrorisme » – Le Parisien

    Procès « Waffenkraft » : Des peines de 2 à 22 ans de prison requises pour quatre néonazis soupçonnés de projets terroristes (nouvelobs.com)

  • Sujet ou objet de documentaire ?

    Vincent Nouzille a écrit et réalisé deux documentaires sur la Justice et ses personnages à propos du procès des attentats du 13 novembre 2015 – l’un avant que l’audience soit ouverte, l’autre tandis que l’audience était définitivement levée. Comment a-t-il représenté cette réalité inédite ? Que montre un documentaire que d’autres représentations ne montrent pas ? Les images peuvent-elles rendre compte de ce que le langage ne saurait dire ? Assurent-elles la transmission de la mémoire ?

    Ces questions, les élèves de Première Spécialité Audiovisuel du Lycée du Parc Impérial de Nice se les posent en permanence. Sous la direction de M. Toutlouyan, professeur de lettres et d’audiovisuel, ils ont travaillé cette année sur l’importance et la nécessité de filmer la Justice. Ensemble, ils se sont intéressés à la question de la mémoire, au risque de l’oubli et au danger de l’indifférence. Amenés à exercer des métiers dans le domaine de l’audiovisuel, l’action éducative dans leur classe devait répondre à deux objectifs : comprendre la Justice à travers le témoignage de victimes d’attentat mais également saisir l’intérêt audiovisuel d’immortaliser la Justice, grâce à un documentaire. Ces deux principales visées se sont ainsi inscrites dans le cadre du projet intitulé « Le filmeur et les filmés ».

     

    Le filmeur et les filmés

     

    Le « filmeur », c’est donc Vincent Nouzille : écrivain et auteur de documentaire, qui a accepté de se joindre à l’action éducative. Journaliste de formation, Vincent décide en 2020 d’écrire un documentaire avec Théo Ivanez, intitulé L’audience est ouverte, sur le procès à venir du 13 novembre 2015. Il s’intéresse ensuite en 2022 au déroulé du procès et se lance dans la création d’un nouveau documentaire avec Jean-Baptiste Péretié, L’audience est levée, diffusé sur France-Télévision fin novembre 2023. Au cours de ses enquêtes et de ses interviews, Vincent rencontre un grand nombre de victimes dont Nadia Mondeguer et David Fritz Goeppinger, les témoins de cette action éducative au lycée du Parc Impérial. Nadia Mondeguer, mère endeuillée de Lamia, qui a perdu la vie à la terrasse de La Belle Équipe, incarne un « personnage » emblématique dans les documentaires de Vincent mais également dans le récit V13 d’Emmanuel Carrère. David Fritz Goeppinger, ex-otage au Bataclan, est à la fois écrivain de son propre personnage dans son livre Un jour dans notre vie et personnage des documentaires de Vincent et des frères Naudet, Fluctuat nec Mergitur, mais aussi chroniqueur pour FranceInfo tout au long du procès.

     

    Dans les coulisses de l’action éducative

    Mercredi 22 mai, jour de la préparation, étape complémentaire à la future rencontre avec les témoins. L’axe de l’action éducative étant d’une part la Justice et d’autre part le documentaire, Chantal et la classe s’interrogent d’abord sur les particularités d’un procès pour terrorisme, sur le déroulement d’un procès d’assises et sur ses « personnages ». Les élèves visionnent ainsi plusieurs extraits de L’audience est ouverte et L’audience est levée, les documentaires de Vincent centrés sur le procès du 13 novembre 2015, communément appelé V13. Ils découvrent les visages, expressions et histoires de Nadia et David, les témoins qui viendront témoigner dans leur classe la semaine d’après.

    Projetés dans l’intime de ces « personnages », les élèves saisissent leurs subtilités : personnages malgré eux dans le récit d’un attentat mais personnages volontaires dans le récit de la mémoire. Nadia et David ont vécu et vivent encore l’impensable ; pourtant pour les documentaires de Vincent, ils ont dû mettre des mots sur leur exceptionnelle situation et leur indicible douleur. Chantal demande alors aux élèves s’il est « possible de représenter l’irreprésentable ? ». Les élèves répondent que même si le filmeur peut représenter, il ne peut jamais capter la véritable essence de ce qu’il se passe. L’imitation semble parfaite mais ne peut jamais être exacte.

    À cette première contrainte s’ajoute celle de rendre compte le plus objectivement possible de la réalité. Lorsque Vincent et ses coréalisateurs réalisent leurs documentaires, ils savent qu’ils le font dans une démarche subjective : ils choisissent un lieu, le Palais de Justice, et des plans qui peuvent influencer la prise de parole des témoins. La représentation ne peut alors qu’être partielle dans la mesure où elle reflète les choix et la vision du documentariste. Se pose aussi la question de la place du sujet, et le risque de le réduire à un objet de curiosité ou de pitié – c’est pourquoi, pour ne pas céder à ce risque, les « personnages » des deux documentaires sont perpétuellement filmés tandis qu’ils commentent le procès. Le spectateur est, quant à lui, invité à saisir au-delà de ces paroles, la profondeur et la complexité des personnes filmées.

    Les lycéens expliquent également qu’au cours du mois d’avril, ils se sont pliés à l’exercice de tourner un film de manière collective. Ils se sont ainsi confrontés aux problématiques du tournage, à la difficulté de la technique et à la complexité de représenter certaines scènes, en particulier les scènes liées à l’intériorité de leurs personnages.

     

    Lundi 27 mai, jour de la rencontre. Certains élèves attendent Nadia, David et Vincent dans les couloirs, ils tiennent à les accompagner eux-mêmes dans leur classe. Ensemble, ils descendent le petit escalier qui mène à la salle de cours de M. Toutlouyan. Les témoins découvrent la salle en elle-même, recouverte d’affiches qui font esquisser des sourires (« Zone fan de Marylin Monroe » par exemple…). Une fois installés, la question de qui prendra la parole se pose : le filmeur, les filmés ? Dans quel ordre la présentation doit-elle se dérouler ? Existe-t-il même un ordre ? Ce sont finalement d’abord les filmés, narrateurs de leur propre histoire mais aussi personnages de procès et personnages de documentaire, qui débutent – Vincent y tient.

     

    Le documentaire, outil de transmission de la mémoire

    Nadia, notre premier témoin, confie se sentir émue d’être dans une classe d’audiovisuel car sa fille, Lamia, avait fait les mêmes études. Elle livre son témoignage aux lycéens avant de s’attarder sur son lien avec Vincent et sur son importance. Nadia explique qu’à l’origine, c’était Jean-François, son mari, qui témoignait dans les classes. Elle raconte qu’il « aimait parler aux jeunes, s’intéressait à la transmission et à la mémoire » et que, dans cette optique, il avait accepté de rencontrer Vincent et d’être filmé pour son reportage. Malheureusement, Jean-François, malade, décède en février 2021, plusieurs mois avant l’ouverture du procès. Nadia décide alors de continuer de parler, de raconter et d’être filmée, comme si elle « reprenait le flambeau ».

    L’image du flambeau est rapidement utilisée par David, ravi de découvrir la classe de Spécialité Audiovisuel, étant lui-même photographe. Ex-otage au Bataclan, David explique s’être senti utilisé à la fois comme bouclier humain par les terroristes mais aussi comme outil visuel par la presse. Effectivement, filmé à son insu alors qu’il se cache des terroristes en se suspendant à une fenêtre, David ressent après les attentats l’envie de se « réapproprier [son] histoire », de devenir narrateur de son récit, qu’il partage avec les élèves du Parc Impérial pour qu’eux-mêmes deviennent les garants de cette mémoire. Pour lui, les élèves auront eux aussi ce fameux flambeau en main et le transmettront à leur tour.

    Nadia et David sont, disent-ils, des « passeurs de mémoire vivants » et Vincent a su immortaliser leurs témoignages. Pour lui, l’objectif principal à la réalisation de ces deux documentaires était de « raconter, raconter l’organisation – ou plutôt la désorganisation – des secours, la gestion chaotique de la situation mais aussi la mobilisation des magistrats, le travail judiciaire et surtout la parole des victimes ». Vincent insiste sur la nécessité de l’échange et de l’écoute : face à lui des élèves qui travailleront dans les métiers de l’audiovisuel et qui devront apprendre à retranscrire le plus précisément possible la réalité.

     

     

    De l’interview à l’amitié

    Plusieurs élèves s’interrogent sur les émotions à transmettre lors d’un documentaire et sur la difficulté d’aider les témoins à se livrer. Vincent rappelle que la difficulté majeure est de contenir l’émotion pour ne pas tomber dans le sensationnalisme. Il ajoute dans un second temps qu’un documentaire repose principalement sur la confiance entre le filmeur et les filmés. Nadia et David profitent de ce commentaire pour remercier Vincent pour sa patience et son écoute. Les élèves les questionnent alors sur le rapport particulier entre le filmeur et les filmés : quelle distance instaurer, quelle amitié possible ? Vincent admet qu’il a « brisé la barrière entre le documentariste et son sujet » et avoue qu’il s’est longtemps interrogé sur l’aspect déontologique de la relation qu’il nouait avec les victimes. Pourtant, il confie, souriant à Nadia et David, qu’il a rapidement accepté de se laisser « embarquer humainement » par cette relation. Unis à la fois par le procès et le devoir de mémoire, le filmeur et les filmés sont finalement devenus chacun des personnages dans la vie des autres.

     

     

    Merci

    Aux témoins Nadia Mondeguer, David Fritz Goeppinger et Vinent Nouzille

    Aux élèves la Première Spé Audiovisuel du Lycée le Parc Impérial de Nice

    À leur professeur M. Toutlouyan

    À nos partenaires, la ville de Nice et la Caf 06

       

     

     

     

     

     

    Par Apolline Trajber, étudiante en Master à l’ISIT et stagiaire à l’AfVT

  • De Noël à Strasbourg au printemps à Paris

    Le jeudi 29 février 2024, s’ouvrait, plus de 5 ans après les faits, le procès de l’attentat de Strasbourg. Mokhtar Naghchband, qui a perdu son frère Kamal lors de l’attaque, se rend tous les matins au Palais de Justice de Paris à 9h00 pour assister au procès. Exceptionnellement, il a accepté de faire l’impasse mercredi 3 avril au matin, pour partager son expérience aux élèves de seconde du lycée Jean-Baptiste Corot à Savigny-sur-Orge. Avec lui nous accompagne Seb Lascoux, rescapé du Bataclan. Il est l’auteur et réalisateur d’une série de podcasts intitulé Parties civiles qui vise à informer les victimes du terrorisme sur la procédure judiciaire d’un procès pour terrorisme. Son recul permettra de croiser le discours de Mokhtar, la tête plongée dans le procès.

     

    Entre enthousiasme et appréhension

    Comme à notre habitude, nous organisons en amont une séance de préparation avec les élèves, une semaine avant l’audience à laquelle ils assisteront. C’est l’occasion pour nous d’apprécier le niveau de connaissance des élèves sur l’attentat de Strasbourg, les crimes qui sont reprochés aux accusés, ainsi que la procédure judiciaire en elle-même. Par chance, leur professeur, Hugo Drapier, qui organise ce projet, a déjà abordé en classe, en relation avec le programme d’EMC de Seconde, les notions de Droits de l’Homme, de Justice et de démocratie, ce qui nous permet d’avancer rapidement avec les élèves. Nous évoquons avec eux le déroulé d’un procès en cour d’assises spécialement composée afin qu’ils soient en mesure de comprendre ce qu’ils verront au tribunal la semaine suivante.

    Durant notre préparation, ils se montrent assez enthousiastes à l’idée d’assister au procès. En revanche, ils nous font part d’une certaine appréhension à l’idée d’échanger avec les victimes.  « Y a-t-il des sujets à ne pas aborder, des questions à ne pas poser ? » ; « Comment ne pas les blesser ? » ; « Peut-être allons-nous réveiller certains traumatismes ? ». Nous les rassurons, les victimes font le choix de venir parce qu’elles se sentent prêtes à se confronter aux questions des élèves. Elles espèrent apporter un enseignement à ces lycéens et savent poser elles-mêmes les limites s’ils ne souhaitent pas répondre à une question.

     

    De la salle de classe au palais de justice

                Nous retrouvons donc les élèves la semaine suivante, devant les marches du Palais de Justice. Certains ont apporté leur carnet de dessins et leurs crayons afin d’alimenter la rédaction d’un projet d’article de presse sur le procès de l’attentat de Strasbourg. Après être rentrés au compte-goutte par mesure de sécurité, les élèves finissent par s’installer sur les bancs d’une salle de procès à moitié vide. Celle-ci ayant été construite spécialement pour le procès des attentats du 13 novembre 2015 et ses 1765 parties civiles, il n’est pas étonnant de la voir remplie que très rarement.

    Les élèves assistent donc au long monologue du procureur de la République qui retrace le parcours de l’assassin. Bien que ce dernier soit décédé, c’est un passage nécessaire pour ensuite mettre en exergue la participation des accusés dans ce parcours animé par la seule volonté de donner la mort : « la sienne et celles des autres ». Cela permet d’ailleurs aux élèves de se rendre compte des mécanismes à l’œuvre dans le passage à l’acte terroriste, le crime le plus grave de notre juridiction, que ce soit le contexte familial, les conditions sociales, l’embrigadement idéologique et j’en passe. C’est presque un cours de sociologie du djihadisme auquel les élèves assistent. En tout cas un réquisitoire guidé ni par les émotions ni par une volonté de vengeance, seulement l’établissement de fait avérés.

    Une fois l’audience levée et les élèves rentrées au lycée, nous profitons d’un déjeuner pour discuter avec Mokhtar et Seb de leur intervention du lendemain. Les deux hommes ne se sont jamais rencontrés auparavant et il est important pour nous qu’ils ne découvrent pas le jour de la rencontre, le témoignage de l’autre. Nous les laissons donc se présenter et partager leur expérience respective. La différence de ton entre Seb et Mokhtar est notable, en même temps quoi de plus normal ? l’un est absorbé par les remous d’un procès qui dure déjà depuis 4 semaines et s’apprête à entendre les peines requises pour les accusés, tandis que l’autre a eu le temps de digéré un feuilleton judiciaire long de 11 mois. Cette différence d’approche sera sûrement intéressante pour les élèves.

     

    Des larmes aux sourires

    Nous arrivons le lendemain au Lycée Jean-Baptiste Corot en compagnie de Seb et Mokhtar. Les élèves qui ont assisté la veille au procès ont plein de questions en tête pour nos témoins et ont hâte de les entendre. Ils s’installent donc rapidement en classe, en forme de cercle pour favoriser la participation et les échanges. Puis le récit de Seb commence, un témoignage fort en émotion que Seb peine à retenir. Plus il avance dans le récit plus il replonge dans cette soirée cauchemardesque du 13 novembre. Peu à peu, les visages des élèves changent, tous sont attentifs, certains retiennent leurs émotions, d’autres n’y arrivent pas. Mais l’atmosphère dans la salle n’est pas morose pour autant, on les sent touchés par ce qu’a traversé Seb, ils témoignent par ces quelques joues roses et humides qu’ils partagent la souffrance de Seb.

    Vient ensuite le témoignage de Mokhtar, il décide de se mettre debout pour ne pas se laisser submerger par l’émotion. Un témoignage fort du vécu du franco-afghan qui a dû fuir le pays qui l’a vu grandir lors de l’arrivée des Talibans. Mokhtar aura connu la peur et l’effroi où qu’il aille : venu se protéger en France, il y aura vécu « ce qui aurait dû lui arriver en Afghanistan ». Malgré cela, il choisit de terminer son récit sur une note positive : son association, Des larmes au sourire. Avec des enfants de Strasbourg, il organise chaque année un concert en hommage aux victimes de l’attentat. Au travers de cette soirée festive, il essaye de « garder vivant le nom de ces 5 personnes tuées à Strasbourg ».

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Les premiers sourires

    Lorsque vient le temps des échanges, les questions des lycéens, qui ont déjà étudié en long et en large la justice, se concentre exclusivement sur les aspects plus personnels de la vie de nos deux témoins : leurs traumatismes, leurs proches, leur reconstruction, etc. Surement une réaction aux témoignages touchants de nos deux victimes. Comme si la procédure judiciaire passait au second plan face à l’éminence des émotions.

    Mehdi, sûrement en réaction au nom de l’association Des larmes au sourire, commence l’échange en demandant combien de temps avaient pris nos témoins pour retrouver le sourire. Pour Mokhtar, ça a été un long processus. Il voyait sa mère au plus bas après l’attentat, c’est pourquoi il a quitté son travail de cadre dans une grande entreprise pour acheter un restaurant et y travailler avec celle-ci. Il se donnait pour objectif de la faire sortir tous les jours de la maison. Ce n’était pas facile au début, il n’y avait que peu de place pour des sourires. Mais aujourd’hui le restaurant fonctionne très bien grâce à la cuisine de sa maman, ce qui a participé grandement à retrouver le sourire, nous dit-il. Il ajoute à cela que le seul moyen pour lui de ressentir de la joie à travers la tragédie qui s’est produite, c’est lors des concerts de commémorations. Il décrit ces journées comme des moments magiques qui lui laissent un sourire à la fin de la soirée. Il invite d’ailleurs les élèves, s’ils le souhaitent, à proposer des créations (illustrations, chansons, …) pour la réalisation des futures commémorations.

    Seb a eu une réaction différente de Mokhtar qui préfère se surcharger de travail pour ne pas penser à ses problèmes. Il a traversé « une période légume » durant laquelle il se sentait complétement vidé, comme si la vie n’avait plus de sens. Son travail lui apparaissait totalement dérisoire et sans intérêt comparé à ce qu’il venait de vivre. Les premières émotions fortes qu’il a ressenties sont liées aux choses les plus essentielles de la vie : il nous parle de ses pleurs lorsqu’il a ressenti le vent sur son visage pour la première fois, ou bien lorsqu’il est sorti faire ses courses à nouveau. Les vrais premiers sourires sont apparus à la naissance de sa première fille. Il a connu un peu de stress et d’interrogations sur sa capacité à élever des enfants avec ses traumatismes, mais aujourd’hui, l’angoisse a laissée place à la joie.

     

    Perdre un frère

    Nos témoins ont également été interrogés sur les proches qu’ils ont perdus. Mokhtar ayant perdu son frère Kamal et Seb son ami Chris. Une élève de la classe, Joanna, voulait en apprendre davantage sur la relation qu’ils avaient avec nos témoins et ce que ces derniers voudraient leur dire si l’occasion leur en était donnée. Seb, qui avait invité Chris au concert, ressent de la culpabilité, il l’aimait « comme un petit frère ». Il se souvient des soirées qu’ils passaient à jouer à Fifa tout en buvant de la bière, de leur passion commune pour la musique ou encore de son humour bien trempé. Il lui est apparu une fois dans ses rêves pour lui dire que c’était « une bonne blague » ce qui a beaucoup marqué Seb qui aimerait rêver à nouveau de son ami pour lui dire à quel point ça lui fait du bien de le voir.

    De son côté, Mokhtar vouait une grande admiration pour son frère : en Afghanistan, il était connu pour être « le frère de Kamal », un excellent joueur de foot. Il se souvient qu’ils se chamaillaient plus jeunes pour séduire la voisine qui avait leur âge. Parfois, il croise quelqu’un dans la rue qui lui ressemble et il sursaute, comme s’il était encore parmi nous.

     

    Ni pardon ni vengeance

                L’échange se termine sur la question du pardon et de la vengeance. Un élève demande à nos témoins s’il pourrait pardonner les actes des terroristes. Mokhtar est formel : « non, on ne peut pardonner à quelqu’un d’avoir ôté la vie d’autrui, d’avoir laissé des enfants orphelins ou handicapés à vie ». Seb pense qu’il n’a pas de pardon à accorder, que ce n’est pas son rôle, mais il ne les haït pas pour autant. Il comprend que certaines personnes puissent trouver du réconfort dans le pardon, mais ce n’est pas son cas. En revanche, tous deux auraient préféré que les assaillants respectifs des deux attentats ne soient pas morts. Ainsi, ils auraient pu se rendre compte au procès de tout le mal qu’ils ont causé et à quelle machine infernale ils ont participé.

     

    Mokhtar conclut notre intervention par une question posée aux élèves : « Si vous étiez à notre place, auriez-vous l’esprit de vengeance ? ». La réaction des élèves est assez directe, la plupart s’exclament que oui, surtout si cela touche leurs proches. Mais avec le temps de la réflexion, les réponses deviennent plus nuancées, certains maintiennent que oui, mais d’autres admettent qu’ils n’en ont aucune idée, une belle preuve d’humilité.

     

     

    MERCI :

    À nos deux témoins Mokhtar Naghchband et Seb Lascoux

    Aux élèves de seconde, pour leurs magnifiques dessins

    À leur professeur d’HGGSP Hugo Drapier,

    À leurs CPE Marianne Le Fustec et Véronique Eledut

    À notre partenaire la Région Île de France

     

    Par Titouan Le Flem, étudiant en Master à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye et stagiaire à l’AfVT

  • Renouer les liens

       Photo : SEb LASCOUX             

     

     

                       Après avoir connu ce que l’existence a de pire à offrir, comment garder le lien avec les futilités de la vie quotidienne ? La singularité de l’expérience d’une victime de terrorisme l’isole souvent du monde extérieur y compris au sein même de la cellule familiale. Un tel drame dépose sur l’individu un stigmate, qu’il soit physique ou psychique, qui influence ses interactions avec autrui qui ne le voit plus qu’au travers de ce stigmate. Ainsi, comment ne pas rompre ce lien fragile avec l’extérieur qui maintient hors de l’eau bon nombre de victimes.

    Lorsqu’à 15 ans, on collectionne les difficultés familiales, sociales, économiques comment accorder de l’importance à une scolarité dont on ne voit la finalité ? La culture scolaire imprègne bien plus certains milieux et strates de la société que d’autres qui, en miroir, grandissent dans une contre-culture scolaire. Ainsi, comment garder le lien entre ces jeunes et l’équipe éducative qui parfois peinent à se comprendre mutuellement ? Comment ne pas rompre le lien entre ces jeunes et leurs camarades plus enclins à poursuivre un parcours scolaire ?

    Ce regard croisé entre ces différents destins, nous avons pu le constater lors de notre intervention au Lycée Guynemer à Grenoble auprès de la Classe Starter qui réunit des filles et des garçons de 14 à 15 ans, suivis par l’Aide sociale à l’enfance (ASE), qui sans l’accompagnement scolaire particulier dont ils font l’objet seraient sûrement déjà sorti du système scolaire,  et la classe de CAP métiers de la sécurité qui réunit des élèves qui se prédestinent à devenir pompiers, policiers, gendarmes, agents de sécurité, etc. Entre ces deux classes, un lien : le lycée, et plus particulièrement en ce 29 et 30 avril 2024, notre intervention.

     

    Avec nous, Gaëlle Messager et Aurélie Silvestre ont fait le déplacement pour rencontrer ces jeunes et leur faire part de leur expérience. L’une, Gaëlle, est une victime directe des attentats du 13 novembre 2015 puisqu’elle se trouvait au bataclan. Elle porte aujourd’hui sur son visage la marque de la violence dont elle fut victime. Aurélie, elle, a perdu son compagnon Matthieu. Il était parti seul au concert des Eagles of Death Metal car, étant enceinte d’un second enfant, Aurélie ne pouvait l’accompagner. Particularité de la rencontre, Antoine Gentil, professeur de la classe Starter, est un ami d’enfance de Matthieu qui repose aujourd’hui à deux pas de là où habite Antoine. C’est donc un lien indéfectible qui lie Aurélie et Antoine autour de ce projet qui leur tient à cœur.

     

    Sur le fil de la radicalisation

                       Lorsque nous arrivons au Lycée lundi 29 avril pour la préparation en classe avec les élèves, la première chose que nous remarquons, c’est la présence d’Antoine à l’entrée du bâtiment pour aller chercher ses élèves et les motiver à suivre notre intervention. Après quelques allers-retours pour convaincre les derniers arrivants, la séance peut commencer. D’un côté de la salle les jeunes de la classe Starter, de l’autre les CAP métiers de la sécurité.

    Très vite, lors de la présentation des attentats qui ont touchés nos témoins, nous observons des confusions chez les élèves : l’attentat terroriste serait un acte commandé à l’individu par son Dieu ; les assaillants ne seraient pas des Français, mais des étrangers provenant d’un pays nommé l’Islam. Outre les obstacles que représentent ces idées dans leur compréhension de la radicalisation, elles le sont d’autant plus entre les élèves qui se retrouvent parfois isolés sur la base de préjugés sur leur confession et leurs origines. C’est pourquoi une digression s’impose. Chantal Anglade, Professeure de Lettres mise à disposition de l’AfVT, retrace donc aux élèves le parcours des djihadistes, leur nationalité française, leur radicalisation, et surtout la distinction entre la religion musulmane et le djihadisme. Une fois toutes ces confusions mises de côté, nous pouvons passer à la présentation des témoins.

     

    Un lien victime à victime indéfectible

                     Le lendemain, une autre victime du Bataclan natif de la région grenobloise nous rejoint pour assister à l’intervention : Yann. C’est parce qu’ils sont les seuls à pouvoir comprendre exactement ce que vivent les autres victimes qu’un lien si fort les unies. Ce soir du 13 novembre 2015, leurs destins se sont croisés alors que rien ne les prédestinait à se rencontrer. Aujourd’hui encore bon nombre d’entre eux sont resté très proche comme en témoigne la présence de Yann parmi nous. Une proximité qui s’est renforcée avec le procès des attentats : pendant plus de 10 mois, ils se sont assis côte à côte sur les bancs des parties civiles, écoutant les dépositions de chacun, partageant leurs traumatismes. Comme le dit Gaëlle aux élèves : « Lors du procès, l’imbrication des histoires personnelles écrit un traumatisme collectif. Cela permet la manifestation de la vérité en plus d’avoir une vertu thérapeutique.

     

     

    Un lien familial mis à mal

                  Lors du témoignage d’Aurélie et Gaëlle, un élément interpelle particulièrement l’attention des lycéens : leurs enfants. Il est, en effet, très complexe de faire comprendre à un enfant la spécificité d’un attentat terroriste et leur manière d’affronter cette épreuve est évidemment singulière et se distingue de celle des adultes. Gaëlle, qui a été transférée à l’hôpital immédiatement après l’assaut en raison de la gravité de ces blessures, a dû attendre quelque temps avant que son fils puisse lui rendre visite. Le choc était tel pour lui, « qu’il a fallu qu’il me voie à l’hôpital pour comprendre que je n’étais pas morte » raconte­-t-elle aux élèves.

    Pour les enfants d’Aurélie, c’est encore autre chose, tout deux ont perdu leur père mais le lien qui les unis à Matthieu est différent : son fils a connu son père et ressent son manque. Sa fille, elle, ne l’a pas connu, elle ressent donc le vide dû à l’absence d’une figure paternelle. Comme nous le décrit Aurélie : « elle se rend compte que c’est triste sans ressentir la tristesse du manque. Pour autant, elle vit cette tristesse par procuration. Récemment, elle a avoué, lors d’une séance chez la psy, être « pleine de nos larmes » ».

    Aurélie prend également le temps d’expliquer aux élèves comment les victimes du terrorisme peuvent se sentir isolées au sein même de leur famille. Elle explique par exemple dans son témoignage, que lors du procès des attentats du 13 novembre, elle a tenue à se rendre quotidiennement au tribunal, et ce, même après avoir déposé à la barre. Sa famille ne comprenait pas ce choix, elle espérait pour Aurélie qu’elle puisse sortir de cette spirale après son témoignage, mais celle-ci voyait les choses différemment et ressentait le besoin de comprendre ce qui leur était arrivé, pourquoi ça leur était tombé dessus.

     

    Comment renouer avec la société ?

                     L’attentat est un tel choc pour les victimes qu’il leur faut parfois plusieurs jours, ne serait-ce que pour franchir le seuil de leur porte d’entrée et mettre un pied dehors. Certains développent de nombreuses peurs : de la foule, des véhicules, du bruit, tout ce qui peut leur rappeler de près ou de loin ce qu’ils ont vécu de traumatisant. Aurélie et Gaëlle expliquent par exemple aux élèves le défi qu’a représenté pour elles, de retourner assister à un concert. On peut donc aisément comprendre que c’est tout un défi, souvent complexe, pour les victimes, de renouer avec la société et de faire corps avec.

    Mais nos témoins savent ô combien il est important de contribuer à faire avancer notre société notamment sur ces sujets, et à quel point leur rôle est important. C’est pourquoi quand Ida, une élève du lycée Guynemer, demande à nos témoins comment elles font pour s’exprimer aussi librement sur le sujet, Gaëlle propose ce parallèle intéressant : « Quand j’étais plus jeune, une personne qui avait vécu la Shoah est venue témoigner dans notre classe. À travers elle, j’ai vu ce fait historique incarné par ce personnage. Quand j’ai compris que ce que j’avais vécu était un fait historique, j’ai fait ce parallèle et j’ai voulu donner aux élèves l’opportunité de voir ce fait historique incarné par un acteur à leur tour. »

    Et c’est justement, ce lien personnel créé entre les élèves et nos témoins qui incarne une partie de notre histoire nationale, qui permettra aux élèves de la classe Starter de se remémorer du travail fait avec l’AfVT et leur professeur Antoine Gentil, lors de leur oral de fin d’année dans lequel s’inscrit ce projet.

     

    Humaniser le terroriste

                 « Quand vous êtes allées au tribunal, avez-vous ressenti de la haine pour les accusés ? ». Demande Théo, un lycéen en CAP à nos témoins.  Si la haine est un sentiment normal, presque mécanique dans les heures, jours, semaines qui suivent un attentat, il est pour autant nécessaire de la dépasser. Comme le dit Aurélie, sa première émotion en voyant les principaux accusés dans le box fut la peur. Si on ne peut réfuter que cette peur dont découle la haine, provient avant tout de leur statut de bourreau, peut-on tout de même réfléchir sur le rôle de la notion de « monstre » utilisé pour qualifier les terroristes ?

    Un monstre, selon l’Académie Française, c’est un « être vivant dont l’organisation, dans sa totalité ou dans une de ses parties, n’est pas conforme à celle de son espèce. » On entend donc par cette qualification du terroriste, qu’il se situe en dehors du commun de l’humanité, qu’il est impossible pour un individu lambda de commettre de telles horreurs. Il est, en effet, plus confortable de récuser notre humanité de ces crimes. Mais malheureusement non, même un humain « normal » peut commettre le pire : les terroristes qui ont semé l’effroi le 13 novembre 2015, étaient des Français, ils ont grandi dans nos écoles et ne présentent aucun trouble psychologique particulier. Hannah Arendt nous mettait déjà en garde là-dessus 60 ans plus tôt, au sujet des plus grands criminels que nous ayons connus : « Il eût été réconfortant de croire qu’Eichmann était un monstre […] L’ennui avec Eichmann c’est précisément qu’il y en avait beaucoup qui lui ressemblait et qui n’étaient ni pervers, ni sadiques, qui étaient et sont encore effroyablement normaux ».

    Une fois redevenu humain, aux yeux des victimes, il devient parfois plus facile pour ces dernières de dépasser la haine pour se reconstruire. Aurélie croit beaucoup dans les vertus de la justice restauratrice. Elle se dit même prête, devant les élèves, à rencontrer ses bourreaux : « Avec le temps, cette peur a disparu. Aujourd’hui, j’irais volontiers les rencontrer. Il a un réel soulagement quand on se rencontre que ce ne sont pas des monstres. ».

     

    MERCI :

    Aux deux intervenantes Gaëlle Messager et Aurélie Silvestre

    À notre ami Yann

    Aux élèves du Lycée Guynemer

    À leur professeur Antoine Gentil

     

     

    Par Titouan Le Flem, étudiant en Master à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye et stagiaire à l’AfVT