Auteur/autrice : mco

  • Plaidoirie de Maître Pascale EDWIGE au procès des mineurs impliqués dans l’assassinat de Samuel Paty

    Madame la Présidente,

    Mesdames les assesseurs,

     

    Le 16 octobre 2020, j’assistais à l’audience de la Cour spécialement composée, ici, dans ce tribunal, dans la salle d’à côté, dans le cadre du procès des attentats de Charlie Hebdo, Montrouge et de l’Hyper Cacher.

     

    Nous avions été saisis de la nouvelle, en cette veille de week-end, ne comprenant pas qu’en France un professeur se soit fait décapiter.

     

    À la reprise de l’audience, le président DE GORNAS invitait toute l’audience, parties civiles, défense, greffiers, journalistes, à se lever pour faire une minute de silence en hommage à ce professeur.

     

    Jamais de ma vie et de ma carrière je n’ai eu à connaître une minute de silence pour des faits extérieurs à un procès.

    Pourtant, il en a été ainsi parce que c’est la sérénité de la République, via une atteinte à un professeur, qui a été ce jour-là constatée.

    De cette nouvelle suffisamment grave pour être digérée, devait surgir au fil du temps, la connaissance de l’implication des mineurs à ce drame.

     

    Personne n’est préparé à cela.

    Personne n’est préparé à se dire qu’un enfant peut avoir contribué à un attentat.

    Nous avons donc basculé, ici, dans ce procès, dans l’inimaginable, c’est-à-dire cet horizon intellectuel indépassable qui fait que nous avons perdu nos repères initiaux.

    Oui, il est vertigineux d’admettre l’implication de mineurs dans la mort d’un adulte.

    Il est vertigineux d’envisager que des collégiens aient ainsi traité leur professeur, qu’ils disent tous pourtant apprécier.

    Qu’est-ce que cela aurait été s’ils ne l’aimaient pas !

    Nous sommes donc rentrés dans ce procès avec cet inconfort intellectuel, cette vérité dérangeante dans notre vision de l’ordre des choses …

    Et ce vertige n’en finit pas….

    Rappelez-vous qu’à l’entame de ce procès, l’AfVT d’une part, et les professeurs d’autre part, n’étaient pas les bienvenus pour des motifs de sérénité des débats et de libération de la parole des mineurs.

    Or, non seulement certains se sont longuement exprimés, mais n’ont été nullement gênés par les professeurs.

    Au contraire, ce procès a révélé qu’indépendamment de toute autorité, la personnalité affirmée des protagonistes s’est exprimée.

    Certains, dans une arrogance assumée, ont dit qu’ils ne voulaient pas répondre aux questions.

    D’autres se sont crus plus intelligents en faisant diversion jusqu’à croire qu’ils pouvaient espérer une relaxe.

    Et puis, cette absence d’effort pour parler à la barre, pour rapprocher juste sa tête pour se faire entendre, laisse un sentiment diffus d’une absence de prise de conscience des enjeux de ce procès.

     

    Tout ceci pour vous dire que ce n’est ni l’AfVT, ni les professeurs qui ont perturbé les débats, l’attitude des prévenus s’est suffi à elle-même.

    Ils ont tous fini par reconnaître leurs méfaits, mais au prix d’une insistance des questions des parties civiles, d’une patience et de bienveillance de madame la procureure.

     

    Pour quoi finalement ? Avons-nous eu des réponses sur les vraies raisons qui ont conduit à ce cataclysme de notre pensée ?

    Oui nous savons que la terre de nos idéaux a tremblé et que l’épicentre est la mineure  : tout part de ce mensonge sur une prétendue attitude d’un professeur alors qu’elle n’était même pas en cours.

    Ce mensonge sera ensuite entretenu par la fabrication de vidéos, avec l’aide d’adultes, eux-mêmes usant de mensonges pour se faire passer tantôt auprès de l’enfant pour un journaliste, tantôt auprès des adultes pour un imam.

    Ce mensonge se parera du sceau de la vérité puisqu’une plainte sera alors déposée contre le professeur PATY, rendant ainsi vraisemblable le narratif de la discrétion religieuse.

     

    La diffusion sur les réseaux sociaux fera le reste : amplifier le nombre de vues, de likes pour rendre encore crédible ce mensonge monté de toutes pièces.

    L’onde de propagation est telle qu’en moins de trois jours, tout le collège s’est approprié cette version mensongère des faits, et finira par capter l’attention du terroriste, le motivant à se rendre sur place pour venger selon lui le prophète.

     

    Et là encore, les plaques tectoniques de l’absence de réflexion et du maintien du mensonge par l’élève dans sa dernière conversation avec un autre élève vont finir de conforter le terroriste sur la nécessité de tuer le professeur.

    Et ce qui constitue une violence à laquelle je ne m’habitue pas, c’est la déconcertante facilité avec laquelle le terroriste va trouver avec ces mineurs un moyen d’arriver à ses fins : de l’argent.

    Une coordination stupéfiante entre ceux qui font le guet et ceux qui le cachent.

     

    L’appât du gain a suffi, peu importe les conséquences.

     

    Et il faut aujourd’hui que nous composions avec ces éléments qui dans la tête de tout individu normalement composé ne fait pas sens !

     

    Afin de nous permettre de nous relever de cet abysse intellectuel, l’AfVT vient en réalité vous dire que certes nous sommes dans un tribunal pour enfants traitant de faits délictuels, mais nous devrons prendre conscience, aussi difficile soit-il, que nous avons affaire à un nouveau mode opératoire terroriste.

     

    Lequel ? celui de se servir de mineurs comme boucliers humains intellectuels afin de déstabiliser nos institutions.

    Des adultes mal intentionnés se sont servis de leur lien d’affection et de la loyauté familiale qui en découle pour manipuler des mineurs, le collège et l’opinion.

    Ces mêmes adultes savaient toucher les ressorts sensationnels des réseaux sociaux et ont été en contact avec le terroriste.

     

     

    Le même  saura aussi manipuler ces mineurs en leur offrant de l’argent facile.

    Tous ici avez interrogé les mineurs sur le rôle, l’aide portée à ces adultes.

     

    Autrement dit, les enfants ont été l’instrument de l’acte terroriste : au début et à la fin.

     

    Ne pas regarder cette vérité affreuse et impensable dans nos cerveaux habitués à plus de raison, serait passer à côté de l’ingéniosité du mal qui saisit toutes les occasions, y compris le mensonge pour nous déstabiliser.

    Ce n’est pas moi qui veux dramatiser, c’est la réalité actuelle qui est laide.

    En prenant de la hauteur, l’AfVT aspire à cette prise de conscience, car c’est en ayant l’exacte périmètre du fléau terroriste que nous pourrons ainsi lutter.

     

    Mais nous avons la lumière au bout du chemin.

     

    Celle de la nièce de Samuel Paty qui malgré sa douleur et à l’instar de ses grands-parents ou mère ou tante présentes, a su rester digne et camper dans nos valeurs de paix, de dialogue, d’esprit critique et d’humilité.

    Lorsqu’elle est venue à la barre témoigner, j’y ai vu un contraste saisissant de jeunesse : d’un côté celle qui veut comprendre, de l’autre celle qui veut nous méprendre.

    Et lorsque sa mère est également venue témoigner, je n’ai pas pu m’empêcher de me remémorer ce film Le Cercle des poètes disparus où Robin William qui tient le rôle d’un professeur libre mais respectueux de la pensée, fera voler en éclat le déterminisme de jeunes lycéens en les incitant à penser.

    Oui penser pour panser nos blessures,

    Il est des blessures qui ne se voient pas,

    Il est des blessures qui ne se hurlent pas,

    Il est des blessures qui ne se démontrent pas,

     

    Ces blessures invisibles, indicibles, et pourtant bien existantes, les professeurs du Collège du Bois d’Aulne les ont vécues, loin des polémiques ou autres formes d’invectives qu’ils ont pu entendre à leur encontre.

     

    Ce ne sont donc pas des professeurs qui ont ici porté atteinte à la sérénité des débats quand celle de la Nation avait déjà été ébranlée par ce qui nous lie dans ce procès.

     

    Au contraire, ce serait mal comprendre la nature du métier d’enseignant, qui n’est pas là pour perturber l’ordre social mais bien pour le permettre de perdurer.

    Enseigner est un travail de longue haleine où se tissent des liens avec les élèves bien plus grands que la transmission d’un simple savoir ou de relevés de notes.

    Qui d’entre nous ne se souvient pas d’un professeur qui a marqué sa vie, qui l’a inspiré, voire orienté dans son chemin de vie ?

    Qui ne se souvient pas d’excursions, de débats avec des professeurs au collège que nous aurions pu avoir plusieurs fois au collège ?

    Ils font partie de notre vie car nous sommes tous issus de l’école républicaine.

    Ils font partie de la sécurité que nous procure l’autorité d’un savoir, d’une matière inconnue ou connue.

    Ils sont le socle de notre parcours citoyen et donc concourent à la sérénité discrète, mais réelle de qui nous sommes.

    Après la famille de sang et de cœur, nous rencontrons notre famille d’enseignement pour nous laisser guider vers une famille professionnelle.

    C’est ça enseigner : participer à cette transmission sempiternelle de matières, avec des liens humains, affectueux ou pas pour certains mais déterminants à notre parcours professionnel.

    Il y en a bien un qui a compris avant tout le monde ce qui se passait.

    Il l’a dit et écrit par mail du 12 octobre qui se trouve dans les pièces de cette procédure qu’il était l’objet d’islamistes locaux et qu’il était menacé comme tout le collège.

    Exclure les professeurs du collège du Bois d’Aulne de ce procès, aurait été sinon trahir les propos de celui qui en a payé le prix fort, mais en minimiser considérablement la portée.

    D’ailleurs, ni l’instruction, ni les magistrats instructeurs dans leur ordonnance de renvoi devant votre juridiction ne l’ont fait puisque les incriminations retenues visent bien un enseignant ou toute personne ayant travaillé au sein de l’établissement scolaire.

    Je vous invite donc, comme Monsieur, à vous lever à hauteur des enjeux procéduraux et humains de ce procès.

    Pour la mémoire d’un professeur.

    Pour la douleur de tous les professeurs du collège du Bois d’Aulne.

    Et un jour, viendra le procès d’un prévenu pourtant bien présent, mais qui échappe aux foudres de la justice : je veux parler des réseaux sociaux pour ne pas dire asociaux.

     

    Ce lieu où la haine et le mensonge se maquillent pour crier haut et fort leurs visions tronquées du réel.

    L’intelligence artificielle de ces clics hypnotiques pour une jeunesse en mal de sensations, ne peut rien pour l’instant face à la bêtise réelle, face à ce naufrage de la pensée qui a abouti à la décapitation d’un professeur.

    Nous ne saurons jamais le contenu des échanges effacés en grand nombre par ces mineurs.

    Mais peu importe, aujourd’hui, nous sommes tous les élèves de ce que votre Tribunal tirera comme enseignements des débats de ce procès.

     

    Et peut-être, alors peut-être, pourrons-nous retrouver un sens dans l’implication de ces mineurs, à ce drame insensé.

     

    Et pour tenter de faire sens, j’aimerais adresser ce message aux élèves :

    Chérissez la connaissance ! Cette connaissance qui est un remède à l’ignorance et la haine.

    Comme Samuel PATY, chérissons la connaissance !

  • Plaidoirie de Maître Antoine CASUBOLO FERRO au procès de P.Cherif

    Madame le Président, Madame, Messieurs de la Cour,

    Pour l’AfVT, pour Michel, Véronique, Marie-Anne, Valentin , pour Lilian (qui ne souhaite pas que son nom soit repris dans les médias).

    En préparant cette audience, avec eux, mes clients, nous avions gardé en mémoire, « la déposition », sinon la « prestation » de l’accusé, lors du premier procès des attentats de janvier 2015.  Ce jour-là, en octobre 2020, en visioconférence, depuis la Maison d’arrêt de Bois d’Arcy, l’accusé s’était muré dans le silence, certes, mais avait d’abord lu un verset du Coran et proclamé, haut et fort, ses convictions djihadistes.

    Dès lors, compte tenu de son attitude lors de l’audience d’octobre 2020 et de ce que nous savons aussi de la procédure et de son comportement en prison, nous nous attendions à voir comparaître un combattant. Un guerrier, la voix forte, le verbe haut, qui s’expliquerait sans se renier, qui revendiquerait, plus que jamais d’avoir rejoint AL QAIDA, qui revendiquerait son engagement dans le Djihad, son itinéraire. Et, sinon le comment, du moins le pourquoi.

    Pourquoi, le Yémen ? Pourquoi Cherif Kouachi dans ce pays ? Quel rôle avait-il joué dans sa venue, dans la préparation de l’attentat contre Charlie-Hebdo ?

    Au pire, s’il refusait de répondre, nous nous attendions au mépris, au mur de silence qu’il nous avait opposé en première instance, signifiant ainsi qu’il ne reconnaissait que son seul Dieu, Allah, pour le juger.

    Mais, au terme de ce procès, force est de constater que nous n’avons eu ni l’un ni l’autre. Ni le combattant, ni vraiment le silence. Mais, au lieu du courage, la lâcheté.

    OUI, l’accusé est un lâche.

    OUI, « La bravoure, c’est celui qui parle, pas celui qui se tait » a dit sa mère.

    OUI, Coco, c’est bien ça qu’on leur apprend dans leur camp d’entraînement au Yémen et ailleurs, à tirer à la kalachnikov sur des dessinateurs, sur des femmes, sur des enfants, sur des foules.

    OUI, c’est bien ça qu’on leur apprend, rien d’autre, que la lâcheté.

    Je n’ai pas besoin de me tourner vers lui, pour savoir comment il se tient dans le box, en ce moment.

    Le regard bas, peut-être psalmodiant, buté. Le même depuis près de trois semaines. Ne réagissant pratiquement à rien, n’osant même pas affronter le regard de sa mère, ni celui de Barbara, son premier amour qui ne lui voulait que du bien. Ne soutenant encore moins le regard des victimes venues à cette barre vendredi et ce matin. Qui se retranche toute la journée derrière ce leitmotiv : « Je ne répondrai pas à cette question » ou « je ne souhaite pas réagir » comme s’il se cachait sous sa couverture, presque à chaque question, même la plus anodine.

    Les quelques fois, lorsqu’il a pris l’habitude de nous répondre, à nous, avocats de parties civiles, après s’être défaussé devant vous, ce fut toujours en décalé, en se perdant dans des métaphores fumeuses, dans des syllogismes douteux, dans des développements se voulant intelligents, non pas sans fin, mais sans conséquences.

    Aucune réponse vraiment. Jamais rien de concret ! rien ! que du vide !

    Le seul fait d’arme, concédé par l’accusé, le seul fait d’arme, donc, si j’ose dire, compte tenu de la lâcheté même contenu dans le fait de prendre en otage trois humanitaires, c’est son rôle de traducteur auprès d’eux, retenus sept mois, au fin fond d’un désert dans des conditions pour le moins misérables, sans hygiène, les chaînes aux pieds, dans la plus grande solitude. Horrible, tout simplement.

    Mais s’il a reconnu avoir été « ce traducteur », comme le désignaient ses victimes, c’est en fait pour se donner le beau rôle, pour atténuer sa responsabilité dans leur détention :

    • D’abord, en expliquant qu’il n’avait pas choisi d’être là… Mais qu’il était « le seul qui parlait français » (et ça, nous l’avons tous entendu, Madame Le Président), il n’avait pas eu le choix.
    • Ensuite en se donnant le beau rôle puisqu’il avait fait tout son possible pour améliorer leurs conditions de détention.
    • Enfin, en distribuant les bons points, en rappelant le courage et la dignité d’Amélie M, de Pierre P et de Léa R.

    En effet, tout au long de ce procès, face à la lâcheté, c’est dans cette salle et à cette barre que se sont trouvés, le courage et la dignité. Le courage et la dignité des victimes. Qui se sont relevées, qui se sont levées, qui vous ont regardé dans les yeux, qui ont raconté, qui ont craqué, qui n’ont pas eu peur de montrer leurs larmes ou qui les ont retenues mais, debout, droit, à cette barre, malgré la douleur de cette station pour certain.

    L’accusé et tous ses frères n’ont été que des machines à détruire, des usines à victimes. Quarante attentats, quatre cents morts et des milliers de victimes a pointé Monsieur l’avocat général. Un immense champ de souffrances, d’absences, de ruines, d’indicibles, avec lesquels il faut vivre au présent. Il est là le courage. Vivre, malgré tout.

    « On y arrive » a dit Riss à cette barre : « mais c’est une autre vie ».

    Tous les psychiatres, venus à cette barre, de procès en procès, nous ont expliqué ce qu’est cette autre vie, après l‘attentat :

    Nous savons que nous sommes mortels, mais nous ne savons pas ce qu’est l’angoisse de la mort imminente, tant qu’on ne l’a pas vécue, expliquent ces psychiatres. Toute notre existence consiste à s’en protéger. Mais en face d’une kalachnikov, tout s’effondre en un quart de seconde. La mort est là, certaine et place le sujet, comme disent les experts, seul, face à l’effroi. L’effroi, dont a justement parlé Coco.

    Dans cet instant, d’angoisse à son paroxysme, la mort pénètre le psychisme. Par effraction. Violemment. Voilà le traumatisme, qui vient trouer l’âme a dit LACAN, la béance indicible, par laquelle s’immisce, tel un parasite, ce corps étranger avec lequel il va falloir vivre : le stress post-traumatique, cette angoisse fondamentale qui va désormais ronger la vie du survivant, de celle qui demeure, de celle qui survit désormais.

    L’AfVT s’est constituée de ces gens-là, de ces victimes, de ces héros, face à ces lâches. Pour s’entraider, d’abord, puis pour venir en aide, psychologiquement, juridiquement, matériellement aux autres, pour les accompagner, au plus vite, au plus près, dès qu’un attentat s’est produit.

    Être toujours là, pour les autres victimes d’attentats, c’est une des missions, la première, que s’est fixée l’AfVT. Aux côtés de ces victimes, que seules d’autres victimes, peuvent comprendre, écouter, aider sur le très long chemin de la reconstruction, physique et psychologique. Un chemin qui parfois ne s’arrête jamais, dure toute la vie, alors que l’attentat s’estompe peu à peu dans la mémoire collective.

    En effet.

    Simon Fieschi a raison, lui qui répond toujours présent lorsque l’AfVT le sollicite, qui a parlé, à juste titre, des précédents et des autres que l’actualité pousse vers l’oubli.

    Mais pour l’AfVT, et ça, Simon FIESCHI le sait aussi, il n’y a pas de précédent.  Il n’y a pas d’oubli pour les victimes d’un attentat, il n’y a pas de précédent. Pour eux, c’est toujours la première fois et l’AfVT, ça va sans dire, est toujours là, au plus vite, au soutien des victimes et de leurs familles.

    À Nice, où, depuis le 14 juillet 2016, elle tient une permanence pour démêler les tracasseries juridiques, administratives, rencontrées par les victimes.

    À Arras, auprès de la famille de Dominique Bernard, l’autre professeur assassiné ; auprès de ses collègues du Groupe scolaire, Gambetta-Carnot (tout un programme dans ces noms !), dans le cadre de ses actions éducatives et pour les préparer au procès à venir, comme elle fut, pareil, à Conflans-Sainte-Honorine, deux ans auparavant, lors du précédent, lors de l’attentat contre un professeur, pour soutenir et travailler avec les collègues de Samuel Paty et les élèves du Collège du Bois d’Aulne.

    Oui, d’un précédent, l’autre, peut-être, mais l’AfVT est toujours là ; avec ses actions éducatives ; ses rencontres de victimes à victimes ; lors des commémorations, aux côtés des familles, lorsqu’il ne reste plus qu’elles au fil des ans, pour ranimer la flamme du souvenir ; lors des procès qui se tiennent à Paris, avec ses deux salariés, ses deux stagiaires mais ses dizaines de bénévoles, victimes d’attentats, au service des autres victimes d’attentats. Pour les accueillir sur les marches du Palais, quand elles sont venues de Nice ou de Strasbourg pour assister au procès de leurs bourreaux, avant de s’assoir à leurs côtés, sur ces bancs, pour les soutenir quand elles sont venues à la barre témoigner, mais aussi encore et toujours, aujourd’hui, depuis que le grand vide s’est fait autour d’eux et que les projecteurs se sont détournés d’eux, pour une autre actualité.

    Je viens d’évoquer, brièvement, le programme d’actions éducatives, pour prévenir la radicalisation dans les collèges et les lycées, partout en France, qu’anime  Chantal, administratrice de l’AfVT. Je vous en ai souvent parlé, de procès en procès.

    Mais aussi, actions dans les prisons, Monsieur, vous qui sembliez le souhaiter il y a quelques jours, certainement très loin d’imaginer que c’est la démarche de Michel et de Georges, administrateurs de l’AfVT. Georges  qui a perdu sa fille Lola au Bataclan.

    En septembre 2021, alors même que s’ouvrait le procès des attentats du 13 novembre 2015, à la demande du Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation, celui-ci a accepté de se rendre à la maison d’arrêt de Nanterre, à la rencontre des détenus.

    De se rendre à la Maison d’arrêt de Nanterre à la rencontre des détenus, avec le père d’un des trois terroristes qui ont pris d’assaut le Bataclan, là-même où sa fille, Lola, a perdu la vie.

    Ces deux pères ensemble ont pleuré. Ensemble ont écrit un livre, ensemble se rendent en prison. À la rencontre des détenus. Quinze prisons, à ce jour, à travers toute la France. Certainement pas pour tendre l’autre joue, Monsieur, mais pour tenter de prévenir la radicalisation, remettre dans l’humanité ceux qui en désespéraient, montrer notre humanité, réintégrer les victimes dans la communauté des humains. Transmettre nos valeurs. Liberté. Liberté d’expression. Laïcité. Expliquer que la République n’est pas contre l’Islam, n’est pas contre les religions, au contraire, elle les protège, elle les défend, en permettant à chacun de vivre sa foi, dès lors qu’on ne cherche pas à l’imposer aux autres, en aucune façon que ce soit.

    En un mot, pour se battre contre l’obscurantisme, d’où qu’il vienne, pour combattre toutes ses élucubrations mortifères qui n’ont fait que semer la terreur.

    Libre à ceux-là de les entendre, de nous rejoindre, mais il ne sera pas dit, que les victimes, leurs victimes, ne leur auront pas tendu la main. Parce qu’ils sont des nôtres aussi, a aussi dit Simon FIESCHI.

    Il est encore d’autres victimes des frères Kouachi dont je me dois de vous parler. Michel, Véronique, leurs enfants, Marie-Anne et Valentin, Lilian leur employé dont tous connaissent le nom, que je ne prononcerai pas.

    Le 9 janvier 2015, en se rendant à son travail, l’imprimerie qui porte son nom à Dammartin-en-Goële, Michel conduisait et les larmes coulaient toutes seules sur ses joues. Il ne pouvait s’empêcher de penser aux images qu’il avait vues la veille et l’avait empêché de dormir… celle d’Ahmed MERABET… Et sa voix… « C’est bon, chef, c’est bon… ».

    Sur le parking de l’imprimerie, il y avait déjà la voiture de Lilian, le graphiste de l’entreprise, arrivé, comme d’habitude, très tôt en ce matin du 9 janvier.

    Bonjour ! quelques mots échangés près de la machine à café… Et puis, on a sonné à la grille. Par la fenêtre, Michel les a reconnus. Tout en noir, les armes à la main.

    • « Ils sont là, c’est eux », a-t-il dit à Lilian. « Planque-toi, j’y vais ».

    Voilà. Lilian a trouvé de quoi se recroqueviller, sous l’évier de la cuisine où il passera la journée jusqu’à l’assaut qui a détruit l’imprimerie, tandis que Michel s’est dirigé vers les KOUACHI, s’est dirigé vers la mort, en toute conscience, dans l’espoir de sauver par son sacrifice, la vie de Lilian.

    Mais Michel a eu les bons réflexes, les bons gestes, les bonnes réponses et il a gardé la vie sauve. Et Lilian et là, lui aussi, vivant !

    Ça tient à quoi la vie, face aux kalachnikovs des terroristes ?

    Ça tient à quoi ?

    En fait, tout ce que je sais de l’attitude de Michel  ce jour-là, de l’arrivée des KOUACHI dans son imprimerie, lorsqu’il décide d’aller vers eux et de se sacrifier pour sauver Lilian, des deux heures passées avec les terroristes, pour les éloigner de Lilian, de ses réponses à chaque fois face au danger, de sa sortie pour rejoindre les forces de l’ordre, jusqu’à ses avis auprès du GIGN avant qu’il donne l’assaut pour détruire son imprimerie, m’a fait penser, me fait penser, à ce que m’a dit un jour, Jean-Pierre VERNANT, professeur de philosophie, grand historien de la Grèce antique, et SURTOUT Compagnon de la Libération, pour s’être engagé dans la Résistance, dès juin 1940, parmi les tous premiers, alors qu’il n’avait que 18 ans.

    Un jour, je lui ai demandé, quel enseignement, il retenait de cette période que fut la Résistance ?

    Il m’a dit :

    « Je pense qu’une des choses les plus intéressantes dans la Résistance, c’est le fait que dans des situations qui sont totalement exceptionnelles, il y a des gens, pas nombreux, qui n’ont rien de particulier à priori, ni sur le plan de leur métier, ni sur le plan de leur personne. Monsieur tout le monde et qui, tout d’un coup, vont se révéler des êtres absolument exceptionnels. Rien ne les distingue du commun. Et tout d’un coup, ces êtres du commun, à cause de ces évènements, à la façon dont ils réagissent, dont ils prennent en main les choses, on s’aperçoit qu’ils sont bâtis d’une façon absolument extraordinaire. Qu’ils sont des chefs, qu’ils sont des types qui peuvent prendre des décisions. Qui n’hésitent pas une seconde à mettre tout en jeu, jusqu’à leur vie. Révélations… »

    Alors ce matin du 9 janvier 2015, oui, Michel s’est révélé. « C’est mon héros » a dit de lui, Lilian lors de sa déposition au premier procès en octobre 2020.

    À la barre, ce dernier s’était fait violence pour venir dire ce qu’il avait vécu ce 9 janvier 2015. Et sa vie depuis. L’anonymat brisé, harcelé par les médias, littéralement cloîtré chez lui pendant quatre mois, ne pouvant plus retourner travailler à l’imprimerie, qui de toute façon n’existait plus.

    Parce qu’en effet, cette imprimerie, que Michel et Véronique avaient mis une vie à construire, au prix d’un lourd endettement n’était plus qu’un tas de ruines, en quelques instants, après l’assaut du GIGN.

    Ce n’est pas rien une imprimerie pour un fils d’immigré dont le père ne parlait pas français, encore moins ne l’écrivait, lorsque Michel est né.

    L’accusé a parlé de racisme, d’une enfance difficile.

    Michel  aussi a connu les fins de mois difficiles de ses parents, leurs sacrifices pour que, lui, ne manque de rien.

    Lui aussi a connu, l’insulte, le mépris, le racisme,

    Il faut lire justement, « Les Ritals », le premier livre de François CAVANNA, le fondateur, de Charlie Hebdo, avec Professeur CHORON mais aussi avec CABU, WOLINSKI, assassinés le 9 janvier 2015. Il faut lire « Les Ritals », pour savoir ce que fut l’enfance de Michel, ce que pouvait être le racisme, le mépris à l’égard des immigrés italiens.

    Mais pour autant, ce que l’on sait de Michel aujourd’hui, et de bien d’autres, TIGNOUS, HONORE, c’est qu’on peut aussi chevaucher sa vie pour en changer le cours

    Et sur le tas de ruines laissées par le GIGN, Michel a décidé, envers et contre tout, envers et contre tous, de s’endetter encore et de remonter son imprimerie, au même endroit, à Dammartin-en-Goële.  Ils ne vaincront pas !

    À propos de Dammartin-en-Goële, l’accusé , (c’est la question que je vous ai posée en octobre 2020, lorsque vous étiez en visioconférence, depuis la prison de Bois d’Arcy), Dammartin-en-Goële, vous connaissez, n’est-ce pas ?

    Avant de disparaître le 8 mars 2011, vous y aviez passé près de deux mois. Vous y suiviez une formation de chauffeur poids lourds. À quelques centaines de mètres de l’imprimerie de Michel. Vous y étiez tous les jours (la feuille d’émargement de l’auto-école fait foi de votre assiduité), là même où sont morts vos copains, les Kouachi.

    Est-ce seulement un hasard ?

    Est-ce uniquement le destin ?

    Vous ne m’aviez pas répondu et je n’ai même pas tenté la question lors de cette audience, convaincu que vous ne m’auriez pas plus répondu cette fois… Mais la question taraude encore Michel. Et pour longtemps, j’en suis certain.

    Peut-être me répondrez-vous en cause d’appel, car je ne doute pas que vous nous l’infligerez, cet appel auquel vous avez droit, en France, Monsieur C. C’est ça, la justice de notre pays.

    J’en prends le pari, compte tenu de vos retards à l’allumage, compte tenu de vos silences.

    Mais, en attendant, dans ces silences, justement, dans votre attitude, dans vos réponses alambiquées, nous vous avons entendu.

    Nous avons entendu l’homme que vous êtes demeuré, le djihadiste que vous êtes demeuré, le djihadiste qui n’a rien renié de ses convictions, qui s’est réjoui de la mort des journalistes de Charlie Hebdo.

    Malgré votre « je condamne cet attentat, comme tous les attentats », vous n’avez apporté aucune preuve de la sincérité, de la véracité de cette condamnation.

    Malgré votre soi-disant compassion pour les victimes, pour celles qui sont venues témoigner, vous avez refusé de vous expliquer, de répondre à ce qu’elles étaient venues chercher à ce procès :

    • Pourquoi ?
    • Quelle part avez-vous pris dans la venue de Cherif KOUACHI au Yémen et quel rôle a été le vôtre dans la préparation de cet attentat ?

    Ces deux semaines d’audience ne furent qu’un « dialogue de sourds » a dit, je crois Simon, Simon FIESCHI qui vous a longuement fixé en arrivant à cette barre.

    Dialogue de sourds, peut-être, mais vos silences ont parlé et ils ont été éloquents. Vous les avez entendus aussi, Madame la Présidente, Madame, Messieurs de la Cour et vous condamnerez, nous n’en doutons pas, l’accusé pour ses crimes. Et pour leur lâcheté.

     

  • Plaidoirie de Maître Véronique TRUONG au procès en appel WaffenKraft

    Personne ne se baigne deux fois dans la même rivière.

    Ce deuxième procès n’était pas le même, même si la posture de l’accusé, elle n’a pas changé.

    L’AfVT défend des victimes, mais elle veut aussi comprendre l’anatomie d’un acte de terrorisme ou d’un projet terroriste.

    L’AfVT, c’est notamment Georges, qui a coécrit un livre avec le père d’un terroriste lui qui a perdu sa fille le 13 novembre 2015.

    L’AfVT voit les procès de terrorisme comme une construction de l’avenir, de l’avenir pour les victimes comme pour les auteurs.

    Il y a un après pour les auteurs et quelle que soit la gravité de leurs actes, leur récit individuel doit reprendre pour leur permettre un retour à la société qu’au fond ils n’ont jamais quittée. La justice ne dénie jamais aux accusés cette place dans la société qu’il s’agit de reprendre.

    Donc, nous essayons tous ici de comprendre et pour comprendre il faut une parole. Faire des ponts, moi, je pense plutôt que c’est du funambulisme, que c’est un fil tendu entre les parties civiles et l’accusé et parfois le fil tient, parfois il ne tient pas ou encore on tombe.

    Nous sommes souvent tombés en même temps que les paroles prononcées par l’accusé tombaient au sol. Pas d’envolées, pas de lyrisme, pas de surprise.

    Nous voulons savoir ce que l’accusé est en train de devenir. Nous n’en savons rien.

    Là, cette parole était tellement refermée sur elle-même. C’est un système bizarre où rien n’est important acheter un kilo de poudre noire c’est équivalent à l’achat d’une baguette. Ce n’est pas qu’il y ait une opération de minimisation ou de banalisation, c’est que l’acte est vécu ici comme banal. La banalité même.

    Débats houleux, mais épuisants souvent écrasés par la vacuité des explications. Pauvreté de langage, absence de sincérité, voulions-nous penser, ou peut-être que si. Il dit qu’il est sincère, il me répond que je ne suis jamais contente de ses réponses. Comme s’il s’agissait de faire plaisir. J’étais radicalisé, j’ai changé des phrases toutes simples des mots lisses et opaques et aucune explication.

    On pense qu’il minimise, mais je finis par penser qu’il est sincère. Peut-être qu’il exprime les choses exactement comme il les ressent, ni plus, ni moins.

    Mais alors c’est encore pire, on préférerait la dissimulation.

    Vertige du vide, du vide de la pensée. Farcie de clichés, assemblage improbable, dispersion des identités idéologiques.

    Aucune projection dans le monde réel autre que des idées de meurtres la compulsion d’achats d’armes la transgression permanente, la surenchère. Deux arrestations des violations répétées au contrôle judiciaire un rapport défaillant à l’autorité.

    La force, le virilisme comme seul idéal et comme seule la compulsion monomaniaque tantôt les armes, tantôt les explosifs. Pas de vie affective repérable, pas d’ambition professionnelle, CAP vente, mais jamais vendeur, traducteur, agent de sécurité plombier dépanneur quelque chose flotte dans l’univers de l’accusé.

    Ce groupe dans lequel il prend le lead est composé d’individus qui vont fonctionner en complémentarité le corpus doctrinaire c’est Confucius, et le reste c’est lui (Pelletier) c’étaient des idées. Mais pourquoi embringuer systématiquement des plus jeunes plus fragiles. Un des accusés est venu, il n’était pas canalisé, et même pas stable du tout. Il a donné dans ce moment de prise de parole toute la place à  la violence, telle qu’elle s’exprime à côté des mots forcément. Ce qu’il en a dit lui échappe, comme ses gestes saccadés, ses mouvements de tête, ses balancements qui ont inquiété jusqu’à l’avocat général.  Ce qui lui échappe quand on le questionne sur son goût des ratonades :  il dit qu’il aime la bagarre, il dit que c’est parce qu’un être humain c’est organique c’est-à-dire que ça réagit. Ce que dévoile un des accusés dans sa déposition c’est à peu près tout ce que l’accusé veut nous cacher. L’instabilité mentale l’impulsivité le côté incontrôlable inhérent à la violence la vraie. C’est une pulsion. C’est un débordement.

    L’accusé évacue délibérément la charge émotionnelle attachée à la violence celle qui la commande et la détermine. Mais il admet qu’il est dans une compulsion d’achats d’armes et d’explosifs qu’il ne le contrôle pas exactement comme un des accusés ne contrôle pas son corps à la barre et cette perte de contrôle elle nous fait pressentir cette possibilité de basculement dans la violence pas forcément terroriste une violence ordinaire.

    Un des accusés nous donne une clé.

    Blanc, arabe, ou noir aucune différence »

    Ce qui lui plaît c’est l’être humain « organique » vivant qui souffre.

    (Sade disait que les cris de douleur ne mentent pas )

    Peut-être que c’est ça aussi, la vérité que recherche l’accusé.

    La vérité organique celle qu’il ne trouve pas en lui-même.

    L’accusé ne franchit rien, ne dépasse pas ses échecs. Il nourrit une rancœur, il ne relativise rien de ses compulsions et de sa haine, parce qu’il ne sait pas traverser l’échec, l’incertitude.  Il n’a pas fait le deuil de sa propre perfection.

    Le peu de cas qu’il semble faire de la cour, jusqu’au dernier interrogatoire, en dit long sur son rapport au réel et au monde. Il ne considère pas ses interlocuteurs il pense qu’il peut mentir et déformer les faits.

    La violence est une pulsion antécédente et le vernis idéologique, l’ancrage comme on dit ce serait là où la violence peut prendre racine.

    La place de la violence et ses liens avec l’idéologie, qu’elle soit djihadiste ou d’ultradroite, sont toujours interrogés dans les procès terroristes. L’accusé a cru, à la faveur du vote RN, qu’il pouvait réduire son adhésion au national-socialisme en la réduisant à des idées d’extrême droite.

    Ce n’est pas le débat. Le débat est de savoir si les actes relevés, participation à des entraînements de tirs, achats d’explosifs et de munitions, rédaction d’un manifeste et recherche active de cibles sont des actes préparatoires qui peuvent être qualifiés de participation à une association de malfaiteurs terroriste. L’accusé a liminairement reconnu les faits.

    La jurisprudence n’exige pas la connaissance d’un projet en particulier, mais la simple conscience d’appartenir à une entreprise à but terroriste.

    L’escalade, l’enchaînement crescendo des actes préparatoires ne laisse aucune place au doute quant à l’inspiration de ce groupe.

    On a vécu enfermé dans le discours de l’accusé, avec ses mots pauvres, sa lâcheté.

    En réalité, on est dérouté.

    Je ne comprends pas cette idéologie.

    On nous explique le lien entre le multiculturalisme et l’antisémitisme, le complot juif l’état profond complotiste à la prim.

    Mais quel rapport avec la gare de Sevran.

    Dans le monde de l’accusé, rien ni personne ne peut échapper à sa haine.

    Il y a je pense, surtout ce qu’a admis l’accusé : une addiction, une compulsion.

    L’adrénaline, vous l’avez sentie, l’excitation libidinale, la jouissance.

    Le discours, je me dis, c’est une euphémisation, et c’est tactique. Mais pas que.

    Il y a de la sincérité chez lui quand il admet que oui il peut décider de transgresser et que l’addiction c’est plus fort que lui.

    Imaginer que l’accusé dit les choses comme il les ressent.

    On dit amputé du langage, mais le psychiatre ne dit pas qu’il est un accidenté du langage c’est quelqu’un comme vous et moi. Avec un trait peut-être tout ça n’est pas très grave les transgressions, à répétition ne sont pas graves : c’est la banalisation.

    D’ailleurs, pour un amputé du langage il sait être loquace et il écrit. Ce n’est pas n’importe quel écrit ce sont des manifestes, ce terme qu’il n’a pas désavoué de toute l’audience.

    Ce qui lui laisse échapper une manière d’impuissance c’est l’addiction aux armes.

    L’idéologie n’est-elle pas secondaire dans ce dossier.

    Installée, ancrée la violence et le goût de la domination viennent avant l’idéologie qui est utilisée comme le ressort pour la levée des inhibitions.

    Les lettres écrites en prison vont vous confirmer son ancrage dans la haine la passion de la haine.

     

    IDENTIFICATION

    Pourquoi l’idéologie rend parfaitement compte de qui est l’accusé l’institutionnalisation de la mort, de la destruction, de la déshumanisation c’est le 3ème Reich. C’est cette idéologie qu’épouse parfaitement le goût de la violence et la haine que l’accusé entretenait compulsivement avec les armes et les uniformes.

    C’est à partir de sa haine ou de son amour de la haine de sa violence ou de son addiction à la violence que tout part. Un agencement disparate d’inspiration et de sources d’identification, la violence fait feu de tout bois.

    Copier-coller de Daech dans le manifeste.

     

    Le passage à l’acte 

    Le passage à l’acte est déjà inscrit dans les pages de ce dossier. Ce qu’on réclame du passage à l’acte pour caractériser une association de malfaiteurs terroriste tous les jugements sont définitifs. Que propose-t-il ? Une erreur de qualification ? Non. Le retrait de sa participation matérielle aux actes préparatoires ? Non plus.

    Sa stratégie vous fait de la dangerosité prédictive, rien n’indique la mise en acte des discours de haine, de la même haine.

    Mais si Erwan Jacob est une mise en acte, et tellement efficace qu’il se soumet au test des photographies de son nez pour prouver qu’il n’est pas juif.

    La violation du contrôle judiciaire, une autre mise en acte.

    Citoyen clandestin d’OA.

    Ne vote pas, sauf depuis les dernières élections.

    Donc inutile d’aller chercher une élaboration politique.

    La loi du talion.

    Mimétisme / identification.

    Ce qui l’ancre dans une idéologie ou une autre, sur un mode mimétique, c’est l’identification à la force, à la puissance, à la violence. Il s’identifie aux tueurs des terrasses, aux tueurs de masse, à n’importe quel tueur.

    Rester sur leur discours, c’est accepter de différer l’analyse de la pulsion de l’acte.

    L’idéologie c’est un combustible, peut-être que la violence fabrique ses fétiches, mais toujours à partir de sa propre pulsion.

    Un des accusés nous avait fait rire en première instance, il avait lancé.

    En général quand on est jeune les grandes idées c’est rarement du jardinage.

  • Plaidoirie de Maître Antoine CASUBOLO FERRO au procès de l’attentat du marché de Noël de Strasbourg

    Madame La Présidente,

    Mesdames, Messieurs de la Cour

    Les 8, 9 et 11 mars derniers, vous avez entendu, écouté les victimes de cet attentat, du Marché de Noël de Strasbourg, le 11 décembre 2018.

    Trois jours difficiles, quand ces gens sont venus vous dire comment, d’un coup, d’une seconde à l’autre, leur monde s’est effondré, comment ils ont basculé dans l’horreur, comment cet attentat, tel un tsunami, les a emportés, hors du monde, dans lequel ils vivaient jusqu’alors.

    Quoiqu’il leur soit arrivé, individuellement, ce soir-là, tous ces gens qui déambulaient dans les rues du Marché de Noël, à Strasbourg, qu’ils aient été physiquement blessés ou pas et leurs familles, qu’elles aient été présentes ou pas, sont tous aujourd’hui des victimes de cet attentat.

    C’est ce qu’est venu vous dire à la barre, mardi dernier, le Dr MASTELLI, médecin psychiatre qui dirige la Cellule d’urgence médico-psychologique du Bas-Rhin :

    « La distinction, entre victime directe et indirecte, peut bien être une distinction juridique, mais elle n’existe pas en médecine. Dans tous les cas, directement ou par ricochet, être victime d’un attentat, c’est faire l’expérience psychique de la mort.

    Chaque témoignage, chaque souffrance déposée ici, à cette barre, s’assemblent les uns aux autres ; depuis l’instant même où ils ont vu le bras se lever lentement, l’arme faire feu, entendu les premiers coups, ont été pris dans la panique ou sont restés figés, sidérés ; dès l’instant où ils ont décroché leur téléphone, ont appris la terrible nouvelle, comme la fiancée d’Antonio ou la maman de Bolek, tous ont décrit la raison d’être, voire ont écrit les statuts même de l’Association française des Victimes du Terrorisme que j’ai l’honneur d’assister et de représenter:

    Dès les premiers instants et aussi longtemps que nécessaire, avec les moyens dont elle dispose, c’est-à-dire une permanence, un ou deux stagiaires et une flopée de bénévoles, l’AfVT, en effet, apporte une assistance morale, administrative, juridique, médicale, mémorielle aux victimes d’attentats ou à leurs familles, quelle que soit la nationalité de la victime, lorsque l’attentat est commis en France, quel que soit le lieu de l’attentat à l’étranger, lorsque la victime est un ressortissant français.

    Ce sont des victimes d’attentats qui ont créé l’AfVT, en 2009. [Victimes de l’attentat du DC 10 abattu au-dessus du Ténéré en 1989, victimes de la bombe déposée sous un banc au Caire, qui a tué Cécile Vannier en 2009],

    Non pas pour en faire un club. Non pas pour se raconter leur malheur.  Mais parce qu’ils savaient par où passeraient ceux qui seraient un jour, hélas, mais sûrement, victimes comme eux d’un attentat terroriste. Mais pour venir en aide à tous ceux qui, comme eux, auraient un jour à subir le triste parcours qui s’impose à chaque victime dès le moment même où se produit l’attentat. [Pour se rendre UTILE si j’ose dire, ici, après l’usage qu’il a été fait de ce mot]

    Parce qu’il y a l’attentat… mais après l’attentat, il y a le combat. C’est le mot même qu’a prononcé Monsieur François T, à cette barre, pour décrire sa vie depuis qu’il s’est relevé, miraculé, malgré les coups de couteau reçus de l’accusé.

    Il vous a dit la difficulté de vivre, de survivre, d’être encore vivant quand d’autres sont morts, là, juste à côté d’eux. À côté de lui.

    « Vivant, oui, il l’est », vous a dit Monsieur T. « Mais ailleurs, mais mort à l’intérieur ».

    Et mort-vivant, il vous a dit aussi, la « jungle des formalités », le millefeuille des institutions, des organismes censés prendre en charge les victimes. Et ils le font très bien ! Mais il en faut des papiers, des formulaires et des bons, qu’il faut savoir remplir sans se tromper !

    Alors, l’AfVT, elle est là et elle est là pour ça.

    Mais elle est là, aussi, aux côtés des victimes, lors des commémorations. Quand la société avance et passe à autre chose, le rôle de l’association, c’est de dire aux victimes, pour lesquelles il est impossible de passer à autre chose, qu’on ne les oublie pas pour autant, qu’on n’oublie pas leurs proches pour autant.

    Elle est là encore, à chaque nouvel attentat, parce que c’est dans ces moments-là, cruels, que les plaies se ravivent.

    Elle est là, toujours, à chaque procès en se constituant partie civile, pour porter leur voix.

    Aux portes du palais, au premier jour de chaque procès, des membres de l’AfVT sont là pour accueillir ceux qui arrivent un peu perdus, de Strasbourg, de Nice ou d’ailleurs. Et tous les jours, autant que faire se peut, il y a sur ces bancs un membre de l’AfVT. Et demain, après le procès, quand un grand vide se fera pour ceux qui sont venus souvent, voire tous les jours, comme Mostapha, assis au premier rang, il pourra compter sur l’AfVT si besoin.

     

    Et s’il le désire, s’il le peut, il pourra aider d’autres victimes qui viendront à leur tour sur ces bancs à mieux se préparer à ce qu’elles vont endurer. Ou encore, prendre une part active en témoignant dans les collèges et les lycées de France dans le cadre du programme d’actions éducatives mis en place par l’AfVT depuis 2018 pour sensibiliser aux dégâts du terrorisme et à son inanité.

     

    En effet, depuis 2018, l’AfVT s’est aussi donné une mission éducative et préventive, sous la direction de Chantal, professeure de français détachée par l’Éducation nationale, afin d’aller à la rencontre de lycéens, des collégiens, pour prévenir la radicalisation, démêler les théories du complot, les sensibiliser aux conséquences du terrorisme.

    Cette année, comme tous les ans depuis six ans, Chantal s’est rendue dans 25 établissements, onze académies, toujours accompagnée de deux témoins, qui disent ce qu’ils ont vécu, qui parlent de l’attentat qu’ils ont subi et des conséquences sur leur vie.

     

    Hier, je vous ai fait parvenir, Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs de la Cour, comme aux parties, un article du quotidien Libération, sur une action de l’AfVT la semaine dernière dans un lycée parisien.

     

    Cette semaine, sur trois demi-journées, l’action de l’AfVT s’est déroulée au Lycée Jean-Baptiste Corot de Savigny sur Orge, dans l’Essonne, dans une classe de seconde. À son programme d’Éducation morale et citoyenne : Justice, Droits de l’Homme, État de droit. C’est sous ce prisme, qu’il a été question de ce procès qui nous occupe, de cet attentat à Strasbourg, un soir du marché de Noël en décembre 2018.

    Comment se déroule un procès ? Qui est présent, qui sont les parties, qu’est-ce qu’une Cour spécialement composée ? Pourquoi ? Qu’est-ce que la présomption d’innocence ? qui sont les accusés, quels sont les droits de leur défense ?

     

    Et mardi prochain, 2 avril, je vous l’ai dit, Madame la Présidente, ces 35 élèves viendront assister à l’audience, écouter le réquisitoire, avec leurs professeurs, avant d’accueillir dans leur classe, dès le lendemain un rescapé du Bataclan et une victime de l’attentat de Strasbourg, frère endeuillé de Kamal, qui avait quitté l’Afghanistan avec toute sa famille et obtenu l’asile politique en France. On s’en souvient.

    Prévenir la radicalisation,

    Remettre dans l’humanité ceux qui en désespéraient,

    Montrer notre humanité.

    Réintégrer les victimes dans la communauté des humains.

    Ce sont les buts que tente d’atteindre par ce programme l’AfVT.

    Mais aussi transmettre nos valeurs. Liberté, liberté d’expression. Laïcité. Expliquer que la République n’est pas contre l’Islam, n’est pas contre les religions, qu’au contraire, elle les protège, en permettant à chacun de vivre sa foi, dès lors qu’on ne cherche pas à l’imposer aux autres en la sortant de la sphère privée.

    N’est-elle pas d’ailleurs, Strasbourg, la ville de toutes ces valeurs, de tolérance et de laïcité ?

    Strasbourg, capitale de la réconciliation franco-allemande, siège du Parlement de l’Union européenne, carrefour séculaire des religions catholique, protestante, juive, rejointes depuis quelques décennies par une importante communauté musulmane sans histoire, c’est bien cette ville symbole que l’accusé a martyrisée, ensanglantée à jamais.

    Avant de conclure, juste quelques mots, sur les accusés. Il ne nous appartient pas de porter l’accusation. Et c’est à vous qu’il revient la tâche de les juger et de prononcer les peines qu’il convient, le cas échéant. Pourtant, à leur propos, je veux vous livrer, exactement, brutalement, ce que m’ont dit les membres de l’AfVT, lorsque j’ai préparé, avec eux, cette plaidoirie : ils m’ont dit, « on en a marre de cette éternelle ritournelle, de procès en procès » :

    « J’ai vendu des armes mais je ne savais pas. Si j’avais su, je n’aurais pas vendu, je ne pouvais pas savoir, jamais je n’aurais pu imaginer… ».

    Ben voyons ! « On en a marre », m’ont-ils dit, avec un constat très simple, pour lequel il n’est pas nécessaire d’atteindre la seconde et de recevoir l’AfVT dans sa classe pour s’en convaincre :

    Vendre une arme, pour un braquage, c’est aussi grave que vendre une arme pour commettre un attentat. C’est trivial de le dire et cela a beaucoup été dit : une arme ça tue. Pas d’arme, pas de blessés, pas de morts, qu’il s’agisse d’un braquage ou d’un attentat. La victime est toujours de chair et de sang et il y a toujours des proches pour les pleurer à jamais sans jamais pouvoir se relever.

    Qu’ils aient su ou pas, ceux qui ont mis en relation, qui ont vendu, qui ont armé le tueur, pour se faire « un petit billet », comme ils disent ou, pire « pour se rendre utile », sont comptables des blessés et des morts de l’accusé. Ils ont une responsabilité dans la commission de cet attentat qu’il vous revient d’évaluer pour chacun d’entre eux. Et de prononcer, le cas échéant, les peines qu’ils méritent en fonction du rôle qu’ils ont joué.

    Mais il est insupportable d’entendre dire, « je n’ai tué personne, je n’y suis pour rien, je n’ai rien à voir là-dedans ».

    Nous espérons qu’au terme de ce procès, chacun l’aura compris et que plus jamais, on peut rêver… des armes seront vendues pour se faire à petit billet au mépris de la vie d’autrui.

  • Plaidoirie de Maître Antoine CASUBOLO FERRO au procès en appel de l’attentat de Nice

    Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs de la Cour,

     

    Je suis le sixième, et je crois le dernier, à intervenir aujourd’hui et pour ce procès, au titre d’une association. Pour l’AfVT, l’Association française des Victimes du Terrorisme, créée en 2009 par des victimes de l’attentat du DC-10, abattu sur le désert du Ténéré en 1989, de l’attentat du Caire en 2009, et rejointes par des victimes de tous les attentats qui nous ont endeuillés depuis 2010.

    Pourquoi toutes ces associations ? Pourquoi tous ces gens, ces victimes, ont-ils ressenti le besoin, la nécessité de se retrouver au sein d’une association, voire de les créer ? Voilà la question que je me suis posée pendant ce procès.

    Ces associations ne sont ni des clubs, ni des familles, auxquels, on a eu envie d’appartenir, avant l’attentat, c’est évident.

    Si toutes ces associations existent aujourd’hui c’est parce qu’elles ont une utilité, certes, mais surtout, parce qu’elles sont une nécessité. Et la première de toutes qui les fonde, c’est qu’elles viennent au soutien des familles, elles-mêmes détruites par l’attentat, du fait qu’un de ses membres, victime directe, n’y trouve plus sa place et qu’elles ne peuvent pas répondre à son désarroi.

    Il souffre, elle souffre, tout le monde souffre, c’est ça la famille après l’attentat.

    Ce qui m’a frappé, en écoutant les victimes venues à la barre, c’est le nombre de divorces, de couples qui n’ont pas tenu, de familles qui ne fonctionnent plus.

    J’ai encore en mémoire cette jeune fille, Kimberley, venue dire qu’elle avait brisé sa famille, suivie de ses parents séparés depuis l’attentat. Son père ayant dit qu’il ne reconnaissait plus sa fille. Sa mère, parlant de l’attentat comme une bombe qui avait impacté toute la famille.

    Ce n’est qu’un exemple, mais il est synthétique, des dégâts que génère l’attentat au sein des familles, lorsqu’un de ses membres en est victime. Oui, l’attentat produit les mêmes effets qu’une bombe. Elle touche d’abord l’individu et son onde de choc, à son tour, impacte ses proches, sa famille qui se trouve à son tour abîmée, déformée, lorsqu’un de ses membres ne peut plus être ce qu’il était, ne peut plus tenir la place et la fonction qui lui était auparavant dévolue.

    Comment l’expliquer ?

    Pour essayer de répondre à cette question, j’ai travaillé en préparant cette plaidoirie, sur le projet de thèse de Madame Julianne KHUN, dont vous a parlé Aurore dans sa déposition, qui se propose d’étudier, dans le cadre de son doctorat à l’Université de Bourgogne Franche Comté, comment le traumatisme d’un attentat vient impacter, « effracter », c’est son mot, la famille.

    Et c’est important de le comprendre, parce que pour ces familles qui souffrent, se pose la nécessité d’une prise en charge, innovante, plus efficace, de qualité. De ce côté-là, la recherche est en friche. Il y a encore beaucoup à explorer et beaucoup à comprendre. Pour le présent, mais aussi pour l’avenir. Notamment et surtout sur la problématique du comment poser les mots justes sur la transmission intergénérationnelle du traumatisme qui s’effectue inconsciemment, à notre corps défendant, de toute façon, dans les familles même, mais au sein de notre communauté aussi.

    Nous savons que nous sommes mortels a dit le Docteur PENOCHET, mais nous ne savons pas ce qu’est l’angoisse de la mort imminente, tant qu’on ne l’a pas vécue. Toute notre existence consiste à s’en protéger. Mais face au camion, tout s’effondre en un quart de seconde. La mort est là, certaine, devant eux, et place le sujet, face à l’effroi.

    Dans cet instant, d’angoisse à son paroxysme, la mort pénètre le psychisme. Par effraction. Violemment. Voilà le traumatisme, qui vient trouer l’âme a dit LACAN, la béance indicible, dont a parlé le Dr WONG, par laquelle s’immisce, tel un parasite, ce corps étranger avec lequel il va falloir vivre : le stress post -traumatique, cette angoisse fondamentale qui va désormais ronger la vie du survivant, celle qui demeure, qui n’est pas morte sur la promenade des Anglais.

    • Hypervigilance
    • Évitement
    • Réminiscence
    • Fatigue
    • Colère

    Autant de symptômes, de manifestations du traumatisme qui finissent par isoler la victime d’un attentat, au sein même de sa famille, au sein même du monde des autres, qui n’ont pas vécu l’attentat, qui vont finir par reprendre le cours des choses, de la normalité de la vie, quand elle, reste bloquée, incapable de passer à autre chose.

    Ce blocage isole la victime qui se sent abandonnée, incomprise, elle a honte, culpabilise, se sent jugée, se croit toujours en échec, elle n’ose plus rien dire et se referme sur elle-même. Alors sa souffrance ne peut plus s’épancher. Il n’y a plus les mots pour l’évacuer.

    C’est alors que les associations deviennent une nécessité. Qui pallient la famille, au sein de laquelle chaque victime d’attentat va pouvoir se reconstruire, parler sans honte, sans la peur d’être jugée. Elle sait que les autres la comprennent, parce qu’ils ont vécu la même chose, elle peut retrouver au sein de ce groupe, une nouvelle identité.

    C’est ce que l’on constate : d’un côté les familles explosent, de l’autre les associations se composent. Il y a bien une relation de cause à effet.

    D’ailleurs, c’est ce que vous a déclaré à cette barre le  Président de « Life for Nice » :

    « Je me suis trouvé une nouvelle famille ! »

    Et cette histoire, cet enchaînement, c’est un peu l’histoire de l’AfVT. De ces gens, Guillaume, Danièle, Pierre François, totalement perdus, hébétés, sidérés au lendemain de l’attentat dont ils ont été victimes, directement ou par ricochet, qui se sont réunis, d’abord pour se soutenir. Puis pour accompagner les autres, Chantal, Catherine, Mélanie, Jean-Luc, à leur tour victimes d’un attentat. Et cette famille n’a pas cessé de s’élargir, depuis 2015 notamment. Parce qu’il y a nécessité.

    Concrètement, accompagner les autres, pour l’AfVT, c’est intervenir, au plus vite, au plus près, dès que l’on apprend qu’un attentat s’est produit. Parce que c’est immédiatement qu’une victime a besoin de soutien. Dès le 15 juillet à Nice, l’AfVT s’est trouvé des locaux pour accueillir les victimes, pour les aider psychologiquement, juridiquement, matériellement.

    C’est immédiatement, mais c’est pour longtemps, aussi, que les victimes ont besoin de soutien. Et en ce moment, même, dans cette salle, il y a des membres de l’AfVT. Pas seulement pour m’écouter, mais aussi tous les jours, pour accueillir et soutenir les Niçois. Et il y a aussi des membres de l’AfVT à Nice assis, aux côtés des victimes, assis dans la salle de retransmission de ce procès.

    À force, l’AfVT sait, ce qu’est un procès. L’avant, le pendant et l’après. Et chaque séquence a son importance dans la prise en charge du trauma des victimes.

    L’avant, le pendant, je viens de vous en parler. Quant à l’après, quand cette salle sera démontée, que les projecteurs se tourneront vers une autre actualité, lorsqu’elles se retrouveront à nouveau seules, au milieu d’un grand vide, avec leurs difficultés, elles savent, les victimes, qu’elles peuvent compter sur les associations, sur l’AfVT. Parce que c’est la mission qu’elle s’est donnée. À Nice, sa permanence qui n’a pas désempli depuis 2016, ne fermera pas… Ne fermera pas aussi longtemps que les victimes en auront besoin, aussi longtemps qu’elle en aura les moyens.

    Et de cela aussi, Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs de la Cour, il faut que je vous entretienne !

    Ce que je vous dis de l’AfVT, peut vous faire penser à une multinationale prospère avec ses bureaux secondaires dans chaque ville de France.

    La réalité est bien en deçà :

    L’AfVT, son Président, son bureau, son conseil d’administration, son groupe justice, ses programmes de soutien aux victimes des autres attentats, ne sont composés et animés que de bénévoles, de stagiaires, élèves avocats qui se succèdent tous les six mois et n’a que deux salariés, une qui se rend tous les mois à Nice, une semaine, pour y tenir cette permanence. Et l’autre salarié qui remplit à longueur d’année des dossiers de subventions, entre deux tâches urgentes pour l’Association.

    Parce que, quand je vous dis que l’AfVT sera toujours là aux côtés des victimes… Je passe sous silence la réalité de sa comptabilité, de ses découverts, en attendant la prochaine subvention promise qui n’arrive jamais… Mais qui finit, ouf, par arriver, laissant espérer qu’en septembre, que d’ici six mois, un an, elle ne soit obligée de rendre son tablier, l’AfVT, faute de financement.

    En attendant, accompagner les autres, c’est aussi tenter, pour l’AfVT, de prévenir la radicalisation. Des membres de l’AfVT, à cette barre,  vous ont parlé du programme d’actions éducatives, auquel ils ont eux-mêmes participé.

    C’est Chantal, la maman d’une survivante de l’attentat du Caire en février 2009 qui en a eu l’idée. Professeure de français, elle a obtenu son détachement de l’Éducation nationale afin d’aller à la rencontre des lycéens, des collégiens, à Nice, évidemment, mais dans toutes les académies de France, au soutien des enseignants. Un programme développé sur toute une année scolaire, pour prévenir la radicalisation, démêler les théories du complot, sensibiliser les jeunes aux conséquences du terrorisme, là même où le terrorisme a frappé, là même où de nombreux foyers de radicalisation sont encore bien vivaces, ici et là, dans notre pays.

    À Nice, ces rencontres, une vingtaine depuis 2018, ont permis de toucher plus de 400 lycéens et collégiens. Qui connaissent le visage, la voix, le prénom, le nom des victimes du 14 juillet, comme celui d’une victime, que vous avez entendue en visioconférence depuis Buenos Aires ; comme celui d’une autre victime, orpheline de sa mère et dont le père a été gravement blessé ce soir-là, comme celui d’une victime qui avait 13,5 ans lorsqu’elle a perdu sa jumelle sur la promenade des Anglais. Je suis certain que vous n’avez pas oublié son témoignage, leurs témoignages, Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs de la Cour.

    Qui connaissent les victimes, j’ai dit, mais qui connaissent aussi des professionnels du droit. Avocats de l’AfVT, nous sommes plusieurs, qui ne refusent pas, bien sûr, d’accompagner des victimes d’attentats dans les établissements scolaires pour expliquer le fonctionnement d’un procès, depuis l’instruction, jusqu’au jugement. Et cette année, entre autres professionnels du droit, c’est le procureur François Molins et le Président Jean-Louis PERIES, tour à tour, qui ont accepté de rencontrer des élèves, à la demande de Chantal, professeure.

    J’espère qu’en temps voulu, si vous recevez son invitation, vous ne la déclinerez pas Monsieur le Président !

    Dans le cadre de ces actions éducatives, Chantal est venue, avec une classe, l’an dernier, assister au procès de première instance dans la salle de retransmission à Nice, comme elle le fait à Paris pour d’autres procès. Parce que c’est important pour ces jeunes qu’ils viennent voir comment se rend la justice dans notre pays, qui est un État de droit, et qu’ils comprennent ce que cela signifie, notamment, s’agissant des droits de la défense, fondement d’un procès équitable.

    J’ai dit l’an dernier parce qu’il a été impossible cette année, pour Chantal d’entrer avec une classe dans la salle de retransmission, à Nice, trop petite, pleine à craquer de parties civiles, seulement 96 places prévues dans cette salle pour suivre ce procès dans la ville où cet attentat a été perpétré. Voilà ce qui a été dévolu aux victimes qui n’ont pas pu venir à Paris. Et c’est encore une violence qui leur est faite. Comme c’est à mes yeux un non-sens, aberrant, que ce procès se tienne ici, et non là-bas.

    Ma consœur, Océane DUFOIX, vous en a parlé avant moi, certaines victimes ont déjà avancé 1 000 € pour suivre le procès à Paris et, je ne voudrais pas les désespérer, mais j’ai défendu les collègues de Samuel Paty, en décembre dernier. Je les ai rencontrés, hier, et je leur ai demandé s’ils avaient été remboursés de leur frais. Aucun n’avait reçu le moindre commencement d’un remboursement. Encore une violence qu’il leur est faite, encore un scandale à dénoncer.  Mais, c’est une autre histoire, une plaidoirie, qu’il me faut abandonner pour l’instant.

    Programmes de prévention de la radicalisation dans les établissements scolaires mais aussi, actions dans les prisons avec Georges, aujourd’hui administrateur de l’AfVT, qui a perdu sa fille Lola au Bataclan.

    En septembre 2021, alors même que s’ouvrait le procès des attentats du 13 novembre 2015, à la demande du Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation, celui-ci a accepté de se rendre à la maison d’arrêt de Nanterre, à la rencontre des détenus.

    De se rendre à la Maison d’arrêt de Nanterre à la rencontre des détenus, avec Azzedine, le père d’un des trois terroristes qui ont pris d’assaut le Bataclan, là-même où la fille de Georges, Lola, a perdu la vie.

    Ces deux pères sont tombés dans les bras. Ils ont écrit un livre ensemble.

    Depuis, Georges , toujours accompagné d’Azzedine  ou de Lydie , la mère d’une Djihadiste morte en Syrie, dont elle a récupéré les enfants, ou encore avec  le père d’un autre djihadiste, mort en Syrie lui aussi, qui a récupéré, l’ainé de ses petits-enfants, s’est rendu dans quatorze prisons, à travers la France, toujours à la demande des SPIP. Il ne refuse jamais.

    Prévenir la radicalisation,

    Remettre dans l’humanité ceux qui en désespéraient,

    Montrer notre humanité.

    Réintégrer les victimes dans la communauté des humains.

    Mais aussi transmettre nos valeurs. Liberté, liberté d’expression. Laïcité. Expliquer que la République n’est pas contre l’Islam, n’est pas contre les religions, au contraire, elle les protège, en permettant à chacun de vivre sa foi, dès lors qu’on ne cherche pas à l’imposer aux autres en la sortant de la sphère privée.

    Lorsque je vous parle des actions de Georges avec Azzedine, Lydie , Jean-Marc , côte à côte dans les prisons, c’est aussi à ces hommes, dans le box et à leurs familles détruites, saccagées, auxquels je pense.

    Quelle que soit la décision que vous prendrez dans quelques jours, quelle que soit ce que vous jugerez en votre âme et conscience, de leur implication dans cet attentat, un jour, bientôt ou dans très longtemps, c’est vous qui en déciderez, ils sortiront, vivre parmi nous et il faut bien, d’ores et déjà, penser à leur réintégration.

    Ce procès se termine, mais la vie continue. Les victimes et leurs familles constituent une cohorte qui longtemps, survivra. Il ne faut pas qu’on les oublie. Et l’AfVT ne les oubliera pas. Mais il faut aussi que toute la société s’en souvienne pour transmettre leur expérience, comment prendre en charge les autres victimes qui viendront hélas, encore par milliers hanter les nuits des générations à venir, j’en ai bien peur, Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs de la Cour, à l’aune des horreurs que nous a servies le siècle dernier et que nous sert encore le premier quart de celui-ci.

    C’est une bien pessimiste conclusion que je vous livre.

    Mais à voir le déroulé de ce procès, la sérénité de ses débats, la sérénité avec laquelle se rend la justice, le fonctionnement de notre État de droit, dans la résilience des victimes et de leurs familles, dans la résilience de notre communauté nationale, dans les actions de Chantal  et de Georges, avec l’AfVT, je garde espoir, Monsieur Le Président, Mesdames, Messieurs de la Cour.

  • Plaidoirie de Maître Antoine CASUBOLO FERRO au procès de l’attentat de Nice

    Monsieur le Président,

    Mesdames, Monsieur de la Cour,

    Je me présente à cette barre devant vous, d’abord pour l’Association française des Victimes du Terrorisme, que j’ai l’honneur de représenter, avec Maître Philippe SOUSSI.

    De l’AfVT, à cette barre, Monsieur, je crois, vous a tout dit, et il est difficile de plaider derrière lui sans le paraphraser, sans répéter ce que vous avez, j’en suis certain, toujours en mémoire.

    De sa création par des victimes et de ses missions.

    Au lendemain de l’attentat, dès le 15 juillet, quand d’autres se retrouvaient sur une plage privée ou ne savaient même pas qu’un carnage s’était produit la veille dans leur ville, des membres de cette association étaient déjà sur place ; ils s’y sont rendus immédiatement, pour venir en aide à tous ces gens pour lesquels la vie se brisait, le monde s’effondrait. Être victime d’un attentat… hélas, les membres de l’AfVT en savent quelque chose. Parce qu’il leur est arrivé la même chose.

    Ils savent d’abord que la distinction, entre victime directe et indirecte, peut bien être une distinction juridique, mais en médecine, cette distinction n’existe pas. Par ricochet ou survivre à l’attentat, c’est dans les deux cas, faire l’expérience psychique de la mort, comme vous l’a démontré, juste avant moi, Maître Valentine JUTTNER.

    Et les conséquences de cette expérience psychique de la mort, si elles sont à court terme, elles le sont aussi à moyen et à long terme. Elles sont pour toute la vie.   Elles créent un fossé définitif qui les sépare du reste des vivants. Qu’au-delà d’une certaine limite, elles seules, les victimes d’attentats, peuvent se comprendre entre elles, s’entendre, parler de leur souffrance, sans en avoir honte, en toute liberté sans avoir peur d’être jugées.

    Une des missions de l’AfVT est donc d’être toujours là, aux côtés des victimes, sur le très long chemin de la reconstruction, physique et psychologique, un chemin qui parfois ne s’arrête jamais, dure toute la vie, alors que l’attentat s’estompe peu à peu dans la mémoire collective.

    Dans le prolongement des attentats, qui nous ont endeuillés, est venu le temps des procès, comme celui que nous vivons.

    D’expérience, toujours, les membres de l’AfVT savent que le procès est un moment essentiel pour les victimes.

    Comment pouvaient-ils aider à le préparer au mieux, à le vivre pendant, mais aussi après, lorsqu’au lendemain, le vide se fera autour d’eux ?

    C’est de cette préoccupation, qu’au fil des discussions, au cours du procès des attentats du 13 novembre 2015, qu’a germé l’idée d’aller à la rencontre des victimes de Nice en amont de ce procès.

    Plusieurs rencontres de « Victimes à Victimes » ont donc été organisées, à Paris.

    Mais aussi à Nice, ville que l’AfVT n’a jamais quittée depuis l’attentat, en y créant une antenne avec une salariée, qu’il me faut citer pour la remercier, comme me l’ont demandé les victimes qu’elle a soutenues depuis le 14 juillet 2016.

    Il vous a décrit ces rencontres durant lesquelles, des victimes d’attentats dont les procès ont déjà eu lieu, ont expliqué à celles de l’attentat de Nice, comment ils ont affronté un procès de cette ampleur, comment ils s’y sont préparés, comment ils l’ont vécu.

    D’expérience toujours, ils savaient que les victimes arriveraient seules, ici, pour assister à ce procès. Alors, depuis le premier jour, des membres de l’AfVT sont là pour accueillir les victimes de Nice, pour les soutenir lorsqu’elles sont venues témoigner à cette barre. Pour décharger un peu de pression, quand cela était nécessaire avant leur témoignage et pour décompresser après, autour d’un café ou d’un repas. Pour qu’elles ne se sentent jamais seules, abandonnées. Et puis, pour déjà, les préparer au grand vide qui va se faire au lendemain du procès, comme vient de le rappeler mon confrère Maître Mehana MOUHOU.

    Bien sûr, évidemment, comme tout le monde, ce que veulent les membres de l’AfVT, ce dont ils rêvent tous, c’est que d’autres n’aient plus à souffrir ce qu’ils ont eux-mêmes souffert. C’est qu’il n’y ait plus d’attentats. Qu’il n’y ait plus de victimes.

    Alors, pour être dans l’action, pour tenter de faire quelque chose, pour apporter sa pierre à l’édifice, l’AfVT a mis en œuvre depuis 2018 un programme d’actions éducatives, sous la direction d’une professeure de français détachée par l’Éducation nationale auprès de l’AfVT, afin d’aller à la rencontre de lycéens et de collégiens, pour prévenir la radicalisation, démêler les théories du complot, les sensibiliser aux conséquences du terrorisme, là même où le terrorisme a frappé.

    À Nice donc. Mais aussi au collège du Bois d’Aulne où enseignait Samuel PATY, là même où il a été assassiné, le 16 octobre 2020.

    Vous n’imaginez pas, Monsieur le Président, les horreurs que l’on entend dans les classes. Elles donnent une idée des foyers de radicalisation encore vivaces, ici et là, dans notre pays.

    À Nice, ces rencontres, une quinzaine depuis 2018, ont permis de toucher plus de 300 lycéens et collégiens. Qui connaissent le prénom, le nom des victimes, comme celui d’une victime blessée le 14 juillet, que vous avez entendue à cette barre, dans cette salle tous les jours du procès.

    Comme celui d’une autre victime qui avait 13,5 ans lorsqu’elle a perdu sa jumelle sur la promenade des Anglais. « Ce n’est pas beaucoup 13,5 ans », vous a-t-elle dit à cette barre, je suis sûr, Monsieur le Président, que vous vous souvenez de son témoignage.

    Prévenir la radicalisation,

    Remettre dans l’humanité ceux qui en désespéraient,

    Montrer notre humanité.

    Réintégrer les victimes dans la communauté des Humains.

    Ce sont les buts que tente d’atteindre l’AfVT.

    Mais aussi transmettre nos valeurs. Liberté, liberté d’expression. Laïcité. Expliquer que la République n’est pas contre l’Islam, n’est pas contre les religions, qu’au contraire, elle les protège, en permettant à chacun de vivre sa foi, dès lors qu’on ne cherche pas à l’imposer aux autres en la sortant de la sphère privée.

    Dans le cadre de ces actions éducatives, la professeure est venue assister à notre procès, avec une classe, à chaque fois. À sept reprises, ici à Paris mais aussi à Nice, à l’Acropolis où il a fallu, au début de l’audience que vous l’imposiez, je ne sais si vous vous en souvenez, M. Le Président, en rappelant que les mineurs pouvaient y assister dès lors qu’ils étaient munis d’une autorisation parentale.

    En tout, depuis le début de ce procès 7 classes :  2 parisiennes, 2 de banlieue, 2 de Nice, 2 de Menton, ont assisté à ce procès. Parce qu’il est important pour ces jeunes qu’ils viennent voir comment se rend la justice dans notre pays qui est un État de droit et qu’ils comprennent ce que cela signifie, notamment s’agissant des droits de la défense, fondement d’un procès équitable.

    Une classe nous écoute en ce moment à l’Acropolis. Et c’est à eux que je veux m’adresser maintenant.

    Car, si j’ai posé peu de questions, quand venait mon tour, tout au long de ce procès, c’est que je m’en posais tellement avant… qu’avant même de me lever, j’éteignais mon micro et je restais aussi.

    En effet,

    Est-ce que ma question va être utile à la manifestation de la vérité ?

    Est-ce à moi de porter l’accusation ?

    Est-ce que je suis là pour faire la morale à ceux qui comparaissent ? à ceux qui témoignent ?

    Est-ce que ma curiosité, par exemple s’agissant de la vie d’avant pour ceux-là en Albanie, ne devait pas, plutôt, attendre d’être Aux 2 Palais, pour l’étancher lors d’une conversation ?

    C’est difficile d’être un avocat de partie civile de ce point de vue. Mais de ce point de vue seulement.

    Parce que si je n’ai pas posé beaucoup de questions, il y a eu beaucoup de propos, entendus de ce box, à cette barre aussi, qui ne peuvent rester sans réponse. Qu’on ne peut en tout cas laisser dire sans réagir lorsqu’on est un avocat de partie civile.

    Pour les élèves qui nous ont écoutés et qui nous écoutent, pour l’Association française des Victimes du Terrorisme, […]

    Qui m’ont également honoré de leur confiance en me désignant.

    Pour tous ceux dans cette salle ou qui nous écoutent à Nice, je ne peux quitter ce procès sans vous dire combien certains propos des accusés et de certains de leurs témoins nous ont choqués.

    Jamais nous n’avions assisté au cours d’un procès terroriste, à une telle banalisation du trafic de stupéfiants. Comme si ce n’était rien. Pas grave. Comme si on pouvait en parler, dans cette salle, comme d’une activité quelconque.

    – « Je débutais, Je n’avais pas de structure », nous a dit un accusé, qui nous a même parlé de comptabilité et de « trou dans la caisse ».

    Son frère qui nous a expliqué qu’il préférait « lui voir faire ce trafic que de voler les gens ». Et « qu’il valait mieux, le voir faire ça que du trafic d’armes ».

    Mais c’est peut-être naïf de le répéter mais c’est aussi grave. La drogue tue autant que les armes. La drogue fait autant de dégâts, de morts, que les armes. Trafiquer des stups, c’est tuer, c’est un crime.

    Si jamais nous n’avions assisté, lors d’un procès à caractère terroriste, à une telle banalisation du trafic de stupéfiants, il en est de même du trafic d’armes.

    Combien de fois a-t-on entendu un accusé, mais aussi un autre accusé dire qu’ils ne savaient pas que l’assaillant allait se servir de celle qu’ils lui ont vendue, qu’il l’embarquerait dans son camion pour commettre son attentat. Ah, s’ils l’avaient su, juré, promis, ils ne la lui auraient pas vendue ! Comme si on pouvait trafiquer des armes, comme si ce n’était pas grave tant, qu’on ne la vendait pas à un terroriste.

    « J’ai fait la plus mauvaise transaction du siècle » vous a même dit un accusé.

    Pourtant, encore une fois, et je sais combien c’est naïf de le dire, mais les armes, ça tue. Sans arme, pas de mort. Sans arme, pas d’attentat.

    Même dans celui-ci que vous avez à juger, en visioconférence, un enquêteur est venu vous le dire. Sans cette arme qu’avait l’assaillant, ceux, ces héros, qui ont tenté d’ouvrir la portière du camion, peut-être auraient-ils réussi à stopper le carnage si cette arme n’avait pas été pointée sur eux.

    Encore une fois, trafiquer des armes, comme vendre de la drogue ce n’est pas « pas grave ». C’est très grave et c’est interdit, même quand on ne les vend pas à des terroristes. C’est inacceptable.

    Inacceptable aussi, d’entendre un accusé dire qu’en sortant de prison, « il n’a pas d’autres solutions que de dealer en bas de chez lui « pour s’habiller comme tout le monde et pour aider sa mère ».

    Pour un peu, je lui aurais bien demandé, quelles marques étaient ses préférées ? Pour ses pompes notamment, passez-moi l’expression, plutôt Nike ou Adidas ? Et pour la couleur ? Orange comme celle de l’assaillant lorsqu’il mitraillait les terrasses de Paris, le 13 novembre 2015 ?

    Non, ce n’est pas vrai qu’il n’y a pas d’autres solutions que de trafiquer, dealer, voler. Quel que soit le déterminisme social, quelles que soient ses origines, on peut ne pas être « matrixé » par son quartier, comme l’a dit un accusé. On peut chevaucher sa vie pour en changer le cours.

    N’est-ce pas ce qu’a fait son propre père ? Se lever tôt, travailler dur, prendre sa place dans la société, prendre de l’argent, sans passer par la case prison ? Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un père entrepreneur… Mais tout le monde, je le crois, peut modifier son destin s’il s’en donne les moyens.

    Dans cette salle, derrière moi, sur mes côtés, et peut-être devant moi, à cette barre moi-même, combien de noms à consonance étrangère, comme ceux de mes clients que j’ai cités ?

    N’est-ce pas ça la France ? Cette terre d’immigration depuis des siècles ? Et Nice, que l’assaillant a ensanglantée, n’en est-elle pas sa plus belle porte sur le monde, comme le dit toute son histoire ?

    Inacceptable aussi, et je ne peux quitter cette barre sans le dire, l’agenda des accusés le 15 juillet au lendemain de l’attentat.

    Nous étions tous choqués, effondrés, sidérés. Sauf eux.

    Comment est-ce possible, alors que Nice comptait ses morts, qu’on puisse déambuler sur sa Promenade ensanglantée et se filmer l’air ravi comme un des accusés ?

    Comment peut-on devant toutes ces victimes ici, ou là-bas, à Nice, qui nous écoutent, dire comme un accusé, que ce jour-là, le 15 juillet 2016 : « on voulait en profiter » !

    Parce que pour la première fois depuis bien longtemps, les trois frères étaient réunis, aucun n’était en prison. Alors, plage privée, avec des filles et champagne à volonté… Et Nice comptait ses morts… Et la France était sidérée… Comment est-ce possible ? comment l’accepter ?

    Et comment passer sous silence, enfin, l’amnésie des accusés tout au long de ce procès ? Ce florilège de, « je ne m’en souviens plus ». De « Je ne me rappelle pas ». Jusqu’à l’énorme « c’est une partie de ma vie que j’ai laissée derrière moi » !

    Tous, pourtant, avaient déclaré qu’ils n’avaient rien à cacher qu’ils étaient là pour dire la vérité.

    La vérité… il vous appartiendra de la rechercher. Dans le secret du délibéré. Je ne suis pas certain qu’ils vous y aient aidé.

    Mais ce qui est certain, c’est que l’assaillant n’a pas agi seul. Parce qu’un attentat se projette, se prépare et les loups solitaires, comme vous l’a rappelé Maître Sylvie TOPALOFF, n’existent pas. On le sait, au moins, depuis le procès d’Abdelkader MERAH.

    Un attentat, c’est une séquence bien plus longue que le seul passage à l’acte.

    Avec un avant, un pendant et un après. C’est à vous qu’il appartient de dire, la part que chacun a prise dans cette séquence. La place prise par les obsessions d’un accusé pour les camions fonçant dans la foule.

    Mais il fallait que moi, je dise, ce qui nous a choqués. Ce qu’on ne pouvait pas laisser dire.

    J’ai dit. »

  • Plaidoirie de Maître Valentine JUTTNER au procès de l’attaque à la voiture-bélier -Colombes

    Monsieur le Président, Mesdames de la Cour,

     

    Je vais vous parler de l’ASSOCIATION FRANCAISE DES VICTIMES DU TERRORISME (AfVT) et de la raison pour laquelle elle est ici présente à ce procès.

     

    L’AfVT est une association qui a été créée en 2009 par des victimes de l’attentat du DC-10 UTA de 1989 et de l’attentat du Caire de 2009.

     

    Ses fondateurs ont souhaité lui donner une large mission ayant eux-mêmes fait la triste expérience du parcours du combattant auquel chaque victime d’un attentat est exposée.

     

    Ses missions sont résumées dans ses statuts : donner une assistance morale, administrative, financière, juridique, médicale, mémorielle aux victimes d’infractions en relation avec une entreprise terroriste individuelle ou collective, ou à leurs familles, quelle que soit la nationalité de la victime, ou celle de l’auteur, et quel que soit le lieu de commission de l’infraction (France ou étranger).

     

    Ses missions, qui sont vastes, correspondent à une réalité : la nécessité d’être présent aux côtés des victimes à compter du premier instant où leur vie bascule, et de rester à leurs côtés pour les aider sur le très long chemin de la reconstruction. Un chemin qui, parfois, ne s’arrête jamais, qui dure toute la vie, alors que l’attentat s’estompe peu à peu dans la mémoire collective.

     

    Ils l’ont dit à votre barre :

    • « Nous, on est blessés à vie »
    • « Chaque attentat ravive la douleur. Quand il y a un attentat, j’ai des idées noires, je prends mes cachets ».

     

    Depuis sa création, l’AfVT a été rejointe par des dizaines, des centaines de victimes.

     

    Ce sont des femmes, des hommes de tous les âges, de toutes les confessions, issus de milieux différents, de Paris, de province, ou de l’étranger, qui ont un seul point commun, la malchance d’avoir été frappés par le venin du terrorisme : le politique, l’antisémite, l’islamiste, le djihadiste, celui de l’extrême droite ou celui de l’extrême gauche radicale.

     

    À chaque attentat, pour toutes ces victimes, c’est une douleur qui se ravive. Ce sont toutes les séquelles psychiques qui remontent à la surface. Si l’AfVT est là, comme elle l’est dans tous les procès terroristes, c’est pour représenter cette communauté de victimes qui souffre à chaque attentat ou tentative d’attentat. Et l’AfVT a pour première mission de rappeler, à chaque procès, que pour chaque infraction en lien avec une entreprise terroriste, que des centaines de personnes ne cessent de revivre et de subir inlassablement la douleur qu’elle a causée.

     

    Tous ces grands brûlés de la vie qui se retrouvent à l’AfVT sont tous victimes d’individus comme l’accusé, qui pensent qu’ils ont le droit, le devoir, de tuer au nom de leur cause.

     

    Et donc, le 27 avril 2020, l’accusé a ravivé une fois de plus cette douleur chez ces centaines de personnes dont l’AfVT veut porter la voix aujourd’hui.

     

    Enfin, l’AfVT s’est aussi donné une mission éducative et préventive, en intervenant dans des collèges et lycées français pour prévenir la radicalisation, tordre le cou aux théories du complot que l’on trouve si facilement en naviguant sur YouTube comme l’accusé l’a fait, sensibiliser aux conséquences du terrorisme, etc.

     

    ***

     

    S’agissant des faits qui nous concernent, je ne doute pas que la Cour sera convaincue de la culpabilité de l’accusé.

     

    Et aucune autre qualification que celle de l’ordonnance de mise en accusation ne pourra être retenue, contrairement à ce que sa défense plaidera.

     

    Car c’est bien d’une attaque terroriste dont il est question ici devant vous et rien d’autre.

     

    L’accusé veut nous faire croire qu’il a fait ça sur un coup de tête, au volant de sa BMW quand il a aperçu la patrouille de policiers !

     

    Mais la nature terroriste et la préméditation ne font aucun doute. Tous les marqueurs sont là. La voiture-bélier, la lettre d’allégeance, le couteau, les recherches sur YouTube, cette propagande de l’État islamique, glaçante mais extrêmement efficace et qui salit l’Islam.

     

    Et ces marqueurs renvoient exactement à l’appel du porte-parole de l’Etat islamique, qui proclamait le 22 septembre 2014 :

     

    « Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen — en particulier les méchants et sales Français — ou un Australien ou un Canadien, ou tout […] citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière. Si vous ne pouvez pas trouver d’engin explosif ou de munitions, alors isolez l’Américain infidèle, le Français infidèle, ou n’importe lequel de ses alliés. Écrasez-lui la tête à coups de pierres, tuez-le avec un couteau, renversez-le avec votre voiture, jetez-le dans le vide, étouffez-le ou empoisonnez-le ».

     

    Comment croire à « un coup de tête » ? Et quand bien même…quelle différence… ? Comme si c’était une circonstance atténuante…

     

    Et son attitude postérieure ne fait que corroborer son adhésion à l’État islamique : ses premières déclarations en garde à vue, et surtout cette lettre… Que penser de cette lettre envoyée le 4 décembre 2020, donc 8 mois après les faits, à une femme condamnée pour avoir préparé un attentat (échoué) à Notre-Dame.

     

    Je vais vous en lire quelques courts extraits :

     

    • Tu vas bien, je t’écris de Bois d’Arcy. Depuis le 1er mai 2020 je suis incarcéré pour terrorisme. Mon affaire a été médiatisée peut-être que tu l’as vue. Je vais être condamné à la même peine que toi, l’avocat m’a dit entre 25 et 30 ans, donc seules peu de personnes peuvent comprendre les longues années qui nous attendent.
    • Moi je suis célibataire d’origine marocaine et toi ? tu es célibataire ou mariée ? j’ai toujours rêvé de rencontrer une femme pieuse, peu importe l’âge, l’origine ou la beauté. Lorsque je t’ai vue, je t’ai trouvée très charmante et ton hijab sublime ton visage Si tu veux on peut correspondre et pour longtemps. Etc etc.

     

    Comment ne pas y voir la lettre d’un admirateur voire une déclaration ?

     

    Même son attitude à l’audience n’est pas franche. Ses excuses paraissent forcées et feintes. Il donne l’impression qu’il ne voit pas vraiment où est le problème. Il est le seul à ne pas être abasourdi par son acte.

     

    La banalité du mal. La banalité de la violence. La banalité de la haine. L’échec d’une société. L’échec de parents qui banalisent aussi et se cachent. Rien n’a d’importance.

     

    J’ai été marquée par ce qu’a dit l’enquêtrice  : « il a toujours une bonne excuse, il se déresponsabilise de tout ».

     

    Et rappelez-vous de la déposition de Monsieur qui a terminé en s’adressant directement à l’accusé, il lui a dit d’un air halluciné : « Mais vous vous rendez compte de ce que vous avez fait ? Que ces gars-là ont une famille ? ».

     

    Pour conclure, si l’AfVT se constitue systématiquement partie civile, c’est pour que ce banc ne soit jamais vide, même lorsqu’un attentat est déjoué et qu’il n’y a aucune victime.

     

    Demain, Madame l’Avocat général va requérir. Au terme d’un procès où tous les droits de la défense ont été respectés, elle requerra une peine qui n’aura rien à voir avec la charia. Ici, aucune main ne sera tranchée, personne ne sera lapidé ou égorgé.

     

    Est-ce vraiment de ce monde-là dont vous rêvez  ? Mesurez-vous le privilège que nous avons de vivre librement, d’aller à l’école gratuitement, d’avoir le droit de ne pas croire en dieu, de se moquer des religieux et des hommes politiques ?

     

    Rappelez-vous le 11 janvier 2015 après l’attentat de Charlie, après l’assassinat d’Ahmed MERABET, après l’Hypercacher, dans les rues de Paris, nous étions plus d’un million. Et les gens portaient des pancartes sur lesquelles on lisait « je suis Charlie, je suis juif, je suis flic ».

     

    Aujourd’hui, Monsieur le Président, Mesdames de la Cour, plus que jamais, je suis flic.

  • Plaidoirie de Maître Antoine CASUBOLO FERRO au procès de l’attentat de Magnanville

    Monsieur le Président, Mesdames de la cour,

     

    Tout au long de ce procès, j’ai eu l’honneur de représenter et d’assister l’Association française des Victimes du Terrorisme, l’AfVT fondée et animée par des victimes d’attentats et qui s’est fixé pour objectif premier, d’être aux côtés de toutes les victimes, dès les premiers instants, lorsque le destin les foudroie et de rester toujours à leurs côtés pour les aider sur le très long chemin de la reconstruction, physique et psychologique. Un chemin qui parfois ne s’arrête jamais, qui dure toute la vie, alors que l’attentat s’estompe peu à peu dans la mémoire collective.

     

    Depuis sa création en 2010, l’AfVT a été rejointe par des dizaines, des centaines de victimes. Hélas…

    Je dis hélas, parce que personne ne souhaite être victime et personne n’a choisi de son plein gré de rejoindre l’AfVT.

     

    Ce sont des femmes, des hommes de tous les âges, de toutes les confessions, issus de milieux différents, de Paris et de province, dont on pourrait lister leurs différences à l’infini, qui n’ont en gros qu’un seul point commun, la malchance d’avoir été frappés par l’hydre du terrorisme, par l’hydre DES terrorismes.

    Le politique, l’antisémite, l’islamiste, le djihadiste, celui nauséabond d’extrême droite, celui, tout aussi puant de l’extrême gauche radicale.

    Tous ces grands brûlés de la vie qui se retrouvent à l’AfVT, sont tous victimes d’individus qui pensaient, qui pensent qu’ils ont le droit, le devoir de tuer au nom de leur cause.

     

    Des causes dont certaines aujourd’hui sont totalement démodées, dépassées, enterrées…

     

    Alors ils gardent l’espoir, ces victimes d’attentats, que ces causes qui sèment la mort finissent au plus vite par se ringardiser. Oui, ces victimes qui ont rejoint l’AfVT ont cet optimisme. C’est lui qui sous-tend leurs actions, notamment le programme d’actions éducatives que l’AfVT a mis en place depuis 2018, sous la direction de Chantal, professeure de français détachée par l’ Éducation nationale auprès de l’AfVT, afin d’aller à la rencontre des lycéens, des collégiens de notre pays, pour prévenir la radicalisation, démêler les théories du complot, les sensibiliser aux conséquences du terrorisme, là même où le terrorisme a frappé.

    À Nice, à Paris, au collège du Bois d’Aulne où enseignait Samuel PATY, mais aussi au lycée Vaucanson des Mureaux, en avril 2022.

     

    Ce jour-là, dans ce lycée des Mureaux, où les élèves avaient une dizaine d’années lorsque l’attentat a été perpétré, le programme éducatif avait été intitulé « Le terrorisme, si loin, si proche » et deux grands témoins, deux victimes d’attentats accompagnaient Chantal. Rachid et Michel.

     

    Le premier Rachid, parce que c’est un policier, un flic comme on dit, qui connaissait personnellement Jessica Schneider avec laquelle il avait travaillé. Le second, Michel parce qu’il est une des victimes des attentats de janvier 2015.

     

    Si je les cite, l’un et l’autre, c’est pour rappeler que le 11 janvier 2015 après Charlie, après l’assassinat d’Ahmed MERABET, après l’Hyper Cacher, dans les rues de Paris et partout en France, nous étions plus d’un million. Et les gens portaient des pancartes sur lesquelles on lisait « je suis Charlie, je suis juif, je suis flic.. »

     

    Je suis flic, en l’occurrence, aujourd’hui, c’est ce que veulent redire, plus que jamais, les membres de l’AfVT avec lesquels j’ai échangé pour préparer cette plaidoirie,  aux familles et aux collègues de Jessica Schneider et de Jean-Baptiste Salvaing, pour témoigner de leur solidarité et de leur compassion.

     

     

    Quand j’ai échangé avec les membres de l’AfVT, en préparation de cette plaidoirie, victimes de l’attentat du DC-10 UTA en 1989, du Caire en 2009, de janvier et du 13 novembre 2015, etc. etc., toutes m’ont dit combien ce qui a été commis dans l’intimité d’une maison d’un jeune couple sans histoire, dans la sphère intime d’un bonheur familial, massacré au nom du prophète, derrière les rideaux du salon, à l’arme blanche, devant leur enfant, de moins de quatre ans, les a particulièrement choqués, affligés encore d’une autre façon.

    Être affligé, cela signifie ressentir encore plus le poids de la peine, de la tristesse. C’est ce qu’ils ont éprouvé, c’est ce que nous avons tous éprouvé.

     

    Ces autres victimes m’ont dit aussi, combien elles perçoivent encore plus la lâcheté de ce crime, car c’est tellement simple, facile, abject d’entrer dans une jolie maison et d’y semer la mort, comme ce soir du 13 juin 2016.

     

    Et un autre détail, encore, qui les a particulièrement frappés, choqués, écœurés, c’est l’évocation de la mère de l’assassin dans sa revendication. À laquelle, il témoigne de son amour après avoir égorgé, juste avant, une jeune maman.

     

    Mais il est temps de parler de cette revendication.

     

     

    Avant, cependant, je veux dire que je n’irai pas au fond du dossier. La démonstration de la culpabilité de l’accusé est de la responsabilité du Ministère public qui n’a pas besoin d’auxiliaire. Je ne vous livrerai donc que mes impressions d’audience :

     

    « Quelle impression ont fait, sur ma raison, les preuves rapportées contre l’accusé, et les moyens de sa défense. »

     

    D’abord, je veux dire, si l’accusé est là, dans ce box, ce n’est pas le système qui l’y a envoyé, ni-même la nécessité d’avoir un coupable à tout prix. Non, ce qui l’a envoyé dans ce box, c’est avant tout, d’abord et surtout, ce qui l’a envoyé là, c’est son ADN.

     

    Quand on pénètre dans cette salle, lorsque l’on rentre dans ce procès, c’est lui qui écrase toute la présomption d’innocence.

     

    Cette trace ADN, pure, sans mélange, a été retrouvée sur le repose-poignet droit de l’ordinateur des victimes. Sans mélange et surtout dans une concentration supérieure à celle retrouvée sur la ceinture de sécurité et l’appuie tête du siège passager de la voiture de l’accusé.

    Les expertises, notamment la première, celle du Docteur FOURNIER, sont sans appel. La semaine dernière, celle-ci, comme le Docteur PASCAL qui a réalisé une contre-expertise, sont venus soutenir leurs rapports. Sont venus dire qu’un transfert d’ADN était peu probable ; la pureté de la trace d’ADN de l’accusé, sans mélange, avec une concentration supérieure à celle retrouvée dans la voiture de l’accusé, rendait peu probable qu’elle ait été transportée par M. A.

    « Mais on ne peut pas l’exclure », ont-ils dit.

    Dans un premier temps, cette précaution m’a surpris, elle est en deçà des conclusions que l’on retrouve dans le dossier d’instruction. Et puis, en y réfléchissant, je me suis dit quelle chance d’avoir à la barre de tels experts, avec une telle honnêteté intellectuelle. Qui n’ont pas voulu se laisser embarquer au-delà des limites de leur science.

    On sait, en effet, que la science n’édicte pas de vérité définitive. Et donc, si on ne peut l’exclure, il reste qu’à ce jour, il est peu probable qu’une trace d’ADN pure, sans mélange, avec une concentration supérieure à celle retrouvée ailleurs, ait été transportée. Sur l’ordinateur des victimes, jusqu’à preuve du contraire, jamais constatée, il reste qu’à ce jour, cet ADN a bien été déposé par l’accusé lui-même.

    Même raisonnement s’agissant de la déposition de la psychologue qui suit Matthieu depuis l’été 2016. À cette barre, on attendait beaucoup de ces deux figurines manipulées par Matthieu dans le bac à sable de son cabinet, déposées dans le camp des méchants, en face des gentils.

    On attendait beaucoup aussi de l’interprétation de ses cauchemars. Mais encore une fois, voilà un expert qui n’a pas voulu s’aventurer au-delà de sa science.

    En substance, qu’il y ait plusieurs figurines ou plusieurs méchants dans un cauchemar, ne donne aucune indication du nombre de personnes qui auraient pu se trouver au domicile de ses parents le 13 juin 2016 mais seulement l’expression de la violence, de la profondeur de l’étendue de son traumatisme.

    C’était trop lui demander, dont acte. Encore une fois, c’était frustrant. Mais quelle chance, finalement, d’avoir de tels experts, armés d’une telle rigueur à la barre dans un procès.

    Combien de fois m’est-il arrivé de ce côté de la barre, entendre ces experts envoyer mon client en prison, sans retenue, plombé d’une lourde peine, quand on le sait innocent et que le dossier est absolument vide de toute preuve matérielle. Rien, Rien, que leurs rapports. Et c’est à chaque fois scandaleux.

    Alors quelle chance, en effet d’avoir eu, à la barre ces experts si rigoureux ! Je crois qu’ il ne sera pas contesté que l’accusé aura eu un procès équitable.

    La revendication à présent :

    Neuf pages, truffées de références religieuses, de renvois au Coran et à divers savants.

    – « tu parles ! » nous a dit en substance, l’accusé, « à peine quatre versets, deux hadith, deux citations de savants ».

     

    À ses yeux, ce n’est peut-être pas beaucoup, mais sous la plume de l’accusé, dans sa façon de les lire, dans la vidéo qu’il a enregistrée et qui a été diffusée, ces citations ne semblaient pas vraiment être des broutilles.

     

    On l’y voit lire, suivre son texte des yeux, lire ses phrases, sans jamais en décrocher, un peu comme à une ligne de vie lorsqu’on ne sait pas nager, hormis lorsqu’il parle des faits au moment présent, de son crime ou lorsque son message se fait plus personnel.

     

    À la barre, ce que l’on a appris de l’assassin, si ce n’était pas un abruti, il n’en reste pas moins qu’on en a dressé le portrait d’un homme sans grande connaissance religieuse, voire sans structuration religieuse du tout, plus tête brûlée qu’intellectuel.

     

    En revanche, des deux, de l’assassin et de l’accusé, c’est à ce dernier que renvoie cette revendication. Des deux, l’intellectuel, c’était lui.

     

    Non pas parce qu’on aurait retrouvé chez lui un texte qui s’en inspire fortement. En effet, ce texte semble pouvoir se retrouver aisément sur internet pour qui saurait où le chercher.

    Mais sa syntaxe, ses phrases bien construites, cette obsession de tout sourcer, font penser à la façon dont s’est exprimé l’accusé, tout au long de ce procès.

     

    Neuf pages, presque sans fautes d’orthographe quand on sait la difficulté pour tout un chacun, pour moi en tout cas, de ne pas en laisser dans un texte aussi long.

     

    Oui, c’est aussi la longueur de cette revendication 9 pages, plus de 13 minutes, qui est la marque de fabrique de l’accusé.

     

    Pour avoir assisté à de nombreux procès d’attentats terroristes sur ce banc des parties civiles, aucune revendication n’a jamais été aussi longue, aussi détaillée, aussi précise dans la justification du crime perpétré contre les mécréants.

     

    On l’a entendu, l’accusé, c’est sa façon de parler, son sens de la précision, cette propension à tout examiner à ne rien laisser en suspens. On l’a entendu parler, cette revendication, c’est son style, c’est son obsession.

     

    On sait aussi que l’accusé aime écrire. Ses avocats le savent, comme s’en souvient également, Sarah …  Dans le dossier, il y a en effet, cet échange à propos de 23 pages sur la religion que lui a envoyé l’accusé sur Telegram. À lire cet échange, on mesure l’emprise que tente de prendre l’accusé sur celle qu’il voulait épouser et le désarroi de cette dernière, à devoir de ses 23 pages, en faire un résumé.

     

    Quant aux témoins :

     

    Ce que j’ai surtout entendu, « ce n’est pas un  éclaircissement » des déclarations faites lors de l’instruction et retranscrites sur les procès-verbaux qu’ils ont relus et signés, comme l’a martelé à plusieurs reprises M. M vendredi matin.

    Mais plutôt, en lieu et place de cet éclaircissement, ce que j’ai entendu, moi, c’est la peur, la peur des témoins à répéter en public, ce qu’ils ont déclaré lorsqu’ils ont été entendus entre les quatre murs d’un commissariat ou du cabinet du juge d’instruction. Une peur imposée depuis la salle, et pour le dire franchement, depuis le premier rang du public, par le frère aîné de l’accusé.

    Enfin, ce week-end, j’ai lu tous les comptes rendus de presse qui ont relaté cette journée de vendredi dernier. Pourtant, il s’est dit quelque chose à l’audience, le matin, que personne n’a repris, comme aucun de mes confrères qui viennent de plaider avant moi.

    Peut-être, parce que c’est fragile et qu’il y a danger mais, tant pis je me risque parce je l’ai entendu et que je l’ai noté. Comme d’autres, je sais.

     

    Le 13 juin 2016, l’ordinateur des victimes a été allumé une première fois de 19h13 à 20h06, puis de 20h07 jusqu’à 23h57.

     

    Évoquant cette deuxième utilisation, vendredi matin, l’accusé, nous a dit s’étonner qu’on fasse tant de cas de cet ordinateur, alors que le plus longtemps qu’il avait été allumé, qu’il avait été consulté, c’était, a-t-il dit :  « au moment où je ne suis pas là ».

     

    « AU MOMENT Où JE NE SUIS PAS Là ».

     

    Quelles que soient, quelles que seront les explications données, « il s’est mal exprimé, sa langue a fourché » « ce n’est pas ce qu’il a voulu dire, tout ce qu’on voudra, il n’empêche qu’il l’a dit. Cette phrase, prononcée vendredi matin par l’accusé  est un lapsus. Un lapsus révélateur.

     

    « Au moment où je ne suis pas là » … ne peut dire qu’une seule chose, c’est qu’à un moment, j’ai été là.

     

    Si j’en crois la définition qu’en a donnée Freud, dans son introduction à la psychanalyse, voilà ce que j’en comprends :

    En psychanalyse, le lapsus, c’est la manifestation ce que l’on pense réellement, de ce que l’on tente de cacher, que l’on a tenté de refouler.

    1. L’accusé nous a fait la démonstration de sa maîtrise. Il faut s’imaginer son cerveau comme une forteresse et cet écart de langage, cette langue qui a fourché, c’est la brèche par laquelle la vérité qu’il tente de refouler, de cacher, s’est faufilé, s’est révélée, à son insu.

     

    Alors, on pourra bien se gausser de cette psychanalyse de comptoir. Mais pour nous ce lapsus a résonné comme un aveu.

    « À un moment où je n’y étais pas », cela veut qu’à un moment, dans cette maison, sans vis-à-vis, dans laquelle on peut y pénétrer et en ressortir sans être vu, j’ignore ce que l’accusé, y a fait, quand il y est rentré et quand il est sorti. Mais j’en suis convaincu, aujourd’hui, dans cette maison, à un moment, le 13 juin 2016, l’accusé y était.

     

  • Plaidoirie de Maître JOSSERAND SCHMIDT aux côtés de Maître Dan HAZAN au procès des attentats de janvier 2015

    Plaidoirie de Maître JOSSERAND SCHMIDT aux côtés de Maître Dan HAZAN au procès des attentats de janvier 2015

    Le temps est venu pour les victimes de prendre la parole une dernière fois. Procès pour l’histoire, dit-on, histoire judiciaire qui, dans 50 ans, sera la réponse au terrorisme du début du siècle, histoire de vies brisées, niées, histoire d’un terrorisme qui massacre au nom d’un Islam radical que notre pays subit depuis de nombreuses années et dont on n’entrevoit toujours pas le début de la fin.

    Les attentats ont été revendiqués par l’État islamique et Al-Qaïda, revendiqués au nom de l’idéologie islamiste radicale, celle qui impose la supériorité du religieux au politique, la soumission plutôt que la liberté. La liberté fondamentale est devenue mécréante. La simple réapparition de ces mots est une stupéfaction quotidienne. La terreur veut nous faire plier. Nous devrions faire machine arrière et mettre à bas toutes les considérations humanistes depuis les Lumières. Il faudra renoncer au long contrat établi entre la religion et la vie de l’État, séparation douloureuse, mais aujourd’hui chérie de tous. Le terrorisme islamiste nous intime d’y renoncer sous la terreur et dans le sang.

    Maître JOSSERAND SCHMIDT fait un rappel non exhaustif des attentats connus à ce jour en France.

    Ce terrorisme est encore celui-là qui a frappé cette audience. Nous attendions nous à plaider sur ces faits là ? Encore ce matin à Nice, deux femmes, un homme dans une basilique. C’est celui qui a tué des juifs, des ennemis sacrés, des journalistes pour des dessins. Procès pour l’histoire, une histoire qui, en réalité, n’en finit jamais de se répéter : en 2013, 2014, 2015. Le terrorisme islamiste s’appuie sur deux piliers. D’une part, le prosélytisme, celui qui répand l’idéologie mortifère ; cette branche qui terrifie est assurée par la logistique de délinquance de droit commun. Elle se marque par la radicalisation en détention, par des bras armés de moins en moins érudits, de moins en moins sachants. Ce ne sont plus des érudits. Ce qu’ils apportent à la cause islamiste, ce n’est pas leur connaissance théologique ou même leur pratique connue ou non de l’Islam, c’est un savoir-faire. Ils savent dissimuler, ils savent se battre, ils savent trouver de l’argent. C’est ce que l’on appelle la troisième génération du djihad, qui vient de la détestation de la France. Celle qui vient des prisons et des quartiers où tout se sait, à commencer par le statut social de chaque délinquant.

    Le temps est donc venu pour nous, avocats, de porter la voix des victimes des attentats des 7, 8 et 9 janvier, tâche qui nous honore. Présents auprès des victimes dès les premiers instants, les premiers SMS, amis avant d’être avocats. Pour d’autres d’entre nous, nous sommes entrés dans la vie des survivants et des familles endeuillées. Nous sommes devenus une sorte de médecin dont ils se seraient bien passés. L’avocat est parfois devenu un ami. J’ai une pensée pour mes clients, qui m’ont confié la prise de parole. Ces victimes, nous avons essayé de comprendre leur drame, nous avons essayé d’essuyer les larmes ; nous ne nous battons pas pour éviter des années de prison. Tous nos clients ont déjà payé le prix, le prix le plus cher. Ils sont condamnés à pleurer toute leur vie, l’être aimé qu’ils ont perdu, qui a quitté ce monde dans la violence la plus inouïe, ou ceux qui ont survécu, qui tentent aujourd’hui de ramasser leurs lambeaux de chair et d’entamer le chemin de la reconstruction.

     

    Qu’allons nous ajouter à nos plaidoiries ? Peut-être ce qu’ils n’ont pas réussi à vous dire, et aussi ce qu’ils ont pensé de ce qu’on dit des accusés et des témoins amnésiques qui sont passés à la barre. Conscients de l’humilité dont nous devons faire preuve pour restituer à chacune des victimes sa place, ses mots, ses pensées, pour mes confrères, tous les trois d’une seule voix, c’est d’accompagner celles et ceux qui ont choisi de dépasser leur position victimaire et de faire de leur lutte contre le terrorisme leur carburant. Empêcher que cela recommence indéfiniment. C’est notre responsabilité collective qui est questionnée ; c’est pour cela que des associations comme l’AfVT et la FENVAC sont présentes, car il reste des questions auxquelles nous devons apporter des réponses.

    On se lève aujourd’hui pour plaider parce que, dans ces associations, tous les jours, on se lève pour qu’on ne coupe plus des têtes, qu’on ne tue plus des journalistes et qu’on ne tue plus des juifs simplement parce qu’ils sont juifs.

    Soixante-quatorze plaidoiries de partie civile sur quatre jours, c’est ce que nous livrons. Soixante-quatorze plaidoiries, c’est beaucoup ? Oui, et alors ? Aucune victime n’a choisi d’être ici, dans cette salle d’audience. Que sont ces quatre jours ? Rien, pour nous professionnels. Nous pourrons ensuite aller nous reposer. Alors, plus de quatre jours de plaidoiries de partie civile n’auraient pas été indécents pour parler de nos victimes. Les accusés sont-ils déjà condamnés par notre surnombre ? Personne ne le souhaite et nous savons qu’il n’en sera rien. L’attente de justice n’a jamais fait condamner qui que ce soit.

    Parler d’un déséquilibre, mais quelle force constituent les victimes ? Aucune. La seule force est celle de chaque homme et chaque femme qui a trouvé la force de se mettre à nu devant nous, pour se livrer à un devoir de mémoire. Chaque victime constitue plus de force que vous tous, accusés.

    En première semaine, ils aimaient tous la liberté d’expression. En deuxième semaine, ils aimaient tous les policiers. Et en troisième semaine, ils aimaient tous les juifs. Ils auraient tout donné pour leur liberté, eux qui ont outillé les assassins. Ont-ils été pris d’écœurement par les tueries pour aider la police ? Pas le moins du monde.

    Avant de transmettre la parole à mes confrères, nous voudrions dire un mot à l’attention des victimes au sujet des blessures invisibles laissées par le terrorisme : « On cicatrise de l’extérieur, mais jamais de l’intérieur. » Un mot écrit par une des victimes ; voilà ce qu’elle écrit, elle l’écrit pour les autres victimes : « Vous étiez celui que vous étiez, le mari, la femme, le fils aimant, l’ami loyal et enjoué, ne laissez pas s’imposer l’idée que vous n’êtes que cette force. »

  • 7 octobre 2023 – 7 octobre 2024 L’Association française des Victimes du Terrorisme (AfVT) se souvient et reste mobilisée

    Un an après les terribles massacres de populations civiles

    par le groupe terroriste du HAMAS,

    l’AfVT exprime à nouveau toute sa solidarité

    et sa compassion à l’ensemble des victimes et à leurs familles.

     

    Le nombre de victimes, tuées et touchées par la violence des attaques terroristes simultanées du 7 octobre est hors nome, les victimes blessées physiquement et psychologiquement représentent des centaines de personnes, incluant les otages.

    Pour les victimes et leurs familles, elles-mêmes victimes collatérales, la solidarité doit continuer à s’organiser, l’AFVT a immédiatement participé à cette démarche.

    Dès le lendemain du massacre, l’AfVT a mis ses compétences et son équipe à la disposition des familles de victimes françaises et franco-israéliennes, avec son terrible bilan de 47 français tués, 6 blessés et à l’heure actuelle, toujours deux otages.

    L’un des membres de notre conseil d’administration s’est rendu en Israël en décembre 2023, dans le cadre d’un voyage collectif organisé par le CRIF, destiné à constater sur place les terribles déflagrations infligées par les attaques et rencontrer des familles de victimes pour leur signifier notre fraternité et notre aide.

    L’AfVT réitère en ce temps douloureux d’hommage et de souvenir, son unique aspiration : dire Non ! et faire barrage au terrorisme quel que soit ses justifications politiques, religieuses, sociétales et historiques.

    L’AfVT exige une fois de plus, la libération de tous les otages, notamment les deux otages français encore détenus par le HAMAS.

     

     « Depuis 15 ans, nous sommes aux cotés de toutes les victimes de terrorisme, et de nos concitoyens, quel que soit le pays et les conditions dans lesquelles, ils ont été meurtris. L’attaque du 7 octobre 2023 a touché un grand nombre de nos compatriotes, nous ne les oublions pas, nous sommes là pour eux, aujourd’hui et demain, car le chemin de la reconstruction est long ».