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Auteur/autrice : mco
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La flamme de la mémoire allumée
Coralie et Cyril, les deux professeurs de Terminale HGGSP du lycée Galilée de Combs-la-Ville se demandaient : Quelle mémoire garde-t-on ? Comment peut-on réparer ? La justice, est-ce que cela suffit pour répondre au terrorisme ?
Nous avons été accueillis avec chaleur, avec attention, avec émotion et intelligence. De leur côté, nos deux témoins, Catherine Bertrand et Gaëlle Paty ont comme le dit Catherine, apporté « un témoignage authentique, vrai. Vous me voyez souvent à la télévision, mais être devant vous, vous dire des choses que vous n’entendez pas forcément, a-t-elle ajouté, je me sens vivante, je me sens utile ».
Alicia, lycéenne, a rédigé et mis en page un article que nous reproduisons ci-dessous :




MERCI
À nos deux témoins, Catherine Bertrand et Gaëlle Paty.
Aux élèves de Terminales, spécialité HGGSP du lycée Galilée à Combs-la-Ville
À leurs professeurs d’Histoire-Géographie, Coralie Surget, Cyril Bourduge et à la professeure documentaliste, madame Olhagaray
À la proviseure, madame d’Aboville et au proviseur adjoint, monsieur Baliteau
À notre partenaire,

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Quand les femmes témoignent : du deuil à la reconstruction
En cette rentrée judiciaire, trois femmes revenues de Syrie comparaissent devant la justice française pour leur participation à l’État islamique. Ce procès met en lumière une question souvent passée sous silence : celle des violences commises par des femmes, qu’on préfère imaginer comme simples épouses ou mères, plutôt que comme actrices d’une idéologie meurtrière.
Par Murielle Dassonville et Tanguy Coz
Dans ce contexte, le pôle éducatif de l’AfVT a mené un projet le mardi 23 septembre, au lycée Paul Langevin à Suresnes, dans la classe de terminale ayant choisi comme option ; Droit et Grands Enjeux du Monde Contemporain.
Les lycéens se sont interrogés : pourquoi certaines femmes adhèrent-elles à l’idéologie djihadiste ? Que se passe-t-il dans l’esprit des enfants restés sur zone ? Et surtout : comment une victime peut-elle aller mieux ?
Pour nourrir cette réflexion, deux femmes sont venues témoigner devant eux.
Leurs parcours, marqués par la perte, la peur et l’engagement, ont profondément touché les élèves.Le frère d’Asma, Hichem, a été assassiné par des islamistes le 6 juin 1994 à Alger durant la décennie noire. Asma avait 19 ans ; un mois plus tard, avec sa famille elle s’installait en France.
Le 13 novembre 2015, le compagnon d’Aurélie, Matthieu, est assassiné au Bataclan. Aurélie et Matthieu ont un petit garçon de 3 ans et attendent une petite fille qui naitra 3 mois après la mort de son papa.
Témoignages : l’abécédaire de la résilience
E comme Enfant
- « Avoir un enfant à ce moment-là, ça t’a connecté à la vie ? »
Aurélie : « Un grand oui. Si je n’avais pas eu à m’occuper de Gary mon fils, à prendre soin de moi pour ma grossesse, l’après 13 novembre, ça aurait été très différent. On forme un joli trio. »
G comme Grossesse
- « Vous avez dit que vous vous êtes accrochée à votre grossesse. Est-ce que vous avez eu peur de flancher ? »
Aurélie : « Je n’ai pas du tout flanché après les attentats ni à la naissance de ma fille. En fait, je n’ai jamais flanché, je crois que je n’ai pas trop pu. Mais j’ai commencé une thérapie immédiatement. J’ai surtout réfléchi à comment l’expliquer à mon fils. J’ai demandé à un pédopsychiatre de le suivre et je lui ai demandé par la même occasion de me suivre également. Depuis 10 ans, je ne rate aucune séance. »
P comme Peur
- « Ressentez-vous toujours de la peur ? »
Aurélie : « Ah oui ! Ça c’est l’après coup. Peut-être à cause de la sidération, de la panique ? J’ai peur de ma peur. J’ai eu tellement peur la nuit du 13 novembre que je ne veux pas que ça revienne. Je ne veux plus jamais revivre cela. Quand mon fils revient tard après son entrainement de foot, j’ai peur. J’ai peur qu’il se fasse tuer. C’est une terreur. »
Asma : « Pour moi, les attentats de 2015, c’est le cauchemar qui revient dans ma vie. Mais j’ai pu mettre de la distance. La peur il faut l’écouter, ça nous protège. La peur elle est là, oui. »
E comme Études
- « Est-ce que vos études de psychologie ont été des outils qui vous ont permis de comprendre votre vécu ? »
Asma : « Après l’assassinat de mon frère, alors que j’étais en France, j’avais des flashbacks, des images intrusives qui venaient n’importe quand, je croyais devenir folle. Le cinéma était le seul moyen de les court-circuiter. Mais oui, ça m’a apporté. Ce qui m’a fait basculer, c’est quand je suis allée à New York, après l’attentat contre les deux-tours du World Trade Center. Des familles de victimes ont invité d’autres familles de victimes du monde entier et j’ai pu rencontrer beaucoup de personnes qui avaient vécu la même chose que moi. Elles savaient ce que c’étaient que des symptômes post-traumatiques. Je me suis sentie bien, de partager des bons moments avec eux, c’est très important. Cette rencontre m’a permis de comprendre que je devais en parler en thérapie. J’aurais aimé commencer plus tôt. Aujourd’hui, je peux évoquer cet événement sans m’effondrer. »
D comme Deuil
- « Passer de l’Algérie, où il était interdit de parler des attentats de la décennie noire, à la France, où la parole est libre, cela vous a-t-il aidée pour votre deuil ? »
Asma : « Oui, c’était essentiel de pouvoir s’exprimer sans crainte. Dire les choses sans être condamnée. J’ai toujours continué à aller à Alger, c’est impossible de ne pas y aller. Mon frère est enterré là-bas. »
G comme Guérir
- « Pensez-vous qu’un jour, on puisse guérir ou aller mieux ? »
Aurélie : « Si je vais mieux, je peux répondre oui. Ensuite, se défaire de cet évènement, j’y ai cru, en allant au procès. Mais j’ai compris que je le porterai à vie… Il a fait bouger tellement de choses en moi. Cette histoire ne me définit pas, mais elle me constitue. »
Asma : « Je vais mieux. Je n’ai plus les symptômes post traumatiques, je suis heureuse. »
C comme Culpabilité
- « Ressentez-vous une forme de culpabilité ? »
Aurélie : « Oui. Qu’est-ce qu’on a fait pour que ça foire ? Pour que des jeunes de notre âge fassent ce genre de choses ? »
R comme Rancœur
- « Ressentez-vous de la rancœur ? »
Asma : « Non, je suis déçue et triste, car en Algérie il n’y a pas encore de justice et de réparation. Les victimes ne sont pas reconnues, ne sont pas écoutées. Nous n’existons pas. Je vois, cependant, que dans d’autres pays du Maghreb, des hommages sont organisés, ils ont pris conscience des souffrances des victimes. Quand j’étais jeune, j’étais très en colère, très radicale dans mes pensées. Mais je continue à avoir espoir, qu’un jour, au moins, les choses évoluent.
Une amie m’a conseillé d’écrire, elle m’a dit que « cette histoire ne t’appartiens pas, il faut que tu en parles. » Après la parution de mon livre Je ne pardonne pas aux assassins de mon frère (ed. Rives Neuves, 2011), beaucoup de jeunes en Algérie sont venus me voir pour me dire merci : enfin, quelqu’un parlait de cette souffrance. »
R comme Réhabilitation
- « Que pensez-vous de la réhabilitation du Bataclan ? »
Aurélie : « Je n’irai plus jamais dans la salle du Bataclan, mais je trouve cette réhabilitation très bien. Il se trouve que j’ai un ami musicien qui jouait au Bataclan, et ses amis se sont sentis obligés d’aller le voir en concert. Aller dans cette salle les a mis mal à l’aise. Mais plus tard, l’un d’entre eux m’a dit « Ici, c’est chez nous, pas chez eux. » Cette phrase m’a beaucoup marquée. »
P comme Procès
- « Quel est votre avis sur le procès des trois revenantes, où des femmes sont jugées pour des actes de terrorisme ? »
Aurélie : « C’est intéressant comme question. Pour moi, le mal n’est pas genré, les femmes y participent également. »
Asma : « En tant que psychologue, ce procès sur les femmes criminelles ou terroristes m’intéresse. »
Comprendre, transmettre, reconstruire
Ces échanges ont profondément marqué les lycéens.
À travers la parole de ces femmes, ils ont découvert que la justice ne suffit pas toujours à apaiser, mais que parler, témoigner, s’engager, soigner peut déjà être une forme de reconstruction.
Dans un monde où la violence cherche à faire taire, leurs voix restent, plus que jamais, un acte de résistance.
MERCI
À nos deux témoins, Asma et Aurélie.
Aux élèves de Terminale option Droit et Grands Enjeux du Monde Contemporain du lycée Langevin à Suresnes.
À leur professeure, Blandine Velayandon.
Au proviseur, monsieur Laurent Abécassis.
À nos partenaires,

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« Être pour la peine de mort, c’est épouser les valeurs des terroristes »
L’AfVT est intervenue, mardi 16 septembre 2025, dans une classe de 2nde du lycée Van Gogh d’Ermont afin d’évoquer le thème de la peine de mort, dans le contexte particulier des actes terroristes. Cet échange s’est poursuivi par la rencontre et le témoignage de deux victimes-témoins du Bataclan.
Par Murielle Dassonville et Tanguy Coz
Première étape : le travail en classe
La citation de Robert Badinter « Utiliser contre les terroristes la peine de mort, c’est, pour une démocratie, faire siennes les valeurs de ces derniers » a permis de lancer le débat, puisqu’en ce début d’année scolaire se tient à Paris le procès de trois « revenantes » de Syrie ayant participé à l’EI. On a ainsi présenté et expliqué le fonctionnement de la cour d’assise, spécialement composée et le contexte.
Les élèves ont travaillé en classe sur le traitement médiatique de ce procès ainsi que l’argumentation à partir de textes qui abordent la peine de mort tels que : Le dernier jour d’un condamné de Victor Hugo, L’étranger d’Albert Camus et des extraits du discours de Robert Badinter du 17 septembre 1981 prononcé devant les députés de l’Assemblée nationale.
« Être pour la peine de mort, c’est épouser les valeurs des terroristes », a conclu Alvin, élève de seconde au lycée Van Gogh.
Deuxième étape : une sortie au tribunal
Les élèves ont assisté à plusieurs audiences au Palais de Justice de Paris. Cette visite leur a permis de découvrir le fonctionnement de la Justice, la composition de différentes juridictions, ainsi que de voir le déroulement concret des procès.
Troisième étape : la rencontre avec les témoins
Enfin, le mardi 24 septembre 2025, les élèves ont rencontré des témoins, victimes des attentats du 13 novembre, au Bataclan : Georges Salines et Bruno Poncet. Tous deux rejettent la peine de mort comme réponse aux actes d’attentat.
En novembre 2015, ces élèves avaient cinq ou six ans. Ils se souviennent davantage de l’inquiétude de leurs parents que des évènements. Ils ont grandi dans une société confrontée à la menace terroriste.
Je trouve que ma vie d’après est plus belle que ma vie d’avant malgré les épreuves de l’attentat. Je la vis plus intensément, elle a meilleur goût : le goût de la vie.
Les élèves s’interrogent et interrogent les témoins. Face à ces assassinats de masse, quelles peuvent être les réponses des victimes ?
Sami : « La peine de mort peut-elle servir comme valeur d’exemple » ?
Bruno Poncet y répond par un livre La joie comme vengeance (ed. Michel Laffont 2022) : « Après l’attentat, j’ai été élu délégué syndical et j’ai exercé ce mandat pendant 6 ans. En fait, pendant ce temps, je m’occupe des autres mais pas de moi. Un soir, je vais voir une pièce de théâtre avec un ami dont le titre est Vous n’aurez pas ma haine. C’est l’histoire d’un homme qui perd sa femme dans un attentat et qui explique qu’il continue à vivre sans haïr. Mon ami me propose alors de m’aider, pendant la période du covid, à rédiger un livre. Il arrive à trouver un éditeur et le titre est La joie comme vengeance. Je veux faire passer le message que, malgré les coups durs que j’ai rencontrés dans ma vie – j’ai perdu mon père à 8 ans, j’ai eu un grave accident de moto à 20 ans et j’ai failli perdre ma jambe -, quoi qu’il arrive dans la vie, il y a toujours, après, la joie, la lumière, le bonheur. Je voulais écrire un livre lumineux avec de l’optimisme, pas un livre larmoyant. En fait, je trouve que ma vie d’après est plus belle que ma vie d’avant malgré les épreuves de l’attentat. Je la vis plus intensément, elle a meilleur goût : le goût de la vie.»
Georges Salines : « J’ai eu un sentiment de tristesse très fort après la perte de ma fille mais aussi de gâchis, d’absurdité. Qui sont ces types qui tuent des gens de leur âge ? La haine, je ne l’ai jamais éprouvée. »
Une cour d’assises spéciale créée pour un procès hors norme

Gladys : « Le procès – du 13 novembre – a duré combien de temps ? »
Bruno : « 10 mois. »
Georges : « Oui, de septembre 2020 à juin 2021. »
Bruno : « C’est long. »
Georges : « Ça a été très long. Le plus long procès en France. »
Margaux : « Vu que les trois terroristes sont morts, c’est un procès contre qui ? »
Georges : « Les attaques du 13 novembre ont été perpétrées par une cellule, des gens envoyés par l’Etat islamique. Parmi eux, se trouvent les frères Clain, ceux qui ont revendiqué les attentats. Il y avait 14 autres accusés poursuivis pour association de malfaiteur terroriste : ils ont fait partie de la cellule et certains ont été condamnés pour complicité. »
Je le dis assez facilement : je trouve qu’on est dans un beau pays, qui permet d’avoir de la vraie justice.
Alvin : « Après avoir assisté à ce procès, est-ce que vous avez assisté à d’autres procès, ou seulement à celui-là ? »
Bruno : « J’ai été seulement à ce procès-là, mais ça m’a appris beaucoup sur la justice. C’était très intéressant. Je connais un peu mieux son fonctionnement. Vous avez l
a chance d’aller dans des tribunaux, c’est vraiment bien parce que sinon, le fonctionnement de la justice, on ne le comprend pas. Quand on la voit, on se rend compte que c’est quelque chose d’extraordinaire. Et je le dis assez facilement : je trouve qu’on est dans un beau pays, qui permet d’avoir de la vraie justice. »
L’après et la reconstruction
Rihab : « Est-ce qu’à l’heure actuelle vous êtes traumatisés et est-ce que vous y pensez encore ? »
Georges : « Très rapidement après l’attentat, j’ai voulu réagir : je voulais beaucoup me consacrer à des activités pédagogiques, à des interventions que je juge indispensables. Par exemple, j’ai rencontré des mères de jeunes qui sont partis faire le djihad en Syrie et certaines sont devenues des amies aujourd’hui. Le départ de leurs enfants avait été un choc, même si elles ont vu les choses venir. Elles étaient dans une souffrance considérable, leurs enfants étaient morts ou bien en prison. Elles ont eu un sentiment de culpabilité car elles ne savaient pas quoi faire. Personne n’était là pour les aider. On peut comprendre qu’elles n’ont pas
cessé d’aimer leur enfant.
Cela m’a préparé à répondre positivement à la rencontre avec un des pères des terroristes, Azdyne Amimour. De cette rencontre est né un livre, qui est sorti en 2020, Il nous reste les mots. J’ai pu aller en prison et rencontré des djihadistes, des personnes qui étaient détenues pour des faits liés au terrorisme islamiste. Aujourd’hui, j’ai une idée je crois, assez claire de comment on devient djihadiste et pourquoi. »
Bruno : « La semaine qui suit l’attentat, je n’arrive pas à dormir et les mois d’après non plus. Je m’épuise. On me dit qu’il y aura un procès, on me conseille de voir un psy, mais je me dis que je ne suis pas malade. Comme je ne dors pas, j’ai l’impression de tout voir en noir. C’est comme ça pendant de longs mois. Au mois de mars, je vois des alertes sur mon téléphone au sujet d’un attentat en Belgique. J’ai l’impression que ça ne va jamais s’arrêter, et j’ai peur. Je me disais que j’étais sorti vivant, que tout allait bien, mais là je deviens victime d’attentat. Heureusement que j’avais des rendez-vous chez le psy, sinon je ne serais jamais sorti de chez moi.
En septembre, le procès commence ; je ne me suis pas tenu au courant des avancées de l’enquête. Sur les conseils de mon avocate, je me rends au procès. Je me dis que je vais peut-être apprendre des choses, comprendre comment des jeunes hommes nés en France, qui ont reçu la même éducation que moi, que vous, ont vrillé. Et je vais avoir quelques débuts de réponse. Je rencontre aussi des victimes qui comme moi ont choisi la lumière et j’ai le sentiment de faire partie de l’Histoire. A la barre, j’ai déposé mon récit, mon histoire, je suis sorti plus léger. Je considère que je ne suis plus une victime. Être victime, ce n’est pas un métier, une fonction. Mon métier c’est être cheminot. Je continue à vivre. Je pense tous les jours aux victimes et cela me donne de l’énergie. »
Naël : « Est-ce que ça vous arrive de faire des cauchemars ? »
Bruno : « On est en plein dans la bonne période… c’est-à-dire… le 13 novembre c’est dans un mois, un mois et demi. Depuis début septembre, mon sommeil déjà n’est pas bon et là, ça ne s’arrange pas. Je me réveille la nuit et des fois je ne me rendors pas. Je ne fais pas des cauchemars avec des images de ce que j’ai vu ou entendu le 13 novembre, mais je rêve qu’une personne est à côté et qu’elle meure. »
Georges : « Moi, je suis médecin de formation et je connais le syndrome de post-traumatique. Les témoignages des survivants pendant le procès m’ont permis de mesurer l’ampleur de leur souffrance. »
Yahyah : « Est-ce que vous avez été indemnisés ou est-ce que vous avez demandé à être indemnisés ? »
Bruno : « On m’a donné plusieurs milliers d’euros. Et je les ai dépensés très vite. Pour moi, cet argent était sale. Je ne comprenais pas que, moi, vivant, ce qui est déjà une très grande richesse, on me donne de l’argent. Ils m’ont expliqué qu’on compense ainsi ce que j’ai perdu, et c’est vrai, j’ai perdu beaucoup de choses… mais je n’ai pas gardé cet argent-là. Cet argent m’a blessé. Je trouvais ça bizarre de toucher des sous. »

Les deux témoins ont eu des parcours différents. Leur vécu l’est également, mais tous deux se sont tournés et engagés dans la justice restaurative. Comprendre, ce n’est certainement pas justifier cette violence, c’est surtout apprendre à la rejeter.
Avant la rencontre, lors de la séance de préparation, les élèves avaient déjà perçu comme Emeraude que : « la meilleure façon de se venger, c’est d’être heureux après un traumatisme ».
Emily se demande, à propos du fils d’un ami de Bruno, présent au Bataclan et qui avait 10 ans, « qu’est-ce qu’il est devenu ? »
Bruno répond : « Maintenant, il fait plus d’1m80, il est plus grand que moi, il a 20 ans. Le lundi, mon ami a demandé à son fils ce qu’il voulait faire. Il a répondu qu’il voulait aller à l’école. Pour lui, les évènements étaient moins dans sa vie quotidienne, ils ne regardaient pas trop les infos. Il a repris sa vie normalement. Il a avancé comme ça.
J’ai dit au tribunal que c’était « un petit garçon courageux et maintenant c’est un homme courageux. »
MERCI
À nos deux témoins, Bruno et Georges.
Aux élèves de 2nde 15 du lycée Van Gogh à Ermont.
À leurs professeures Charlotte Bré (Français), Adeline Autet (Histoire-Géographie), Anne Badou (SES).
À nos partenaires,


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Question d’élève : « Pourquoi ne peut-on pas rencontrer un terroriste ? »
Il existe à Grenoble, au lycée des Métiers Georges Guynemer, un dispositif éducatif unique en France : la classe STARTER (le documentaire Un bon début suit pendant un an le quotidien des élèves et des professeurs de la classe STARTER). Chaque année depuis 13 ans, Antoine Gentil accueille dans sa classe des enfants en situation de détresse psycho-socio-scolaire afin de les aider à définir un projet d’avenir, eux qui pour de multiples raisons auraient pu rester à la marge de tout système, abandonnés. C’est dans cette classe de la dernière chance qu’a choisi d’intervenir pour la troisième année consécutive l’Association française des Victimes du Terrorisme afin d’établir un dialogue et d’instaurer un espace de confiance et de compréhension entre victimes, entre témoins du terrorisme et décrocheurs. Particularité de cette rencontre : la quinzaine d’élèves STARTER est accompagnée sur ce projet par une classe de seconde professionnelle – Métiers de la sécurité. Et derrière le précipice d’idées qui semble séparer les deux groupes, la rencontre rassemble et crée l’union, elle favorise une compréhension et une entente mutuelle autour de thèmes essentiels à la construction de toute individualité : l’amour, la résilience, le rapport à l’autre et la fraternité.
Par Martin CLAVEL, étudiant en Licence 3 au CELSA Sorbonne Université, parcours Le Magistère.
« Qu’est-ce qu’on va faire ensemble ? »
Comme avant chaque rencontre, une séance de préparation précède les témoignages. Elle permet d’éclairer les consciences, de faire rempart à tout sensationnalisme et d’éviter tout contresens en répondant aux premières interrogations. Et elles sont nombreuses, ces questions, des plus surprenantes aux plus fondamentales : « Qu’est-ce qu’on va faire ensemble ? » ; « Pourquoi se sont-ils [les terroristes] fait exploser ? » ; « Pourquoi ne peut-on pas rencontrer un terroriste ? ». A cette dernière question, nous répondons que c’est bien parce que les terroristes sont plus « connus » et médiatisés que leurs victimes que nous proposons d’unir nos réflexions à celles des victimes, survivantes ou endeuillées, qui nous ramèneront vers une humanité ordinaire et seules sauront nous dire les conséquences du terrorisme.
Les prises de parole fusent, à coups de « wesh » et de « zguegs », et si certaines surprennent, d’autres sont les signes bouleversants d’enfances déchiquetées par la violence, la misère et l’abandon, comme cette remarque d’un des élèves d’Antoine Gentil, concernant les moyens de lutter contre le terrorisme :
« Rien, si on peut acheter une arme, on peut tuer. On ne peut rien faire, il y aura toujours des armes et des terroristes. On achète des armes à Grenoble comme du pain dans une boulangerie à Paris. »
Difficile aussi pour ces enfants de comprendre la réponse démocratique que peut apporter la justice contre la vengeance, quand ceux-ci ont grandi dans la violence et le grand banditisme, entouré par les services sociaux et la Protection judiciaire de la jeunesse et, pour certains, loin de leurs parents incarcérés ou dépossédés de leurs droits parentaux.
Comment expliquer alors la position de Aurélie Silvestre et Sébastien Michellet, deux victimes du 13 novembre 2015 qui ont tous deux refusé la haine pour la justice et la démocratie ? Patience, dès demain, les élèves leur feront face, une occasion unique pour partager un moment d’échange et tenter d’avancer ensemble, dans la même direction.
« On ne réfléchit pas, on ne réfléchit plus ; c’est de l’instinct de survie » (Sébastien Michellet)
Le lendemain matin, Chantal Anglade est accompagnée de ses deux témoins. Le moment est venu pour les élèves d’entendre leur témoignage.
Aurélie Sylvestre entame son récit : le 13 novembre 2015, elle a perdu son compagnon au Bataclan.
« Je vivais avec un homme depuis plus de 10 ans dans le 10è arrondissement de Paris. On avait un petit garçon, on attendait une fille. C’était une belle journée. Tout a changé depuis. »
Ce soir-là, les Eagles of Death Metal se produisent au Bataclan. Elle préfère ne pas franchir les portes de la salle de concert. C’est une amie qui lui apprend la série d’attentats en cours à Paris.
« C’est le feu dans Paris, ça tire de partout. »
Son fils est couché. Matthieu est au Bataclan. Elle est seule devant sa télé quand le bandeau s’affiche sur l’écran : Prise d’otage au Bataclan.
« Je vais apprendre la mort de Matthieu 24 heures après son départ pour le concert. Et à partir de là, le monde s’écroule. Tout ce que j’avais construit me semble tomber d’un coup. Je dois annoncer à mon fils que son père est mort et je vais devoir accoucher sans celui que j’aime. »
Elle raconte la sidération, le choc, le procès, et puis la vie qui doit continuer, pour elle, pour son fils, pour sa fille. Elle termine :
« Et puis j’ai donné naissance à ma fille qui a maintenant 9 ans. Merci, je suis là autant pour vous que vous êtes là pour moi. »

Sébastien Michellet et Aurélie Silvestre témoignent devant les élèves
C’est au tour de Sébastien Michellet de prendre la parole : lui et sa femme étaient dans le Bataclan le soir du 13 novembre.
« Je suis papa de 5 enfants et gros consommateur de concerts. Ce week-end là, on devait en faire trois, et puis on est allé là où il ne fallait pas. On était là tôt, pour une fois.
21h46, ça part sous forme de pétards. On ne réfléchit pas, on ne réfléchit plus : c’est de l’instinct de survie. Et l’instinct de survie va durer pendant trois heures. (…) J’ai pris ma compagne et je me suis jeté par terre. À un moment donné, je me lève, je ne sais pas pourquoi, je me dis c’est maintenant ou jamais. (…) On se retrouve caché des terroristes dans une pièce de 10m2. On doit y être 40. On entend des gémissements. On entend des cris.
Et puis je vais rentrer en relation par sms avec un centre de commandement posté à l’extérieur du Bataclan. C’est cette personne qui va me permettre de tenir. Elle va sentir quand je panique. Elle va sentir que je me calme. Et elle va réussir à réguler tout ça pour maintenir le calme dans la pièce. J’avais un rôle de boîte postale, ou du moins de référent pour les autres.
On est rentré à 5h00 du matin. Là, on se dit ça va, on est bien, on est parti à deux, on est rentré à deux. Et puis le lendemain c’est compliqué. On était blessé dans l’âme. J’étais non-stop à me renseigner sur tout, les chargeurs, les types de balle, … Avec le temps, on se pose toujours plein de questions. Mais on s’aperçoit aussi qu’avec le temps, toutes ces questions restent très largement sans réponses.
Maintenant, on est bien, ou assez bien pour venir vous voir. (…) Le 14 novembre 2015, j’ai demandé la main de ma compagne. On s’est marié l’année d’après.»
Deux témoignages très émouvants qui laissent place à une multitude de questions de la part des élèves. Les futurs professionnels de la sécurité se questionnent sur l’identité du contact qui a permis de sauver Sébastien Michellet et des dizaines d’autres personnes. Qui est ce « fil d’Arianne » qui a su garder son calme et son sérieux pour maîtriser une situation des plus périlleuses ?
Les élèves de la classe STARTER tentent eux de comprendre la réponse démocratique que peut apporter la justice face à la vengeance. A leurs questions et interventions, nous constatons qu’ils connaissent déjà la majorité des procédures judiciaires, qu’ils sont habitués aux visites en prison, à la police et aux tribunaux. Et pour ces jeunes, les questions posées aux témoins sont aussi des interrogations posées à eux même : comment fait-on pour grandir sans son père ? Doit-on ressentir de la haine ? Arrive-t-on à être heureux après cela ? Est-il possible de se reconstruire après avoir vécu l’horreur ? Et face à la haine qui peut jaillir au contact des autres, quelle meilleure réponse que celle d’Aurélie Silvestre :
« Moi, je n’ai pas ressenti de colère non plus. C’est un choix que j’ai fait, pour moi et pour mes enfants. Céder à la colère, c’est les laisser gagner. Je pense qu’une vie chouette, c’est sans la violence. Au début du procès, j’ai eu peur. Et puis il y a eu des regards, des rires même avec les accusés. Et déconstruire l’image du monstre, c’est aussi ce que je recherche, c’est un apaisement qui me fait du bien. »

Derniers échanges et au revoir entre les élèves et les témoins
À l’heure où nous publions cet article, les lycées sont fermés et les élèves et professeurs en vacances. Mais Antoine Gentil nous a écrit pour nous dire que l’année scolaire a été bénéfique aux élèves de la Classe STARTER qui tous ont eu une orientation et tous un diplôme (le CFG et quelquefois le brevet série professionnelle) : « une année Starter s’achève, la treizième. Encore une fois, nous avons déployé, cette année scolaire, une pédagogie de la rencontre et de l’expression de soi qui ne pourrait pas se faire sans vos engagements respectifs qui propagent tous des ondes de choc douces et singulières chez les adolescent.e.s vulnérables que nous accueillons. Construire une école de la dignité, de la reconnaissance des individualités, passe par là ! »
Nous sommes profondément heureux de faire partie des « ondes de choc douces » qui réparent aussi bien les victimes de terrorisme que les élèves vulnérables. Nous sommes persuadés que la rencontre avec Aurélie et Sébastien a renforcé l’humanité de ces élèves qui, si jeunes, font face à des réalités dures.
Pourquoi ne peut-on pas rencontrer un terroriste ? demandait l’un d’eux. Parce que nous leur avons proposé de voir l’autre côté du miroir et qu’ils y ont trouvé une force qu’ils n’attendaient pas.Pour aller plus loin : Le documentaire Un bon début qui suit pendant un an le quotidien des élèves et des professeurs de la classe STARTER.
MERCI,
Aux élèves de la classe STARTER et aux élèves de bac Pro de la Sécurité,
À leurs professeurs : Nadia Touati, Véronique Eugène, Cécile Robin, Antoine Gentil, Saïd Araba,
Aux témoins Sébastien Michellet et Aurélie Silvestre
Etiquettes : Lycée des métiers Georges Guynemer, Aurélie Silvestre, transmission de la mémoire, Dispositif STARTER, 13 Novembre 2015, Sébastien Michellet, Bataclan.
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Offre de stage au pôle éducatif
Offre de stage au pôle actions éducatives
Temps plein – 5 à 6 mois, à partir de septembre 2025
Étudiant-e en césure bienvenu-e
Présentation de l’association
L’AfVT créée en 2009, par des victimes pour des victimes du terrorisme, représente et accompagne les victimes et leurs familles devant les instances officielles et gouvernementales, les acteurs de la Justice, les collectivités. Elle porte haut et fort la voix des victimes dans la société.
Nos missions
L’association est engagée pour ses membres victimes et leurs familles sur plusieurs plans : parcours juridique et judiciaire, administratif et social.
Son équipe salariée de 3 personnes pluridisciplinaires travaille en collaboration étroite avec les membres du conseil d’administration et du bureau qui réfléchissent préalablement aux projets et aux actions à mettre en œuvre.
L’AfVT s’est donné également la mission de faire connaitre positivement l’expérience des victimes dans la société, pour lutter contre les idées et les idéologies qui conduisent à la violence et au rejet de la démocratie. Plusieurs programmes, développés toute l’année, font entendre leurs témoignages en direction de différents publics : lycéens, détenus, monde associatif, entreprises, médias…
Le stage proposé
Stage de 5 à 6 mois, rémunéré et conventionné – Étudiant en césure bienvenu
Dates : à partir de septembre 2025
Lieu du stage : dans les locaux de l’AfVT, ville du nord-ouest parisien desservie par le métro
L’AfVT propose un programme intitulé « Et si on écoutait les victimes ? Et si on écoutait les lycéens ? ». Ces actions éducatives reposent à la fois sur le témoignage et le dialogue. Pour cela, la professeure à disposition de l’AfVT construit des projets avec les équipes des établissements scolaires en fonction de la particularité des classes et de la progression pédagogique des enseignants.
La réalisation de ces projets nécessite une attention et une préparation en trois directions : les équipes pédagogiques des établissements, les élèves et les victime-témoins.
Les établissements se situent en Ile-de-France, parfois en régions, notamment à Arras et Nice.
Missions confiées à la / au stagiaire
- Participation à la construction des actions en lien avec les équipes éducatives des lycées
- Aide à l’élaboration des projets pédagogiques avec la professeure mise à disposition de l’association
- Réunion de préparation avec les intervenants-témoins et les professeurs
- Accueil et accompagnement des témoins
- Prise de notes pendant les séances en lycée, concertation, séances de préparation et rencontres entre témoins et élèves
- Participation au retour d’expérience sur les actions
- Rédaction des bilans pour les bailleurs
- Communication sur les actions éducatives : rédaction d’articles, alimentation des réseaux sociaux de l’association, lien avec les media
Compétences requises
- Bonne organisation
- Aisance rédactionnelle et esprit de synthèse
- Intérêt pour la pédagogie du projet
- Goût pour le contact humain et bon relationnel
- Goût du travail en équipe
- Savoir rendre compte et communiquer
- Aisance à se déplacer
- Capacité d’adaptation
Profil souhaité
Master 1/2, minimum bac +3, Sciences-Politiques, CELSA, médiation culturelle, sciences de l’éducation, …
Et/ou
Intérêt et sensibilité pour les questions de société, de citoyenneté, de transmission
Merci d’adresser votre CV + lettre de motivation à l’adresses courriel ci -dessous :
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Offre de stage au pôle projets
Offre de stage au pôle projets
L’AfVT est à la recherche d’un ou d’une stagiaire au Pôle projets à compter de septembre 2025 pour une durée de 4 à 6 mois. Tous les étudiants sont les bienvenus !
Présentation de l’association
L’AfVT a été créée en 2009 par des victimes et pour des victimes du terrorisme. Elle représente et accompagne les victimes et leurs familles devant les instances officielles et gouvernementales, les acteurs de la Justice ainsi que les collectivités.
C’est haut et fort qu’elle porte la voix des victimes dans la société.
Nos missions
L’association est engagée pour ses membres victimes et leurs familles sur plusieurs plans : parcours juridique et judiciaire, administratif et social.
Son équipe salariée de 3 personnes pluridisciplinaires travaille en collaboration étroite avec les membres du conseil d’administration et du bureau qui réfléchissent préalablement aux
projets et aux actions à mettre en œuvre.L’AfVT s’est donné également la mission de faire connaitre positivement l’expérience des victimes dans la société, pour lutter contre les idées et les idéologies qui conduisent à la
violence et au rejet de la démocratie. Plusieurs programmes, développés toute l’année, font entendre leurs témoignages en direction de différents publics : collégiens, lycéens, détenus,
monde associatif, entreprises, médias…Le stage proposé
Stage de 4 à 6 mois, rémunéré et conventionné
Dates : à partir de septembre 2025
Lieu du stage : dans les locaux de l’AfVT, ville du nord-ouest parisien desservie par le métro
Le stagiaire affecté au pôle projets sera encadré par le Directeur des Projets de l’AfVT.
Le pôle projets a pour principal objectif la recherche de financements et la coopération avec diverses institutions, aussi bien publiques que privées. Il est ainsi au cœur de l’organisation de l’ensemble des projets menées par l’AfVT.
De plus, le pôle mène également des actions dites citoyennes, c’est-à-dire des actions en milieu ouvert (ex. monde associatif) ou en milieu fermé (ex. prison). Ces actions reposent ainsi sur le témoignage des victimes du terrorisme qui viennent partager leur expérience auprès d’un public choisi mais également sur les échanges qui suivent.
Missions confiées à la / au stagiaire
- Aide à la rédaction des demandes de financements
- Organisation des déplacements en province : billets de train et d’avion, réservation d’hôtels, synthèse des dépenses
- Réunion de préparation avec les intervenants-témoins et les encadrants
- Accueil et accompagnement des témoins
- Prise de notes pendant les rencontres entre témoins et public choisi
- Participation au retour d’expérience sur les actions menées par l’AfVT
- Communication sur les actions citoyennes : rédaction d’articles, alimentation des réseaux sociaux de l’association
Compétences requises
- Bonne organisation
- Aisance rédactionnelle et esprit de synthèse
- Intérêt pour la cause
- Goût pour le contact humain et bon relationnel
- Goût du travail en équipe
- Savoir rendre compte et communiquer
- Capacité d’adaptation
Profil souhaité
Formation universitaire ou grandes écoles (Master 1/2, médiation culturelle, CELSA, sciences de l’éducation, Sciences-Politiques, écoles de commerce …) Et/ou intérêt et sensibilité pour les questions liées à l’économie sociale et solidaire.
Merci d’adresser votre CV + lettre de motivation à l’adresses courrielle suivante : aliatte.chiahou@afvt.or
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L’amitié : à la vie, à la mort !
C’est au lycée professionnel du Vexin de Chars que nous rencontrons de très jeunes élèves qui composent une « classe engagée ». Ces élèves préparent un CAP pour devenir agents de sécurité : ils seront amenés à donner l’alerte et à rassurer en cas de danger. Entre eux, Mélanie et SEb, tous deux survivants d’attentats, et ces lycéens, il y a une valeur commune : l’amitié.
Par Talita SOARES, étudiante en M2 à la Sorbonne Université.
Rencontre entre témoins et élèves de CAP de la sécurité : apprendre, comprendre, transmettre
Dix ans se sont écoulés depuis l’attentat de Paris et seize ans depuis celui du Caire, et les cicatrices restent aussi douloureuses. Un point en commun : un groupe de personnes qui ont profité de la vie avec des amis jusqu’à ce que tout bascule. Comment expliquer l’inexplicable ? Comment aider les jeunes à comprendre ce qu’est le terrorisme, sans céder à la peur ni sombrer dans le silence ? C’est dans ce contexte que le 10 avril 2025, l’Association française des Victimes du Terrorisme a rencontré une classe discrète mais avec une grande sensibilité, huit élèves de 1ère CAP « Agents de sécurité », qui ont reçu un témoignage profond et humain. Mélanie Berthouloux et SEb Lascoux sont venus partager leur histoire, leur douleur, mais aussi leur reconstruction.
Parler du terrorisme n’est pas facile, cela demande une préparation pédagogique, une écoute et une volonté commune d’aller au-delà de la peur pour apprendre, comprendre, transmettre. Pour une génération saturée d’images violentes, de raccourcis idéologiques et d’informations anxiogènes, former de futurs professionnels de la sécurité implique bien plus que leur transmettre des gestes techniques. Il s’agit aussi de forger leur empathie.
Sous la direction de Morgane POUSSARD, enseignante de sécurité, et de Pauline GISCLARD, enseignante d’EPS (éducation physique et sportive) et professeure principale et sous la direction d’Eléa DESMOTS, enseignante documentaliste, les élèves ont mené un travail de fond avant la rencontre. Ils ont questionné la nature du terrorisme, ses causes, ses formes, ses impacts humains et sociaux. Ils ont réfléchi à leur propre rôle futur face à la violence et à la peur. Puis, ils ont écouté deux voix, celles de Mélanie Berthouloux et SEb Lascoux, survivants de deux attentats différents, unis par le choc, le deuil de ses amis… mais aussi par une volonté commune de transmettre.
Des futurs agents de sécurité, policiers et gendarmes
Loin d’être de simples spectateurs, ces jeunes élèves de CAP nous ont accueillis avec des exposés et ont exprimé leur désir de comprendre comment agir face à ces actes d’horreur. Pour eux, la sécurité est un engagement quotidien : faire face à la panique, protéger les autres, rassurer ceux qui en ont besoin. Ils ont compris que leur futur métier les placera peut-être, un jour, en première ligne.
Au-delà de leur futur métier, ces jeunes d’une classe engagée, notamment à travers des ateliers animés auprès de personnes âgées. C’est donc avec beaucoup de respect et d’attention qu’ils ont accueilli Mélanie et SEb, dans un moment de partage de leurs histoires d’amitié et perte.
Des histoires marquées par la perte et la transmission
Mélanie : « J’ai surtout été blessée moralement. Le plus compliqué a été le décès de ma meilleure amie »
C’était censé être une colonie de vacances inoubliable. En 2009, Mélanie, 17 ans, élève au lycée Léonard de Vinci à Levallois-Perret, embarque pour l’Égypte avec sa meilleure amie Cécile. Le programme est dense : pyramides de Gizeh, promenade à dos de dromadaire, balade dans le souk. Ils sont 54 lycéens accompagnés par sept adultes. Les jeunes sont contents et profitent de leurs moments ensemble.

Photo de la classe
Quelques secondes suffisent. Une bombe explose à proximité et ils sont projetés au sol. Dans le chaos assourdissant, Mélanie voit soudain « quelque chose d’oranger ». Elle est à terre, persuadée qu’elle va mourir. Puis, dans un moment de lucidité, elle tourne la tête et voit Cécile, allongée, immobile. Cécile ne reprendra jamais conscience. Mélanie est gravement blessée, le visage en sang, les tympans endommagés. Elle est hospitalisée deux jours dans un hôpital local avant d’être rapatriée par un avion volant à basse altitude, pour limiter la pression sur ses tympans.
Mais ce n’est que le début.
Le vrai traumatisme commence après. De retour et hospitalisée à l’hôpital Beaujon de Clichy, Mélanie subit une première intervention chirurgicale. Elle quitte l’hôpital le jour même de l’enterrement de Cécile. Une journée irréelle, où la douleur physique se mêle à une tristesse difficile à exprimer.
« J’ai surtout été blessée moralement. Le plus compliqué a été le décès de ma meilleure amie. »
Dans les mois qui suivent Mélanie décroche son bac de justesse. Elle avait le projet de devenir infirmière, mais finit par abandonner cette voie. Elle entre alors dans une longue période de reconstruction.
Il faudra du temps pour que Mélanie commence un travail thérapeutique avec une psychologue. Elle réapprend à sortir, à réintégrer une vie « normale ». C’est une reconstruction à petits pas, entre les souvenirs envahissants, la culpabilité du survivant et les questions sans réponse. Elle parvient à retrouver un équilibre affectif : elle rencontre le compagnon, avec lequel elle aura une fille. Aujourd’hui, elle est assistante administrative et commerciale.
Puis vient le besoin de transmission. Quinze ans plus tard, elle ressent le besoin de faire quelque chose. C’est donc pour cette raison que Mélanie décide, avec trois autres victimes de l’attentat du Caire et le soutien de l’AfVT, de retourner en Égypte. Un geste symbolique, lourd d’émotions. Ensemble, ils rendent visite à l’hôpital qui leur a dispensé les premiers soins, retrouvent même des infirmières qui se souviennent d’eux, et déposent une plaque commémorative, en hommage à Cécile Vannier et en remerciement aux soignants qui les avaient aidés le soir de l’attentat. « On a terminé quelque chose », dit-elle.

Célébration de la pose de la plaque commémorative au Caire, organisée par des victimes de l’attentat avec le soutien de l’AfVT
Cécile reste une présence constante pour sa famille et amis. Levallois-Perret, leur ville d’origine, a donné son nom à plusieurs lieux en sa mémoire. Mélanie, quant à elle, continue d’en parler pour honorer son amie et surtout pour préparer les jeunes à ce que la vie ne prépare jamais : le choc, la perte et la force d’y survivre.
SEb Lascoux : « Comme si je hurlais en silence »
En 2015, SEb avait 36 ans. Il travaillait dans une radio musicale à Paris. Passionné de musique depuis ses 17 ans, il avait l’habitude d’assister à des concerts. Le 13 novembre, il invite son ami Chris au concert des Eagles of Death Metal au Bataclan. Chris propose à une amie, Sophie, de se joindre à eux. Chris est devant SEb et Sophie est devant Chris, ils assistent au concert « du plus grand au plus petit ».
L’ambiance est légère : Chris lui offre une bière en plaisantant « c’est cool, un concert contre deux bières, je suis gagnant », mais très vite tout bascule. Des bruits éclatent, comme des pétards. Tout se passe très vite. Les lumières se rallument, la musique se coupe, le groupe quitte la scène. SEb comprend à ce moment que quelqu’un tire.
« Un mouvement de foule part sur la gauche, puis vers la droite. »

SEb discute avec les élèves de la classe CAP lors de la rencontre
Il attrape quelqu’un, pensant que c’est Chris, et chute au sol avec d’autres. Il entend : « C’est la faute de Hollande ! Pour nos frères en Syrie ! Le premier qui bouge, je tue ! » Il glisse le long du mur et reste allongé. Il réalise alors qu’ils (les terroristes) sont trois. Il a l’impression que la scène dure des heures. Mais lors du procès, il apprendra que c’était en réalité beaucoup plus court.
L’odeur de poudre, de sang, est gravée dans sa mémoire. Il accepte alors l’idée de mourir. Mais quand il perçoit deux terroristes à l’étage, il tente de coup : il se lève, enjambe les corps, avance vers la sortie. Il arrive à l’entrée et là il voit un homme en noir avec un fusil, « je me suis dit : je suis foutu. » Mais en réalité, c’était un policier.
SEb sort du Bataclan, tente d’envoyer un message à Chris : « Dis-moi que tu es sorti. » Il cherche refuge et suit un groupe dans un petit appartement où une quarantaine des personnes se réfugient.
Les pompiers arrivent pour évacuer les blessés. Seb est pris en charge, ainsi que deux filles et un garçon. L’un des garçons a perdu sa sœur dans ses bras.
Les secours font un premier état des blessures pour prioriser les soins. Seb ne s’est même pas encore regardé. Il remarque qu’il est couvert de sang… mais ce n’est pas le sien Ils sont ensuite transportés à l’hôpital Georges Pompidou. Il s’assoit à côté d’une fille, que pose sa tête sur son épaule, c’est Louise, 15 ans.Finalement, c’est sa sœur qui l’appelle : Chris est décédé sur place. La semaine suivante, il retrouve Sophie à l’IML et fait ses adieux à Chris. Les 15 jours suivants l’attentat, SEb ne dort quasiment pas, et le chemin sera long.
Long chemin de reconstruction. Suivi psychologique hebdomadaire, kiné, état de vigilance constant. Peu à peu, grâce au lien tissé avec Louise, à la parole partagée, SEb reprend pied. Pour lui aussi, témoigner c’est faire vivre la mémoire de Chris et offrir aux jeunes un moment de réflexion.
Amitié, mémoire et transmission
Les élèves n’ont pas hésité à poser des questions directes, parfois bouleversantes : « Est-ce que vous avez peur de sortir en public ? », « Que feriez-vous si vous étiez face à un terroriste ? », « Est-ce que vous voyez les parents de vos amis disparus ? », « Si tu avais pu prendre sa place, l’aurais-tu fait ? ». Et les réponses ont toujours été sincères.
« Le terrorisme nous concerne tous » : avec ce message les élèves ont compris l’importance de leur avenir professionnel qui les conduira à assurer la sécurité des autres. L’action a aussi renforcé un lien profond entre les élèves et les victimes : celui de l’amitié, cette valeur essentielle qui accompagne les moments de joie, de tristesse, de réussite et d’échec. Une amitié fidèle dans la vie et dans la mort.




